Ottawa annonce son plan pour réduire les émissions de méthane
OTTAWA — Le gouvernement fédéral annonce de nouvelles réglementations visant à réduire les émissions de méthane provenant du secteur pétrolier et gazier et des décharges.
Un document fédéral indique que cet élargissement de sa réglementation introduite en 2018 renforcera les exigences en matière de détection et de réparation des fuites, en plus d’établir de nouvelles normes dans le domaine de la ventilation.
Les nouvelles règles s’appliquent aux installations de production, de traitement et de transport du secteur pétrolier et gazier terrestre du Canada, y compris les usines à gaz et les pipelines.
Le document précise que la réglementation sera mise en œuvre progressivement à partir du 1er janvier 2028 et qu’elle aidera l’industrie pétrolière et gazière canadienne à fabriquer des produits à faible concentration de méthane et à «soutenir le succès à long terme d’une industrie technologiquement avancée et en voie de décarbonisation».
Le gouvernement estime qu’entre 2028 et 2040, il observera une réduction cumulative des émissions de gaz à effet de serre de 304 mégatonnes d’équivalent en dioxyde de carbone.
La nouvelle réglementation sur le méthane provenant des décharges obligera les propriétaires et exploitants de ces sites à surveiller la surface, les puits de récupération du biogaz et l’équipement servant à contrôler les émissions de méthane.
Selon Ottawa, les sites d’enfouissement étaient responsables de 17 % des émissions de méthane et de 3 % des émissions de gaz à effet de serre du Canada. Le gouvernement a précisé que la réglementation permettra la détection précoce des émissions de méthane et des fuites, qui devront être réparées dans les délais prescrits.
D’ici 2040, la réglementation devrait permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 100 mégatonnes d’équivalent en dioxyde de carbone.
En plus de la nouvelle réglementation, le gouvernement a également annoncé un financement de près de 16 millions $ pour investir dans des technologies de réduction des émissions de méthane à travers le Canada.
Le méthane est un gaz à effet de serre plus de 80 fois plus puissant que le dioxyde de carbone sur une période de 20 ans, mais sa durée de vie dans l’atmosphère est d’une dizaine d’années seulement, contre plusieurs siècles pour le CO2.
Le secteur pétrolier et gazier est le plus grand émetteur de méthane au Canada, principal composant du gaz naturel. Ce gaz peut s’échapper dans l’atmosphère par des rejets volontaires, des fuites accidentelles d’équipements et une combustion incomplète.
La réduction des émissions de méthane est considérée comme l’un des outils les plus économiques de la lutte contre les changements climatiques.
L’Agence internationale de l’énergie a indiqué dans un rapport de 2024 que les investissements mondiaux nécessaires pour réduire les émissions de méthane de 75 % d’ici 2030 représenteraient moins de 5 % des 2400 milliards $ US de revenus nets générés par l’industrie pétrolière et gazière en 2023.
Le coût des objectifs provisoires du Canada en matière de réduction des émissions de méthane est estimé à 15,4 milliards $ entre 2027 et 2040.
La question de l’Alberta
Ottawa et l’Alberta ont annoncé un vaste accord énergétique à la fin du mois dernier. Les gouvernements fédéral et provincial ont convenu de prolonger de cinq ans le délai imparti au secteur pétrolier et gazier pour réduire ses émissions de méthane. Un projet de réglementation fédérale prévoyait une réduction de 75 % par rapport aux niveaux de 2012 d’ici 2030.
Le protocole d’entente prévoit que les deux paliers de gouvernement concluent un accord d’équivalence avant le 1er avril, avec pour objectif une réduction des émissions de 75 % par rapport aux niveaux de 2014 d’ici 2035.
Amanda Bryant, analyste principale au Pembina Institute, un groupe de réflexion sur les énergies propres, a avancé que la nouvelle réglementation canadienne sur le méthane est «bien conçue» et résulte d’une consultation exhaustive de trois ans auprès des parties prenantes, notamment l’industrie pétrolière et gazière et les provinces productrices, comme l’Alberta.
«Malheureusement, le récent protocole d’entente entre Ottawa et l’Alberta, qui, de façon surprenante, a repoussé de cinq ans les réductions prévues pour l’industrie pétrolière et gazière albertaine, atténue la portée de l’annonce d’aujourd’hui», a expliqué Mme Bryant.
«Cette exception, selon nos modélisations, pourrait entraîner le rejet de 1,9 million de tonnes de méthane supplémentaires dans l’atmosphère, soit l’équivalent de 53 millions de tonnes de dioxyde de carbone. Cela correspond à la pollution annuelle produite par environ la moitié des voitures circulant sur les routes canadiennes», a-t-elle ajouté.
Mme Bryant a exhorté le gouvernement fédéral à utiliser la nouvelle réglementation fédérale comme «critère» d’évaluation pour toute proposition de réduction du méthane présentée par l’Alberta lors des négociations.
«L’Alberta, de loin le plus grand producteur de pétrole et de gaz, est la province où la réglementation sur le méthane aurait le plus grand impact, a souligné Mme Bryant. La Colombie-Britannique démontre déjà qu’il est possible de réduire les émissions de méthane sans nuire à l’industrie pétrolière et gazière.»
Rebecca Schulz, ministre de l’Environnement et des Aires protégées de l’Alberta, a indiqué que l’Alberta et le gouvernement fédéral s’étaient entendus pour conclure un accord d’équivalence sur le méthane au plus tard le 1er avril 2026, avec un objectif de réduction de 75 % par rapport aux niveaux d’émissions de 2014, pour une échéance fixée à 2035.
Elle a ajouté avoir reçu cette semaine une lettre de la ministre de l’Environnement, Julie Dabrusin, confirmant les échéanciers et les objectifs de l’accord, ainsi que l’intention du gouvernement fédéral de conclure un «accord d’équivalence à long terme qui offrira à l’industrie albertaine une visibilité jusqu’en 2035».
«Comme par le passé, l’Alberta privilégiera des solutions pratiques et flexibles de réduction du méthane qui permettront à notre industrie de demeurer concurrentielle», a mentionné Mme Schulz.
«Cela comprendra le suivi de l’entente entre les gouvernements visant à recourir à la surveillance des émissions par des tiers afin d’assurer la transparence et la certitude pour l’industrie», a-t-elle précisé.
— Avec la collaboration de Lauren Krugel, à Calgary
