Bien plus qu’une cible pour les archers de La Tuque
Dans la forêt, un bison se profile entre les arbres. Un peu plus loin attendent un grizzly, un lion ou encore un orignal. Ces animaux ne risquent toutefois pas de prendre la fuite: ce sont des cibles en trois dimensions que les membres du Club des archers de La Tuque installent soigneusement pour reproduire les conditions et les défis d’un véritable parcours en nature.
À l’approche d’une importante compétition pouvant réunir, selon eux, près de 500 participants dans différentes catégories, les archers latuquois peaufinent leur technique. Derrière les pointages et les flèches bien groupées se trouve toutefois une motivation plus profonde: passer du temps ensemble, progresser et retrouver des passionnés devenus des amis au fil des tournois.
«Si on dit des compétitions, il n’y a rien de compétitif là-dedans. Il faut que tu te battes toi-même », résume Ghislain Morin, président du Club des archers. Les résultats servent surtout à mesurer le chemin parcouru, à déterminer les limites de son équipement et à fixer le prochain objectif.
Une performance individuelle, un sport collectif
Sur la ligne de tir, chacun est responsable de sa flèche. Autour, cependant, personne n’est véritablement laissé seul. Les membres racontent que les archers des différents clubs s’entraident, même lorsqu’ils se retrouvent dans une compétition.
«Si quelqu’un a de la misère, les autres gars du côté ne se mettront pas à rire de lui. Ils vont l’aider», souligne l’un d’eux.
Cette ambiance contribue également à rendre le sport accessible à des personnes de tous les âges. Pour le Club des archers, la relève ne se limite pas aux enfants. Alain Morin, membre du club raconte que son père a commencé à tirer à 86 ans, tandis que sa mère s’y est initiée à 75 ans.
«Ce n’est pas une question d’âge, la relève», -insiste-t-il.
Le club accueille chaque année de nouveaux membres et profite d’activités publiques pour faire essayer le tir à l’arc.
Marcher, observer et maîtriser son geste
Contrairement au tir effectué devant une rangée de cibles identiques, le parcours 3D conduit les archers en forêt. Les obstacles naturels font partie de l’expérience. Un arbre, une branche ou une variation du terrain peuvent brouiller la perception de la distance et obliger le tireur à mieux observer son environnement.
Des piquets de différentes couleurs indiquent les distances adaptées aux catégories et aux niveaux d’expérience. Les enfants tirent généralement à 15 mètres ou moins, alors que les archers plus avancés peuvent se mesurer à des cibles placées à 25, 35 ou 45 mètres. Certains défis poussent l’exercice beaucoup plus loin, avec des tirs pouvant atteindre 100 mètres.
Le plaisir réside autant dans la marche en nature que dans la maîtrise du geste: évaluer la distance, ajuster son arc, contrôler sa respiration et décocher la flèche au bon moment.
Cette pratique demande aussi un savoir-faire qui dépasse largement le tir. Les cibles 3D coûtent cher. Un modèle représentant un orignal peut valoir plusieurs milliers de dollars et s’abîment sous les impacts répétés. Plutôt que de les jeter, les membres achètent du matériel usagé, creusent les parties endommagées, préparent des mélanges de caoutchouc ou de plastique, remplissent les cavités, puis redessinent les zones de pointage. Une douzaine de cibles ont récemment été remises en état.
Ces heures de travail bénévole ne sont pas comptées. Elles permettent néanmoins au club de conserver un parcours varié malgré ses moyens limités.
Un sport encore méconnu
Les archers constatent que leur discipline demeure difficile à faire connaître. Plusieurs personnes associent encore le tir à l’arc uniquement à la chasse ou imaginent une activité réservée aux spécialistes.
«Tout le monde aime ça. Le monde ne savent juste pas c’est quoi encore», lance Alain Morin.
Ce manque de compréhension complique aussi la recherche de commanditaires. Le club finance ses activités grâce aux cartes de membre, à différentes initiatives de financement et à l’aide obtenue pour certains projets de relève. Les bénévoles se sont graduellement équipés de leurs propres chapiteaux et de matériel pour tenir des ventes de nourriture lors d’événements locaux.
Au-delà du financement, les archers souhaitent surtout que davantage de gens découvrent leur univers et que le club puisse poursuivre ses activités à long terme sur un terrain stable. En attendant, ils continuent de réparer leurs cibles, d’accueillir les curieux et de prendre la route vers les compétitions. Non pas uniquement pour monter au classement, mais pour retrouver leur groupe, passer une journée dehors et décocher, ensemble, quelques bonnes flèches.
