Une boucle qui se boucle pour Valérie Lévesque au Salon du livre de Trois-Rivières
LA TUQUE. Quand elle a commencé à écrire en pleine tourmente, Valérie Lévesque ne pensait pas se rendre jusque là. Encore moins imaginer qu’à peine quelques mois après la publication de son premier roman, À travers mes lunettes roses, elle participerait déjà à un quatrième Salon du livre. Le dimanche 29 mars, l’autrice latuquoise était présente à son événement régional au Salon du livre de Trois-Rivières, dans ce qui représente pour elle bien plus qu’un simple événement littéraire.
“C’est comme si la boucle se bouclait”, confie-t-elle.
Publié en juin 2025, son roman n’a pas tardé à trouver un écho auprès du public. Mais pour comprendre l’importance de ce rendez-vous en Mauricie, il faut remonter à ses premiers pas dans le milieu.
Les Salons du livre prennent une pause estivale. Ainsi, c’est à l’automne que tout s’est enclenché pour Valérie Lévesque. Son baptême du feu a eu lieu à Jonquière, au Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean, les 27 et 28 septembre.
“J’étais tellement nerveuse. Je me disais: personne ne va venir me parler, ils ne me connaissent pas.”
Puis, les rencontres se sont enchaînées. Sherbrooke, avec le Salon du livre de l’Estrie. Ensuite, le grand saut: le Salon du livre de Montréal, le plus imposant rendez-vous littéraire de la province.
“Je pensais ne jamais avoir ma place là comme nouvelle autrice. Finalement, ils m’ont fait une place. C’était génial.”
Mais malgré ces expériences marquantes, c’est Trois-Rivières qui restait son objectif.
Un rendez-vous chargé de sens
Le Salon du livre de Trois-Rivières n’est pas un arrêt parmi d’autres. C’est le salon de sa région, celui qu’elle fréquentait auparavant comme lectrice. Celui où, aujourd’hui, elle est accueillie comme autrice… et comme voix régionale.
“Mon but ultime, c’était d’être là.”
Même si son livre n’est plus une nouveauté de l’été, elle a tenu à y être. Une démarche volontaire, presque instinctive.
“C’était important pour moi de contribuer à faire rayonner la littérature locale.”
Une fierté d’autant plus grande que son roman est profondément enraciné en Mauricie. L’histoire se déroule en grande partie à La Tuque, mettant en valeur des lieux emblématiques comme la route 155 ou le lac Saint-Louis.
“Je voulais que mon livre fasse rayonner ma région. Qu’il se promène ailleurs, mais qu’il parle d’ici.”
Écrire pour tenir debout
Derrière ce parcours se cache une histoire beaucoup plus intime. À travers mes lunettes roses est né durant un combat contre un cancer du sein. Une période où tout s’est arrêté.
“On m’a dit: tu vas avoir une année sur pause. Pour moi, ça a été un choc.”
Habituée à un rythme de vie effréné, elle se retrouve soudainement avec du temps. Beaucoup de temps. Et une incertitude lourde.
“Je ne savais pas comment ça allait finir. Alors je me suis demandé : qu’est-ce que j’ai toujours voulu faire?”
La réponse s’est imposée d’elle-même: écrire.
Ce projet est rapidement devenu bien plus qu’un simple passe-temps.
“Ça a été une de mes armes. Ça me donnait une motivation d’aller de l’avant.”
Entre les traitements, elle écrit, prend des notes, structure son récit. Une façon de rester debout, de garder un cap. Mais aussi de donner un sens à ce qu’elle traverse.

(Photo Marie-Eve Alarie)
Des lunettes roses… mais pas naïves
Le titre du roman intrigue, interpelle. À travers mes lunettes roses. Une expression qui évoque autant l’optimisme que le symbole du ruban du cancer du sein.
Curieusement, ce n’est pas elle qui l’a choisi. Le titre est le fruit d’un travail d’équipe avec sa maison d’édition. Mais il s’est imposé naturellement.
“Ça vient de mon conjoint. Lui, il voit toujours le positif. Moi, je suis plus anxieuse. Ça me tapait sur les nerfs… jusqu’à ce que j’en aie besoin.”
Durant la maladie, cette vision des choses a pris tout son sens.
“Il m’a prêté ses lunettes roses. Parce que ce n’est pas vrai que tout est toujours noir.”
Un message nuancé, loin des clichés.
“Ce n’est pas banaliser la maladie. C’est apprendre à voir autrement.”
Le choc des rencontres
Si l’écriture s’est faite dans la solitude, les Salons du livre ont offert l’opposé: un contact direct et souvent bouleversant avec les gens.
“À chaque salon, il y a des gens qui viennent me voir… et on pleure ensemble.”
Des inconnus qui se reconnaissent dans son histoire, qui partagent leur propre vécu et qui la remercient.
“C’est là que j’ai réalisé la portée du livre.”
Au-delà des ventes, près de 2000 exemplaires distribués en trois mois, c’est ailleurs que se trouve la véritable récompense.
“La vraie paye, c’est ça. Toucher les gens.”
Et la suite?
L’aventure ne s’arrête pas là. Malgré un horaire chargé, Valérie Lévesque écrit déjà un deuxième roman. Inspiré notamment par un voyage marquant en Islande, il s’annonce encore une fois chargé d’émotions et de profondeur.
“Je voulais faire quelque chose de plus léger… mais je pense que je retourne encore dans quelque chose de profond.”
Sans échéancier précis, elle avance à son rythme. Une chose est certaine : l’écriture fait désormais partie de sa vie.
