Des chercheurs découvrent un très vieux macareux sur une île de la baie de Fundy

FREDERICTON — Des scientifiques étudiant la vie des macareux sur une île située dans la baie de Fundy disent avoir découvert un très vieil oiseau.

Daniel Oliker, un étudiant en maîtrise de l’Université du Nouveau-Brunswick, dit que l’oiseau en question pourrait être âgé de 33 ans. L’animal aurait 10 ans de plus que lui, ajoute-t-il émerveillé.

Plate et sans arbres, l’île Machias Sea est un refuge pour oiseaux marins situé à environ 19 kilomètres au sud-ouest de l’île Grand Manan, au Nouveau-Brunswick. Environ 8600 couples de macareux se reproduisent sur cet îlot à l’embouchure de la baie de Fundy.

M. Oliker raconte que la semaine dernière, son collègue chercheur avait repéré l’un des macareux de l’île portant une bague en plastique vert et blanc décolorée. Ces bagues ont été utilisées par le Service canadien de la faune à partir des années 1970 jusqu’en 1995 environ, date à laquelle elles ont commencé à être remplacées par des bagues métalliques.

Vers minuit, M. Oliker et quelques chercheurs sont retournés à l’emplacement pour fouiller les terriers – les nids où les macareux se reposent la nuit après une journée en mer – à la recherche du vieil oiseau.

Après avoir fouillé quelques terriers, ils ont retrouvé le bon oiseau en palpant les bagues sur leurs pattes. Quelques-uns portaient des bagues métalliques.

«J’en ai senti une qui semblait un peu différente, et comme l’oiseau était au bon endroit, là nous l’avions repéré, je l’ai sorti et c’était le bon», se souvient-il en entrevue depuis l’île.

Le vieil oiseau était curieux et n’a pas présenté beaucoup de résistances.

Les chercheurs ont remplacé la bague en plastique par une bague en métal, donnant au macareux son nouveau numéro: JG18. Ils ne connaissent pas encore son sexe.

Le fait d’avoir un oiseau aussi vieux est «très excitant» et «vraiment incroyable» pour M. Oliker, qui ajoute que les macareux en liberté vivent habituellement jusqu’à la mi-vingtaine.

Avoir tenu le macareux dans ses bras l’a emballé.

M. Oliker dit avoir songé aux expériences vécues par cet oiseau, au temps que l’animal a passé à survoler l’océan, le nombre de fois qu’il a plongé ou le nombre d’oisillons qu’il a élevés.

Il mentionne qu’oisillon vivait dans le nid du macareux. L’étudiant se dit agréablement surpris qu’il puisse encore élever un petit à son grand âge.

L’oisillon était d’une «taille décente», ce qui est agréablement surprenant, car les macareux souffrent cette année d’un manque apparent de nourriture, explique-t-il. Plusieurs œufs n’ont pas éclos et plusieurs macareux – des bébés – en sont morts.

«Il est très probable que ce macareux, étant si vieux, ait de l’expérience et sache ce qu’il fait. Il a donc pu trouver un terrier adapté à sa partenaire, à lui-même et à l’œuf, ce qui a permis la naissance d’un oisillon, avance-t-il. Il est fort probable, grâce à son ancienneté, qu’il sache quels endroits sont les plus propices aux poissons.»

Les oiseaux commencent à donner naissance à des petits vers l’âge de quatre ou cinq ans. Le vieil oiseau a sans doute eu 25 oisillons au cours de sa vie, même tous n’ont pas tous survécu.

Nick Lund, responsable du réseau d’organisation américaine de conservation de la faune sauvage Maine Audubon, explique que le changement climatique est l’une des plus grandes menaces qui pèsent sur les macareux du golfe du Maine.

«Le golfe du Maine est la zone de reproduction la plus au sud des macareux dans l’Atlantique, mais les eaux se réchauffent très rapidement», note-t-il.

«De nouvelles espèces de poissons migrent vers les eaux qui se réchauffent, et d’autres espèces traditionnellement consommées par les macareux s’en éloignent. La capacité des macareux à s’adapter à ces nouvelles espèces de poissons est une question centrale pour leur survie dans le golfe.»

L’Union internationale pour la conservation de la nature classe les macareux comme «vulnérables», ce qui signifie qu’ils sont confrontés à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage.

La découverte d’un macareux aussi âgé est intéressante et importante, car elle fournit des données confirmant leur longévité, souligne Heather Major, professeure de biologie marine à l’Université du Nouveau-Brunswick qui étudie ces oiseaux sur l’île Machias Seal.

Un article publié l’année dernière dans la revue Ecology and Evolution indique que la survie des macareux adultes a diminué au fil du temps, ce qui est particulièrement inquiétant, car ils jouent un rôle important dans la croissance démographique de l’espèce.

M. Oliker espère pouvoir observer à nouveau le macareux dans les prochaines années.

«Nous ne lui avons pas encore donné de nom. Maintenant qu’il a un nouveau groupe et que nous savons de qui il s’agit dans la base de données, nous pouvons lui en trouver un et ça pourrait être amusant de voir s’il est toujours là dans les années à venir. Nous pourrons alors l’appeler par son nom.»