Jolène Tcatci: une première historique à la General Clinton
CANOT. Le Conseil des Atikamekw d’Opitciwan n’a pas caché sa fierté devant l’exploit de Jolène Tcatci, qui a récemment participé à l’une des compétitions de canot les plus exigeantes au monde: la General Clinton Canoe Regatta, dans l’État de New York.
Aux côtés de sa coéquipière Jessica Turcotte, de la Nation Wabanaki, elle a complété les 112 kilomètres (70 milles) de course en 9h21, réalisant ainsi une première historique pour les femmes autochtones dans ce sport de haut niveau.
Une épreuve de force et de cœur
“C’était une course d’endurance, de persévérance et de détermination. Un rêve que je voulais vivre depuis longtemps”, confie Jolène Tcatci. Originaire d’Obedjiwan, elle s’est installée à La Tuque il y a environ trois ans. Elle avait déjà une certaine expérience en canot, notamment en canot de chasse dans sa communauté. C’est en découvrant la Classique internationale de canot de la Mauricie qu’elle a senti l’appel du canot de course.
Depuis, elle a multiplié les entraînements, les compétitions et les coéquipiers. Sa première Classique, elle l’a faite en solo à Arthabaska. Ensuite, elle a pagayé en duo (C2) avec différentes partenaires, dont la Latuquoise Alison Dennis, puis Yves Greffard. Mais cette année, c’est aux côtés de Jessica Turcotte qu’elle a relevé un tout autre défi.
Une rencontre décisive
La rencontre entre Jolène et Jessica a eu lieu à une course à Shawinigan. “On s’est parlé, et je l’ai invitée à venir à Obedjiwan. Je voulais lui montrer le côté positif de ma communauté.” De cette rencontre est née une collaboration forte. C’est Jessica qui l’a motivée à participer à Cooperstown, première étape de la prestigieuse Triple couronne de canot. “Je n’avais que 27 heures de pratique, mais j’ai dit oui pareil. Je voulais vivre cette expérience.”
Le défi n’a pas été sans embûches. Les rapides, la fatigue et même un chavirement sont venus tester la ténacité de Jolène. “J’ai paniqué. Je ne sais pas nager. Mais Jessica a trouvé les bons mots pour me calmer.” Ce moment difficile, elle le qualifie aujourd’hui de tournant. “Je me suis dit que je ne pouvais pas abandonner. Ce n’est pas dans ma nature.”
Un engagement communautaire profond
Au-delà de l’exploit sportif, Jolène voit dans sa démarche un acte porteur pour les jeunes de sa communauté. Intervenante en prévention des dépendances auprès des adolescents à Obedjiwan, elle veut leur montrer qu’il est possible de se dépasser et de réaliser ses rêves. “Je le fais pour eux, pour les femmes aussi.”
Chaque été, elle organise d’ailleurs des initiations au canot dans son village. Elle a même fait venir Serge Corbin, légende vivante du canot de course, à Obedjiwan. “Il vient montrer les techniques aux jeunes et aux adultes. On a beaucoup de monde intéressé. J’apprends beaucoup avec lui, il me réajuste tout le temps. C’est comme ça que je vois que je m’améliore, puis j’aime ça. Il me motive à toujours faire plus”
Une source d’inspiration
En prenant part à cette compétition internationale, Jolène Tcatci devient un exemple tangible de courage et de résilience. Le Conseil des Atikamekw d’Opitciwan l’a souligné avec émotion “Jolène est une source d’inspiration pour notre jeunesse, surtout pour nos jeunes femmes.”
Alors qu’elle se prépare déjà pour d’autres épreuves, Jolène souhaite continuer à transmettre sa passion et son message. “Le canot, ce n’est pas juste physique. C’est mental aussi. Il faut croire en soi.”

