Le Canada entre dans une «nouvelle ère de relations» avec la Chine, selon Mark Carney

PÉKIN — Le premier ministre Mark Carney affirme que le Canada entre dans une «nouvelle ère de relations» avec la Chine, et que sa visite à Pékin ouvre la voie à des discussions dans des domaines où les deux pays peuvent être des «partenaires stratégiques».

Le premier ministre a tenu ces propos lors de son accueil à Pékin par les deuxième et troisième personnalités les plus influentes du système politique chinois: le premier ministre Li Qiang et Zhao Leji, président du Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire.

«De l’énergie à l’agriculture, en passant par les liens entre nos peuples, le multilatéralisme et les questions de sécurité, nous sommes convaincus que l’esprit et le fond de ces discussions et de ces accords seront très bénéfiques pour nos deux peuples», a déclaré M. Carney en anglais au début de l’une de ces rencontres.

Il a ajouté qu’Ottawa espère que ce renouveau deviendra un «exemple de coopération pour le monde entier, en cette période de division et de désordre à l’échelle mondiale».

Des ministres canadiens ont signé jeudi une série de protocoles d’entente avec de hauts responsables chinois, à la suite d’une cérémonie d’accueil officielle.

Si la plupart des discussions se sont déroulées à huis clos, les médias ont été autorisés à assister aux premières déclarations de certaines réunions.

Un «nouveau point de départ»

Le premier ministre de la Chine, Li Qiang, a salué le «revirement» dans les relations bilatérales avec le Canada, le qualifiant de «nouveau point de départ» pour les deux pays.

Selon la traduction simultanée fournie par le gouvernement chinois, M. Li a également affirmé que la rencontre de M. Carney avec le président Xi Jinping, vendredi, ouvrira la voie à une «croissance ascendante» des relations bilatérales.

M. Carney a déclaré jeudi être «encouragé par le leadership du président Xi» et par la «rapidité avec laquelle nos relations ont progressé ces derniers mois».

Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, dont la province souffre des droits de douane chinois sur les produits du canola, était assis à la droite de M. Carney lors de cette rencontre, en compagnie de ministres libéraux et de hauts fonctionnaires fédéraux.

Au cours d’une rencontre antérieure avec M. Carney, M. Zhao a affirmé que la Chine attendait avec intérêt de la part d’Ottawa de nouvelles orientations stratégiques visant à placer les relations sur la voie d’un développement «sain, stable et durable».

Ce changement de ton est frappant par rapport à il y a près d’un an, lorsque, pendant la campagne électorale du printemps, M. Carney décrivait la Chine comme la plus grande menace pour le Canada sur la scène internationale.

Le gouvernement Carney cherche à doubler les exportations hors des États-Unis au cours de la prochaine décennie, dans un contexte géopolitique et commercial instable, conséquence de la réélection du président américain Donald Trump.

Tout au long de la journée de jeudi, M. Carney a participé à une série de réunions à huis clos avec des entreprises. Il a rencontré les dirigeants d’Alibaba, de China National Petroleum, du fabricant de batteries pour véhicules électriques Contemporary Amperex Technology et de la plus grande banque commerciale publique chinoise, ICBC.

Tout cela indique que de nouvelles perspectives économiques pourraient s’ouvrir entre les deux pays après près d’une décennie de tensions dans les domaines du commerce, de la sécurité et de la diplomatie.

Progrès sur le contrôle sanitaire des aliments

Les protocoles d’accord signés jeudi incluent des dispositions relatives au contrôle sanitaire des aliments pour animaux de compagnie et à la santé animale – des domaines où le Canada déplore depuis longtemps des frictions commerciales.

Depuis février 2022, les exportations d’aliments secs pour animaux de compagnie contenant de la volaille et traités thermiquement sont suspendues en raison des restrictions commerciales imposées par la Chine face à la grippe aviaire. Un cas atypique d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) a également entraîné la suspension des exportations de bœuf vers la Chine en 2021.

Le Canada était irrité par le manque de volonté des autorités chinoises de s’engager sur ces dossiers, ce qui a freiné certaines exportations agricoles canadiennes.

Les représentants canadiens n’étaient pas disponibles jeudi pour expliquer les objectifs des protocoles d’entente relatifs aux animaux.

Ce n’est qu’un début

Le ministre de l’Énergie, Tim Hodgson, a décrit l’un des protocoles d’entente qu’il a signés comme un moyen d’accroître l’utilisation du bois canadien dans la construction chinoise. Il a ajouté que ce n’était que le début des efforts d’Ottawa pour une intégration économique plus poussée.

«Ce n’est pas un coup et on arrête. Nous reviendrons ici régulièrement pour trouver d’autres moyens d’introduire des produits canadiens au pays et ainsi créer davantage d’emplois bien rémunérés pour les Canadiens.»

Il a également souligné avoir constaté, lors de ses rencontres avec des représentants chinois, un intérêt marqué pour les produits énergétiques canadiens, le pays recherchant des partenaires commerciaux «fiables» qui «n’utilisent pas leurs partenaires énergétiques à des fins de coercition».

Les principaux points de friction commerciaux demeurent toutefois les droits de douane canadiens sur les véhicules électriques et les droits de douane chinois sur le canola et les produits agricoles canadiens.

Les libéraux sont sous pression pour convaincre Pékin d’abroger ou de réduire les droits de douane agricoles qui pénalisent les provinces de l’Atlantique et de l’Ouest.

Cependant, cela impliquerait des concessions sur les taxes canadiennes sur les véhicules électriques chinois. Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, soutient que ces taxes sont essentielles à la protection des emplois au Canada.

Relations en «réajustement»

Plus tôt, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a rencontré son homologue chinois, Wang Yi, qui a exprimé des sentiments similaires.

M. Wang a fait valoir que les progrès réalisés entre les deux pays ouvriront de nouvelles perspectives pour leurs relations dans un contexte de changements sans précédent et complexes à l’échelle mondiale.

En présentant la série de discussions de cette semaine, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a indiqué que les relations bilatérales étaient en cours de «réajustement».

Elle s’est toutefois abstenue de parler de réinitialisation et n’a pas répondu directement à la question de savoir si le Canada considère la Chine comme une puissance perturbatrice.