Eby au chef de la lutte contre l’extorsion: faites preuve d’urgence ou démissionnez
Le chef du groupe de travail anti-extorsion de la Colombie-Britannique a présenté ses excuses après avoir été sommé par le premier ministre de la province, David Eby, de se retirer s’il ne faisait pas preuve d’un «sens de l’urgence».
Le commissaire adjoint de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), John Brewer, a affirmé mercredi qu’il n’avait pas l’intention de remettre en cause l’engagement de la GRC envers cette mission lorsqu’il a contesté l’utilisation du terme «crise» pour qualifier la vague de fusillades liées à l’extorsion dans la région des Basses-terres continentales.
Il a expliqué qu’il tentait de rassurer le public lors d’une mise à jour sur le travail du groupe de travail mardi, mais qu’il a plutôt «ébranlé la confiance du public».
M. Brewer avait refusé à plusieurs reprises de qualifier les fusillades de «crise» lors d’une conférence de presse, ce qui a incité M. Eby à déclarer mercredi que M. Brewer «devait s’expliquer ou démissionner s’il ne ressentait pas l’urgence de la situation».
Le premier ministre a reconnu qu’un lapsus était possible, mais que les propos de M. Brewer «ont nui à la confiance du public envers le travail du chef du groupe de travail».
«Il est difficile de considérer autrement qu’une crise une situation où l’on ne se sent pas en sécurité chez soi, où l’on est confronté à des coups de feu et où les habitants ripostent à ceux qui tirent sur leurs maisons», a déclaré M. Eby lors d’une conférence de presse sans lien avec ce sujet à Prince George.
Il a indiqué que le groupe de travail avait été mis sur pied il y a quatre mois en raison de la gravité et de l’urgence de la situation.
«Franchement, jusqu’à ses propos, je pensais que M. Brewer avait vraiment fait preuve d’un sens de l’urgence», a ajouté M. Eby.
Un porte-parole du premier ministre n’a pas répondu à une demande de commentaires concernant les excuses de M. Brewer, qui ont été présentées environ deux heures après le blâme de M. Eby.
Dans ses excuses, M. Brewer a dit que l’engagement du groupe de travail face aux menaces et aux actes de violence liés à l’extorsion «n’a pas faibli» et que l’extorsion est l’une des priorités de la GRC.
Mardi, dans son bilan des quatre mois d’activité du groupe de travail, M. Brewer avait indiqué que le groupe recherchait «activement» des suspects dans 32 dossiers.
Au moins quatre fusillades liées à l’extorsion ont eu lieu la semaine dernière. Des commerces et des habitations ont alors été touchés par des tirs. Des attaques similaires se produisent depuis des mois et les auteurs présumés des extorsions partageant souvent des vidéos de leurs actes sur les réseaux sociaux.
«Laissez la police faire son travail»
La situation a connu une nouvelle tournure la fin de semaine dernière alors que la police de Surrey, dans la région métropolitaine de Vancouver, a annoncé l’ouverture d’une enquête concernant des résidents soupçonnés d’avoir riposté aux tirs samedi.
M. Brewer a déclaré que les fusillades et les menaces de violence créent «un climat de peur et d’incertitude au sein de la communauté», mais a ajouté que les gens ne devraient pas se faire justice eux-mêmes.
«Il n’est pas nécessaire de se faire justice soi-même ni de recourir à des actes de légitime défense. Vous vous mettez en danger, vous et vos voisins. Laissez la police faire son travail», a-t-il martelé mardi.
Les données publiées par le groupe de travail indiquent que sept personnes ont été inculpées et que neuf autres ont été expulsées du Canada parmi les 111 enquêtes sur l’admissibilité des ressortissants étrangers.
Ces violences visent principalement les membres de la communauté sud-asiatique et se concentrent dans la région de Surrey.
Brenda Locke, mairesse de Surrey, exhorte Ottawa à «agir immédiatement et à mettre en œuvre une initiative nationale d’envergure» contre l’extorsion.
Dans une déclaration publiée mercredi, Mme Locke a fait savoir que sa ville avait reçu 34 signalements d’extorsion au cours des trois dernières semaines et que les résidents vivaient dans la «peur constante».
Dans une lettre adressée au ministre fédéral de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, elle a écrit qu’Ottawa devrait nommer un «commissaire national à l’extorsion» afin de mettre en place une approche coordonnée à l’échelle du pays pour lutter contre ces crimes.
«La police travaille d’arrache-pied» sur ces dossiers, a souligné Mme Locke, mais une action nationale plus concertée contre la violence liée à l’extorsion est nécessaire, et un commissaire permettrait, selon elle, de s’attaquer à ce problème.
«Ce poste devrait conférer le pouvoir d’examiner les lacunes évidentes de nos systèmes criminel, d’immigration et de citoyenneté, et de mener une intervention nationale qui empêcherait réellement ces crimes de se produire», a-t-elle déclaré, ajoutant que les lois actuelles sont «trop laxistes».
«Surrey est confrontée à une situation inédite», a conclu Mme Locke.
