Le nouveau PDG d’Air Canada est capable de s’exprimer en français
MONTRÉAL — Après les controverses linguistiques déclenchées par son patron, Air Canada a trouvé un nouveau PDG capable de s’exprimer en français.
Le transporteur aérien a annoncé, mercredi, avant l’ouverture des marchés boursiers, la nomination du Néerlandais Anko Van der Werff, actuellement à la tête de Scandinavian Airlines (SAS).
«J’ai eu la chance, comme beaucoup de Néerlandais de ma génération, d’apprendre le français à l’école», raconte-t-il dans une vidéo interne visionnée par La Presse Canadienne.
Dans cette vidéo, il répond aux questions d’un membre de l’équipe des communications de l’entreprise. L’homme d’affaires européen est visiblement capable d’avoir une conversation dans la langue de Molière.
«Je comprends l’importance de communiquer en français chez Air Canada, affirme-t-il. Échanger directement avec les employés, nos clients et nos partenaires, me permettra de le pratiquer plus souvent à l’avenir.»
Le message offre un net contraste avec le PDG sortant, Michael Rousseau, qui avait semé la controverse au Québec avec une vidéo de condoléances uniquement en anglais, à l’exception d’un «bonjour» et d’un «merci».
Il réagissait alors à l’accident survenu en mars dernier sur le tarmac de l’aéroport LaGuardia, à New York, lors duquel deux pilotes – dont un Québécois – ont été tués.
L’incident faisait également suite à une déclaration, en 2021, dans laquelle il se réjouissait d’avoir vécu 14 ans à Montréal sans parler un mot de français.
Pour sa part, M. Van der Werff est polyglotte. Sa langue maternelle est le néerlandais. Dans sa biographie fournie sur le site de son entreprise actuelle, il est écrit que l’homme d’affaires européen est «à l’aise en anglais et en espagnol» et qu’il a une «compréhension de base» de l’italien, du français et du suédois.
Dans un communiqué, Air Canada a mentionné qu’elle a pris en compte plusieurs facteurs, «dont la capacité de s’exprimer en français».
Même si elle a été privatisée en 1988, Air Canada reste assujettie à la Loi sur les langues officielles.
M. Van der Werff a décliné notre demande d’entrevue. Toujours en poste chez son ancien employeur, il n’a pas l’intention de répondre aux questions concernant Air Canada dans l’immédiat.
«Une vaste expérience internationale»
Le nouveau patron d’Air Canada atterrira à son siège social basé à Montréal d’ici la fin janvier 2027.
L’entreprise traversera une période de transition. La retraite de M. Rousseau doit prendre effet le 31 août. Pendant cette période, le comité de direction relèvera du conseil d’administration, indique l’entreprise.
Le président du conseil d’administration d’Air Canada, Vagn Sørensen, a souligné dans un communiqué que le nouveau PDG possède une «vaste expérience internationale» et qu’il apporte «25 années de résultats probants».
M. Van der Werff a aussi travaillé chez Avianca Group, Aeroméxico, KLM Royal Dutch Airlines et Qatar Airways.
Pour l’analyste James McGarragle, de RBC Marchés des capitaux, le gestionnaire est un «spécialiste des redressements» dans l’industrie aérienne.
«M. Van der Werff est un dirigeant crédible et expérimenté dans l’industrie de l’aviation, avec une expérience concrète de gestion dans un environnement complexe», réagit-il dans une note.
Le dirigeant a pris les rênes de SAS en 2021, tandis que l’industrie était en pleine tourmente durant la pandémie, souligne l’analyste financier.
«La restructuration de SAS est, objectivement parlant, un succès, estime M. McGarragle. Il a piloté le transporteur qui était près de l’effondrement grâce à un processus contrôlé de faillite pour émerger avec un nouvel actionnariat, une structure de coûts renouvelée et un retour à la rentabilité.»
Des turbulences sont à prévoir sur le trajet d’Air Canada. Le jour même, le président américain, Donald Trump, a affirmé que le cessez-le-feu avec l’Iran est «terminé» et a proféré des menaces de frappes aériennes.
La menace a entraîné, mercredi, un rebond des prix du baril de pétrole et un recul des actions des transporteurs aériens, impactés par la hausse des prix du carburant.
L’action d’Air Canada perdait 0,52 $, ou 2,05 %, à 24,85 $ à la Bourse de Toronto vers midi.
Entreprise dans cette dépêche: (TSX : AC)
