La ferme Stéphane Ouellet: Une passion intacte et une relève bien enracinée.

LA BOSTONNAIS. Désignée Famille agricole de l’année lors de la 12e Soirée des Gens de Terre et Saveurs de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de la Mauricie, la ferme Stéphane Ouellet de La Bostonnais voit ainsi récompensés plusieurs décennies de travail, d’innovation et d’implication familiale. Une reconnaissance qui souligne autant le parcours entrepreneurial de cette entreprise familiale que l’implication de plusieurs générations dans son développement.

PAR FATOUMATA DAPA/ fdapa@icimedias.ca

Établie depuis les années 1930, la ferme familiale de La Bostonnais s’est développée au fil des générations en s’adaptant aux réalités changeantes du monde agricole. Aujourd’hui, l’entreprise certifiée biologique repose sur une combinaison de grandes cultures et d’élevage bovin, tout en préparant activement son transfert à la relève.

Pour Stéphane Ouellet, cette distinction vient surtout reconnaître l’implication collective qui caractérise l’entreprise.

“Il faut le mentionner, c’est un travail collectif, un travail d’une grosse équipe, parce que ça ne repose pas juste sur une ou deux personnes”, souligne-t-il.

L’exploitation agricole a été fondée par son grand-père Laurent Ouellet, reconnu à son époque pour son esprit novateur. Plusieurs distinctions lui avaient d’ailleurs été attribuées au fil des années.

“C’est mon grand-père qui a défriché ces lopins de terre-là. Puis mon père a pris par la suite la ferme qui était une ferme laitière, qui produisait aussi du porc et qui faisait la mise en marché du bœuf “, rappelle M. Ouellet.

Si les bâtiments, les équipements et les méthodes de production ont considérablement évolué depuis cette époque, le propriétaire estime que la force de l’entreprise réside aujourd’hui dans sa dynamique familiale.

“Des moyens techniques aujourd’hui on en a, de l’argent on peut toujours en trouver, mais si on n’a pas un bon dynamisme relationnel, il n’y a rien qui peut se faire. C’est toute la dynamique relationnelle qui vient jouer un rôle, qu’on trouve ensemble des solutions, qu’on innove”, affirme-t-il.

Aujourd’hui, plusieurs membres de la famille participent aux opérations, dont les frères, le gendre et les enfants.

“Tout le monde met la main à la patte, mon épouse, mes enfants, même mon gendre. Il prend souvent des semaines de vacances pour venir nous aider. Donc vraiment toute la famille est impliquée puis, on le voit qu’ils aiment ça. Sinon il n’y aurait pas toujours des solutions. C’est sûr que moi je l’ai fait par passion toute ma vie, puis on dirait que eux-mêmes ont attrapé ce virus-là”, ajoute-t-il en souriant.

Cette volonté d’amélioration continue se traduit notamment par des investissements réguliers visant à accroître l’efficacité des opérations, le confort des animaux et la performance environnementale de l’entreprise.

“C’est continuellement : qu’est-ce qu’on pourrait faire pour aller plus loin, se donner une meilleure qualité de vie dans notre travail, produire plus facilement, plus rapidement, plus efficacement”, explique le producteur agricole.

“On est encore en train de chercher des solutions. Justement aujourd’hui, on se penche sur une nouvelle technologie qu’on se demande si on va acquérir. C’est un gros investissement, mais on pense que c’est nécessaire pour l’entreprise”, poursuit-il.

La relève est déjà bien présente avec Emmanuelle Ouellet, fille de Stéphane Ouellet, qui se prépare à reprendre progressivement les rênes de l’entreprise familiale. Son intérêt pour l’agriculture est né dès l’adolescence grâce à un petit troupeau de moutons obtenu lors d’un échange.

“On avait échangé des balles contre des moutons. C’est une expérience qui finalement n’était pas lucrative du tout, mais qui m’a permis de savoir que j’aimais vraiment ça, travailler avec des animaux”, raconte-t-elle.

Cette passion l’a menée au Centre de formation professionnelle de Coaticook. Initialement inscrite dans un autre programme, elle découvre rapidement un intérêt marqué pour les bovins.

“Quand j’ai fait mes traites obligatoires, je me suis rendu compte que finalement, je préférais les vaches. J’ai changé de programme une semaine après avoir commencé”, dit-elle.

Au fil des années, elle développe son propre troupeau au sein de l’entreprise familiale. Partie de quelques animaux, elle compte aujourd’hui une vingtaine de vaches et prévoit poursuivre sa croissance.

“Personne d’autre n’était intéressé dans la famille à reprendre la ferme. J’ai dit: on va essayer l’expérience. Puis finalement, ça fait dix ans que je suis sur la ferme”, mentionne-t-elle.

Pour Stéphane Ouellet, l’avenir passe par cette transmission graduelle des responsabilités. “Moi et mon épouse, on commence à être juste en support, de plus en plus en support. Puis que ce soit eux qui décident ce qu’ils vont faire, ce qu’ils vont choisir pour l’entreprise.”

Au-delà des bâtiments, des équipements et des cultures, le producteur estime que le véritable héritage d’une ferme demeure les liens qui unissent les personnes qui y travaillent. “Le secret, c’est vraiment d’avoir une dynamique relationnelle qui est constructive et aussi un désir de toujours faire mieux. Il faut se sentir concerné.”

Pour la famille Ouellet, la reconnaissance obtenue lors de la Soirée des Gens de Terre et Saveurs constitue avant tout un hommage à l’engagement de tous ceux qui ont contribué à bâtir et à faire évoluer l’entreprise au fil des générations.

“Je suis extrêmement fier de voir toute l’implication et le dynamisme qu’il y a dans la ferme. Chacun met du sien, et c’est ça qui fait qu’elle est ce qu’elle est”, conclut Stéphane Ouellet.