Première sortie publique en près de 15 ans

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Par Patrick Vaillancourt
Première sortie publique en près de 15 ans
Pierre Pacarar et Gérard Desbiens en discussion avec le conseiller Roch Lepage.

Coup de théâtre mardi soir à l’assemblée publique de Ville de La Tuque alors que le directeur de l’usine RockTenn de La Tuque, Pierre Pacarar, y est allé d’une sortie publique contre le règlement de zonage de l’église St-Andrews concernant un projet d’auberge.

Afin que le projet d’auberge des promoteurs Patrice Laroche et Ann Charest voit le jour, la municipalité devait changer le règlement de zonage afin d’y permettre des activités commerciales. Toutefois, l’usine locale s’inquiète concernant la densification de gens autour de l’usine, ce qui accentue le nombre de plaintes et les problèmes de voisinage.

«Nous savons que l’usine a été construite et que les habitations ont été construites autour de l’usine, si bien qu’elle n’est pas située dans un parc industriel, explique le directeur de l’usine de La Tuque, Pierre Pacarar. Avant, les gens étaient plus tolérants, mais maintenant, les gens sont moins tolérants face aux impacts industriels, et ça se confirme partout au Québec. Dans les dernières années, nous avons reçu une hausse de plaintes. L’année dernière, nous avons eu 80 plaintes de résidents autour de l’usine, si bien que nous avons dépensé plus de 100 000$ pour nettoyer des maisons aux alentours. Comme il est impossible de déménager l’usine, notre but est de limiter la quantité de résidents permanents autour de l’usine, et ainsi se conserver une zone tampon.»

L’insulte à l’injure pour les dirigeants de l’usine RockTenn est qu’ils se sont fait entendre à plusieurs reprises par les élus, dont lors de l’assemblée de consultation sur le projet de l’église St-Andrews qui a eu lieu le 9 octobre dernier. «Nous avons signalé notre inquiétude à quelques reprises quant à cette tendance. Les promoteurs ont un beau projet pour redonner vie à deux bâtiments, on ne veut pas empêcher le développement, mais avec ce règlement de zonage, on voit l’opportunité pour d’autres projets de développement domiciliaire. Ça nous inquiète en lien avec notre zone tampon. Le zonage apportera une densification accrue, et donc, l’augmentation de plaintes», ajoute M. Pacarar.

Le directeur de l’usine a aussi mentionné que la maison mère de RockTenn est au parfum de la recrudescence de plaintes des dernières années. «RockTenn se pose la question si elle est la bienvenue à La Tuque malgré les investissements présents et futurs. Je veux que mes patrons puissent se sentir appuyés dans leurs démarches d’investissements.»

Le responsable en environnement de l’usine de La Tuque et ancien conseiller municipal, Gérard Desbiens, est venu en appui à son directeur. «Je suis déçu ce soir (mardi) parce que la semaine dernière, nous sommes venus faire nos représentations à la consultation publique afin d’expliquer le point de vue que M. Pacarar vient d’expliquer, et je m’attendais à ce que ce soir, on ait eu une écoute du conseil municipal. Malheureusement, à l’assemblée de consultation, il y avait seulement une personne du conseil sur place, et probablement que le message ne s’est pas tout à fait rendu. La problématique que l’on vit n’est pas unique à La Tuque, je suis responsable de l’usine de Pointe-aux-Trembles aussi, et là aussi, on vit une densification du territoire. La Ville de Montréal, secteur de Pointe-aux-Trembles a modifié le règlement de zonage il y a environ 4 ans à notre insu. On s’est réveillé un matin avec 50 condos qui sont construits à 25 pieds de l’usine. On voit les dames dans les fenêtres qui se sont plaintes de l’usine. On est obligé de gérer ce dossier avec la mairie de Pointe-aux-Trembles, et là on se dirige ici pour vivre la même affaire. Ce n’est pas notre première démarche auprès du conseil municipal pour demander l’appui de la municipalité. Vous avez fait part des réalisations de vos projets ce soir (mardi), mais dans 10 à 15 ans, au rythme où on densifie le territoire, est-ce qu’il restera des gens pour en profiter? J’aimerais que vous preniez en considération ce qu’on vient de vous dire ce soir. »

«J’avais mentionné lors de l’assemblée de consultation d’extensionner la zone Ra actuelle jusqu’au La Tuque High School, puis ça aurait permis à un certain type de commercial avec le titre de résidentiel limitant à deux étages le nombre de constructions, poursuit M. Desbiens. Je comprends que le type d’auberge que les promoteurs veulent faire ne rentrait pas nécessairement dans ce type, mais à voir toutes les dérogations mineures qui sont apportées, je crois que ça aurait été facile pour la municipalité d’adopter la zone Ra puis de modifier les usages pour permettre l’établissement d’hôtel de sept chambres au lieu que ce soit une auberge pour touristes. Je pense qu’il a manqué un peu de compréhension de la part du service d’urbanisme, et beaucoup d’incompréhension du conseil municipal. Ça fait trois fois qu’on se présente, soit à vos bureaux ou en assemblée de consultation, pour soulever la problématique, et ça se poursuit.»

De son côté, le maire de La Tuque Normand Beaudoin n’a pas répondu publiquement à MM. Pacarar et Desbiens. «Ce sont des choses qui seront discutées en privé. Le conseil ne veut ni nuire à l’usine, ni aux promoteurs de l’église St-Andrews. Nous allons en discuter avec les membres du conseil, mais la proposition de M. Desbiens semble bonne.»

Les promoteurs

Le promoteur Patrice Laroche a tenu à rectifier certains points. «Le changement de zonage de l’ancienne église St-Andrews a deux buts : uniformiser le zonage au centre-ville et permettre l’exploitation commerciale de l’ancienne église de St-Andrews. Présentement, le terrain de l’église est zoné public ce qui permettrait l’exploitation d’une résidence pour personnes âgées, ce que les propriétaires ne veulent pas faire et que l’usine ne veut pas non plus. M. Pacarar mentionne sa crainte de voir une augmentation de population suite au changement de zonage. À ce sujet, il faut préciser que la conduite d’eau passe tout au long des terrains visés par le rezonage et que rien ne peut être construit à moins de 40 pieds. Donc, aucune construction d’importance ne sera possible, ce qui devrait diminuer les craintes de l’usine. Il est vrai que l’usine a dû investir d’importantes sommes pour nettoyer les maisons avoisinantes à l’usine. Mais il faut comprendre que ces maisons sont situées à moins de 100 mètres (300 pieds) de l’usine et à plus de 850 mètres (2700 pieds) des terrains visés par la future auberge du St-Andrews. La réclamation des citoyens concerne un autre secteur de la Ville qui n’a rien à voir avec le dézonage des terrains du St-Andrews. À ma connaissance, aucun citoyen de zone actuelle du St-Andrews n’a fait de réclamation à l’usine à ce jour. Puis, la direction de l’usine craint pour le développement de 70 unités comme le projet du manoir de l’Épervier. Il faut mentionner que ce projet n’a encore aucun lien avec le dézonage demandé pour l’auberge de 7 chambres. Il est vrai de dire que les 70 unités seront bâties très proche de la montagne de brans de scie, mais il faut aussi mentionner que la future auberge (de 7 chambres) sera à plus de 1100 mètres (3600 pieds) de cette fameuse pile de bran de scie.»

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