Une députée libérale affirme que des discours violents mettent en danger des élus

OTTAWA — La députée libérale Salma Zahid se dit préoccupée par l’escalade des propos violents à l’encontre des députés, y compris à l’encontre du chef d’un autre parti.

«Il faut calmer le jeu, a déclaré Mme Zahid à La Presse Canadienne. Nous vivons malheureusement dans une réalité dans laquelle il n’est pas rare que la rhétorique en ligne débouche sur des actes de violence dans la vie réelle.»

En août, un homme a été filmé en train de mettre le feu à des véhicules devant le domicile de Mme Zahid, à Scarborough, en banlieue de Toronto, dans ce que la police considère comme un incendie criminel.

Mme Zahid bénéficie désormais d’une protection 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, à son domicile, et elle estime que cet incident pourrait être lié à la montée des discours hostiles à l’encontre de ses collègues députés.

«Pour moi et ma famille, cela a été très traumatisant, car j’ai vraiment besoin de savoir qui se cache derrière tout cela et quel est son mobile», a-t-elle raconté.

La police de Toronto a arrêté une personne dans le cadre de cette affaire. Mme Zahid a précisé que la personne arrêtée est un chauffeur engagé par l’individu aperçu sur des images de vidéosurveillance en train de verser de l’essence et de mettre le feu à cinq voitures.

Elle a ajouté que la police lui avait indiqué que le chauffeur refusait de révéler l’identité de la personne qui l’avait engagé et que le principal responsable était toujours en fuite.

«C’était peut-être ça le but: nous faire peur, a-t-elle remarqué. Et ça a modifié notre façon de travailler à plusieurs égards.»

Les responsables de la Chambre des communes ont contribué à mettre en place une surveillance à plein temps devant le domicile de Mme Zahid et examinent minutieusement toutes les invitations qu’elle reçoit. Son bureau de circonscription fonctionne désormais uniquement sur rendez-vous, interdisant les visites spontanées jusqu’à ce que de nouvelles caméras soient installées et qu’une évaluation de la sécurité soit réalisée.

«J’ai toujours dit que je voulais être une députée accessible. Ce n’est pas ainsi que je souhaite fonctionner. Mais c’est la situation dans laquelle on m’a placée», a déclaré Mme Zahid, députée depuis 2015.

Elle s’est exprimé cette semaine au sujet d’une tribune parue dans un journal appelant à des mesures à l’encontre du chef du NPD, Avi Lewis, en raison de ses opinions sur Israël, ce qui, selon Mme Zahid, met M. Lewis en danger.

Elle a affirmé qu’elle prendrait la défense des députés d’autres partis confrontés à des propos violents et a invité les autres à faire entendre leur soutien.

Ses commentaires font suite à deux arrestations récentes pour menaces de mort à l’encontre du premier ministre Mark Carney, des incidents qui, selon Mme Zahid, sont les symptômes d’un problème plus large.

«Je crains que ce langage, s’il est utilisé de cette manière, ne risque d’attiser l’antisémitisme, l’islamophobie et le racisme antipalestinien. Je constate une recrudescence d’incidents de toutes sortes, et je trouve cela inacceptable, a-t-elle avancé. L’incitation à la haine et les discours haineux sont inacceptables et dangereux.»

D’origine pakistanaise, Mme Zahid est née au Royaume-Uni et porte le hijab. Elle a expliqué que la rhétorique haineuse rend plus difficile de convaincre les minorités de se présenter aux élections et de préserver le débat animé dont la démocratie a besoin.

«En tant que responsables politiques, je pense que nous devons rassembler les gens, afin que chacun fasse ici partie de l’équipe canadienne et que chacun puisse vivre librement», a-t-elle déclaré.

L’ancienne députée libérale Pam Damoff a annoncé l’année dernière qu’elle ne se représenterait pas aux élections en raison des menaces constantes, de la misogynie et du harcèlement dont elle était victime.

Mme Damoff avait expliqué à l’époque que tous les députés sont au courant qu’il faut du cran pour se lancer en politique, mais qu’elle craignait qu’une personne ne soit tuée, le harcèlement s’étant intensifié depuis la pandémie de COVID-19.

En juin 2022, les responsables de la Chambre des communes ont commencé à fournir aux députés des boutons d’alerte en réponse aux menaces et au harcèlement dont font l’objet les parlementaires.

Ces alarmes de détresse mobiles sont destinées à alerter immédiatement le Service de protection parlementaire ou la police locale lorsque des députés sont confrontés à une menace, où qu’ils se trouvent au Canada.

Les services de sécurité de la Chambre des communes ont également proposé d’installer des alarmes et des caméras dans les bureaux des députés et d’offrir une formation sur la désescalade des situations potentiellement violentes.