Wapikoni transporte la création autochtone au cœur de La Tuque

Une chanson de métal prend forme dans la roulotte. À quelques mètres, une idée de vidéoclip se précise devant un écran de montage. Ailleurs, une histoire attend encore de trouver sa caméra. Pour quelques semaines, le studio mobile de Wapikoni s’est installé à La Tuque avec une invitation simple : entrer, essayer et raconter.

Derrière les caméras et les micros se trouve aussi une mission sociale. Wapikoni utilise la création comme moyen d’expression, de découverte et de transmission auprès des Premiers Peuples.

« Il y a beaucoup d’intervention à travers l’art aussi. Développer une nouvelle passion. Se trouver. On est vraiment dans l’identité également », explique Maxime Girard, intervenant-facilitateur de l’escale. La langue, les activités traditionnelles et les cultures autochtones se retrouvent ainsi régulièrement au cœur des productions.

À La Tuque, M. Girard travaille aux côtés des cinéastes-mentors Canouk Newashish et Pierre-Luc Junet, ainsi que de Gloria Coocoo, coordonnatrice locale.

Cette escale se distingue toutefois des habitudes de Wapikoni. L’organisme, qui installe généralement ses studios directement dans les communautés, expérimente cette fois une présence en milieu urbain en collaboration avec le Centre d’amitié autochtone Capetciwotakanik.

« Le Centre d’amitié voulait, depuis deux ans, qu’on fasse une escale urbaine », indique M. Girard. L’objectif est notamment de rejoindre les Autochtones vivant à La Tuque et de travailler avec une réalité différente de celle des communautés.

Le changement est tangible. À Wemotaci ou à Opitciwan, l’arrivée de la roulotte devient rapidement un événement. Les jeunes passent, entrent et reviennent avec leurs amis.

« La roulotte devient « hub ». La roulotte devient vivante », décrit M. Girard. À La Tuque, où les gens sont davantage dispersés, les passages spontanés sont moins nombreux. L’équipe mise donc davantage sur le bouche-à-oreille et les organismes locaux.

Des activités sont notamment prévues auprès de la Maison des jeunes, du Foyer Mamo et des écoles. L’idée est aussi simple que la porte du studio est ouverte : nul besoin d’avoir déjà un scénario ou une chanson prête.

« Même si t’as pas d’idée de film, tu peux venir ici », lance M. Girard.

Au moment de l’entrevue, trois projets musicaux et près de quatre projets de films avaient déjà commencé à prendre forme. Les mentors accompagnent les participants dans la recherche d’idées, le tournage, le son et le montage, mais cherchent surtout à leur laisser les commandes.

« L’idée, c’est de former le plus possible », résume M. Girard.

La boucle se referme pour Canouk

Canouk Newashish incarne particulièrement bien cette ambition.

Il était déjà présent lors de la toute première année de Wapikoni, en 2004. Il y entre comme participant, d’abord derrière la caméra.

« Au début, je faisais du cameraman », se souvient-il. Dès les années suivantes, ses créations prennent toutefois une ampleur qu’il n’aurait probablement pas imaginée en poussant la porte du studio.

Un de ses films l’amène notamment dans plusieurs festivals. Canouk raconte avoir voyagé trois fois en France, mais également en Suisse et au Mexique.

« Les gens sont fiers. Ils montrent ça à leurs proches, à leurs parents », dit-il de l’expérience de terminer une première œuvre.

Vingt-deux ans plus tard, le participant est devenu cinéaste-mentor. Celui qui apprenait autrefois à manier une caméra accompagne maintenant les nouveaux venus dans leurs propres projets.

La trajectoire illustre jusqu’où peut mener une première expérience. Wapikoni indique aujourd’hui avoir rejoint plus de 6000 participants depuis 2004 et constitué une collection dépassant 1500 courts métrages et 900 œuvres musicales.

Les films demeurent entièrement la propriété de leurs auteurs. Avec leur autorisation, l’organisme peut ensuite accompagner certaines œuvres vers des festivals, prendre en charge des frais de soumission et parfois permettre aux créateurs d’aller les présenter à l’extérieur.

L’escale latuquoise doit culminer le 21 septembre avec une projection publique des créations réalisées pendant le séjour.

« Ça rit, ça pleure. C’est vraiment cathartique, des fois », décrit M. Girard.

Pour certains, ce sera la fin de quelques semaines de création. Pour d’autres, comme Canouk Newashish il y a 22 ans, ce pourrait plutôt être le début.