Mark Carney de retour au Canada après sa tournée mondiale

DAVOS — Le premier ministre Mark Carney est rentré à Ottawa après un voyage de neuf jours autour du monde, une tournée visant à stimuler les investissements à l’étranger et qui a suscité des critiques de part et d’autre de l’échiquier politique.

M. Carney a quitté la Suisse mercredi, où il a participé au Forum économique mondial et prononcé un discours largement salué, mettant en garde contre les pressions exercées par les grandes puissances sur les puissances moyennes par le biais de la coercition économique.

Il a conclu son voyage par un déjeuner avec d’autres chefs d’État et de gouvernement et une rencontre avec des investisseurs.

Il a également rencontré mercredi le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, et tous deux ont «réaffirmé leur engagement mutuel envers la souveraineté et l’intégrité territoriale du Danemark, y compris le Groenland», selon un communiqué du cabinet du premier ministre. Ce communiqué ne mentionnait pas la menace du président américain Donald Trump d’annexer le Groenland.

«Les dirigeants ont reconnu le défi auquel est confrontée l’Alliance atlantique et ont souligné que la première réponse à ce défi devait être d’assurer la sécurité de l’Arctique, notamment en accélérant les nouveaux investissements sur le flanc nord-ouest de l’Alliance», indique le communiqué.

S’exprimant mercredi lors d’une table ronde sur la capacité de l’Europe à se défendre au Forum économique mondial, M. Rutte a souligné l’importance du regain d’engagement du Canada envers l’OTAN depuis l’entrée en fonction de Mark Carney.

«Je peux dire que depuis qu’il est devenu premier ministre, le Canada est de nouveau pleinement engagé au sein de l’OTAN, de nouveau impliqué dans la défense de l’alliance transatlantique, et je pense que c’est une excellente nouvelle», a souligné Mark Rutte.

Mark Carney a entamé son voyage à Pékin, où il a conclu un accord prévoyant une baisse des droits de douane sur les produits agricoles chinois en échange d’un accès accru au marché pour les véhicules électriques chinois.

Le ministre du Commerce international, Maninder Sidhu, a déclaré aux journalistes à Davos que, peu après son élection l’an dernier, le gouvernement Carney s’était attelé à la résolution des différends commerciaux de longue date avec la Chine — un travail qui porte aujourd’hui ses fruits.

Le ministre Sidhu a indiqué que lors de sa première rencontre avec son homologue chinois en juin, la Commission économique et commerciale mixte entre les deux pays était inactive depuis huit ans. Les deux pays n’avaient pu engager aucun dialogue constructif sur les enjeux commerciaux pendant cette période, a-t-il précisé.

«Notre priorité a été de lancer ce processus, et vous en avez constaté les résultats la semaine dernière en Chine, a expliqué M. Sidhu. Nous avons ouvert des perspectives pour plus de 7 milliards de dollars de produits agricoles. Notre première cargaison de bœuf et notre première cargaison de canola sont parties. Sans oublier d’autres opportunités dans le stockage d’énergie, les technologies propres et les véhicules électriques.»

Après Pékin, Mark Carney s’est rendu au Qatar pour solliciter des investissements dans des projets d’envergure et promettre de renforcer les liens culturels entre les deux peuples en développant les vols directs.

Dans son discours au Forum économique mondial de Davos, mercredi, le président américain Donald Trump s’est vanté des actions de son administration et a accusé Mark Carney de ne pas être suffisamment «reconnaissant» de la protection américaine.

Ce discours faisait suite à celui de Mark Carney mardi, dans lequel il avertissait les responsables réunis que l’ancien ordre mondial fondé sur des règles était révolu.

«Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu», a déclaré Mark Carney.

Il n’a pas explicitement mentionné Donald Trump ni la politique tarifaire des États-Unis lors de son discours, mais celui-ci a été largement perçu comme une critique des répercussions de Donald Trump sur la géopolitique et le commerce.

Donald Trump est arrivé en Suisse à peu près au moment où Mark Carney s’apprêtait à rentrer au Canada.

Un voyage qui suscite des critiques

Le voyage de Mark Carney a suscité des critiques tant chez les conservateurs que chez les libéraux, qui remettent en question les accords conclus par son gouvernement avec des pays dont le bilan en matière de droits de la personne est douteux, ainsi que ses démarches auprès des membres de l’élite mondiale réunis à Davos.

L’ancien ministre libéral des Affaires étrangères, Lloyd Axworthy, a contesté l’affirmation du premier ministre Carney à Pékin selon laquelle le Canada fait preuve de pragmatisme envers la Chine en acceptant «le monde tel qu’il est».

Dans un billet de blogue, M. Axworthy a soutenu que cela équivaut à «l’abandon d’un engagement canadien actif sur la scène internationale, mené depuis quatre-vingts ans», notamment sur des questions comme les droits de la personne.

Le député conservateur Shuv Majumdar a critiqué Mark Carney sur la plateforme X pour ses démarches auprès de la Chine et du Qatar, rappelant leurs bilans catastrophiques en matière de droits de la personne et leur soutien passé aux adversaires du Canada.

«Ils font commerce des pires éléments du monde, car ils transforment les atouts qu’ils ont accumulés en dépendances indispensables» auxquelles Mark Carney consent, a affirmé le député Majumdar. Il a ajouté que le Canada devrait plutôt renforcer ses liens avec Taïwan et les pays arabes qui ont normalisé leurs relations avec Israël.