La force du “ensemble” sous un même toit
LA TUQUE. Depuis septembre 2024, deux piliers du milieu communautaire latuquois, La Source et Facile d’accès, ont pignon sur rue dans un même immeuble: les Appartements Libère-toi. Un déménagement qui n’a rien d’anodin. Changement d’adresse, oui. Mais surtout, changement de culture, de collaboration… et de perspectives.
“On se contente souvent de ce qu’on a, en communautaire”, lance d’entrée de jeu Annie Desrosiers, directrice générale de La Source. Après des années dans des locaux désuets, l’arrivée dans un bâtiment neuf, lumineux et adapté représente bien plus qu’un confort. “Maintenant, on savoure notre chance.”
Même son de cloche du côté de Micheline Caron, directrice générale de Facile d’accès depuis 23 ans. Quitter une maison occupée pendant plus de deux décennies n’a pas été une mince décision. “On avait une richesse là-bas, mais aussi des marches difficiles à monter pour une clientèle vieillissante, des réparations majeures qu’on ne pouvait pas assumer. Il fallait être réalistes.”
De l’adaptation… à la complémentarité
S’installer à trois entités sous un même toit, les deux organismes et les Appartements Libère-toi, a demandé des ajustements. “Nos façons de travailler ne sont pas identiques. Nos règles non plus”, admet Annie Desrosiers. “Il y a eu des petites affaires à ajuster.”
Mais rapidement, les avantages ont pris le dessus.
La proximité facilite les échanges informels, les idées spontanées, les solutions partagées. “Avant, même si on voulait collaborer davantage, c’était plus compliqué. Là, on fait un tour dans le bureau de l’autre et on en parle”, résume Mme Desrosiers.
La zoothérapie offerte par Facile d’accès est désormais accessible aux participants de La Source sans logistique complexe. Des ateliers d’art-thérapie sont ouverts à différents groupes. Les espaces communs – cuisine, salle à manger, salon communautaire – deviennent des lieux de rencontre et de mixité.
“On apprend à se connaître, à reconnaître les forces de chacune. Le respect est là”, insiste Micheline Caron.
Une gestion partagée… et assumée
Le départ de la direction générale des Appartements Libère-toi a aussi ajouté une responsabilité inattendue: les deux directrices se partagent désormais la gestion du bâtiment.
“Quand Annie n’est pas là, c’est moi. Quand je ne suis pas là, c’est elle”, explique Mme Caron. Organigrammes, nouvelles responsabilités, coordination: la charge est réelle, mais assumée.
La mutualisation permet aussi de partager certains coûts – conciergerie, ressources humaines ponctuelles – un soulagement dans un contexte où le financement communautaire demeure fragile.

La directrice de l’organisme Facile d’accès, Micheline Caron. (Photo Patrick Vaillancourt)
32 logements, et une liste d’attente
Les Appartements Libère-toi affichent complet. Le 32e locataire doit entrer au début mars. Une liste d’attente est déjà en place.
Contrairement à d’autres projets d’habitation transitoire, ici, on parle de stabilité à long terme. “On ne voulait pas un deux ans et puis dehors. On voulait du durable”, souligne Micheline Caron.
Facile d’accès offre du soutien léger à 20 à 25 personnes, dont 14 résidant dans l’immeuble et d’autres dans la communauté. Les besoins sont grands, les ressources limitées. “On n’a pas eu de rehaussement budgétaire cette année”, rappelle-t-elle.
Briser les peurs, bâtir l’inclusion
Au départ, le projet a suscité des inquiétudes. Certains craignaient la création d’un “ghetto” pour personnes vulnérables. Les directrices n’ont jamais partagé cette vision.
“Nos missions, c’est d’amener les gens à vivre dans la communauté latuquoise”, rappelle Annie Desrosiers. L’emplacement à proximité du centre-ville facilite l’accès aux organismes voisins, au bénévolat, aux activités.
La mixité est réelle: personnes vivant avec des enjeux de santé mentale, participants de différents horizons, membres des Premières Nations. Les étages ne sont pas divisés par clientèles. Ce sont même les locataires qui ont souhaité être mélangés.
Et les petites histoires font foi de tout. Cette résidente anxieuse à l’idée de prendre l’ascenseur, accompagnée par un voisin confiant qui descend avec elle simplement pour la rassurer. Ces portions de sauce à spaghetti partagées d’un logement à l’autre. Ces premiers appartements à 60 ou 70 ans, vécus avec des larmes d’émotion.
“Quand on parle d’inclusion, ce n’est pas toujours simple à faire pour vrai”, note Mme Desrosiers. “Mais ici, on la vit.”
“Quand j’ai vu le premier locataire pleurer en visitant son logement, j’ai compris pourquoi on l’avait fait”, confie Micheline Caron.
