Chasse et pêche: le retour des clubs privés?

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Par Bernard Lepage
Chasse et pêche: le retour des clubs privés?
Zec Wessonneau. (Photo Michel Vincent)

Zecs Québec demande à la ministre Nathalie Normandeau d’annuler la vente de 325 hectares de terres publiques sur le territoire de la ZEC Wessonneau à la compagnie Solifor.

La transaction a eu lieu il y a plus d’un an mais les gestionnaires de ZEC étaient demeurés discrets tant qu’ils conservaient espoir de voir la transaction annulée. Le 1er mars dernier, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) a fermé définitivement la porte à toute révision de l’entente.

Zecs Québec a réagi mardi vigoureusement en se disant «indigné» de ne pas avoir été consulté, ajoutant que cette «intrusion du privé sur les zecs a de quoi inquiéter.»

Il faut savoir que Solifor Mauricie utilise présentement ce territoire pour vendre des droits de chasse au gros gibier pour un montant de 4,75 $/hectare. Le président de la ZEC Wessonneau, Gordon Stuart, estime que ce tarif équivaut à environ 1000$ par chasseur.

Cette transaction est plus précisément un échange de propriétés entre le gouvernement et Solifor. Cette dernière avait acquis en 2009 des terres situées sur la rive est de la rivière Saint-Maurice et appartenant à AbitibiBowater.

Le MRNF a donc cédé ses 325 hectares localisés dans la ZEC Wessonneau, sur la rive ouest, en échange de cette propriété, invoquant l’opportunité pour la Pépinière de Grandes-Piles, qui est située à proximité, «d’augmenter la production de plants qui est essentielle à l’aménagement des forêts du domaine public.»

Le MRNF ajoute «que l’analyse des activités courantes de la zec et des détenteurs de droits dans le secteur concerné démontrait un faible impact sur l’utilisation du territoire pour l’Association et ses membres.»

Un argument réfuté immédiatement par Zecs Québec qui reconnaît au gouvernement le droit de vendre des terres publiques mais rappelle son obligation de consulter dans les situations où les limites de la ZEC sont modifiées.

Le dossier soulevé à l’Assemblée nationale

Le dossier a été soulevé à Québec lundi lors de l’étude des crédits du MRNF. Le ministre délégué au MRNF, Serge Simard, s’est fait interpeller par le député péquiste Pascal Bérubé, qui lui a demandé d’intervenir «afin que cette erreur ne devienne pas un précédent et que les zones d’exploitation contrôlée le restent.»

Soulignant qu’il avait l’impression de revenir à l’époque des clubs privés d’antan, le député Bérubé a également demandé que ce que la député de Laviolette et ministre responsable de la Mauricie en pensait. «Qu’est-ce Julie Boulet pense de cette situation qui se déroule dans sa circonscription? Interviendra-t-elle auprès de son collègue afin que la situation se régularise ou fermera-t-elle les yeux?»

Qui est Solifor?

La Société de gestion d’actifs forestiers (Solifor) est une société en commandite qui a été créée en 2005 par le Fonds de solidarité FTQ. Elle fait l’acquisition et la gestion de propriétés forestières. Depuis sa création, Solifor a procédé à des investissements de l’ordre de 140 000 000$ pour l’acquisition de propriétés couvrant une superficie de 156 460 hectares. Outre la Mauricie, ces terres sont situées dans le Bas-Saint-Laurent, Lotbinière, Charlevoix, Saguenay, Portneuf et Abitibi. Sur les ondes de LCN récemment, le président de Solifor, Raynald Arial, déclarait que «la meilleure façon de rentabiliser des terres (…), c’est de les louer à des fins de chasse, de pêche et de villégiature.» Une déclaration relevée par Zecs Québec dans son communiqué émis aux médias et qui renforce ses inquiétudes dans ce dossier.

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