Une nouvelle scierie de 7,5 M$ prend racine à Wemotaci

WEMOTACI.  Après plusieurs années de développement, la Scierie Tackipotcikan a officiellement été inaugurée le 24 septembre à Wemotaci. Entièrement détenue par la communauté, l’entreprise représente un investissement de 7,5 M$ et mise sur les produits de bois de fortes dimensions et les marchés spécialisés pour se tailler une place dans une industrie forestière en pleine transformation.

Le projet, amorcé en 2019, devait initialement se concrétiser plus rapidement. La pandémie, puis un changement de localisation visant à améliorer les opérations, ont toutefois retardé sa réalisation.

« Ça fait longtemps que ça a commencé. L’idée était d’être capable de mettre en place une petite usine pour vraiment créer des emplois de qualité et contribuer au développement économique de la communauté », explique le directeur général de la Scierie Tackipotcikan, Alain Paradis.

L’installation a finalement été complétée au cours des deux dernières années. Les premiers essais ont débuté à l’automne dernier, alors que les opérateurs ont reçu leur formation pratique. Après une période d’ajustements, la production a véritablement démarré au printemps.

Miser sur un créneau spécialisé

La principale particularité de la scierie est son créneau de production. Plutôt que de se concentrer sur les produits de commodité comme le traditionnel deux-par-quatre, l’entreprise transforme principalement des billes de fortes dimensions, notamment celles de 16 pouces et plus qui sont difficiles à traiter dans les scieries conventionnelles.

« Nous, dans le fond, on prend tous les gros bois qui proviennent de la forêt ou des usines conventionnelles et qui ne sont pas transformés dans ces usines-là parce qu’ils sont trop gros », explique M. Paradis.

La scierie peut ainsi produire des pièces hors normes destinées à différents marchés, notamment la construction en bois massif, le bois de parement, le bois d’apparence ainsi que certains produits destinés à la deuxième transformation.

L’usine peut traiter des billes allant jusqu’à 18 pieds et produire des pièces de différentes longueurs et dimensions en fonction des besoins des clients.

Cette flexibilité constitue l’un des principaux atouts de l’entreprise, qui souhaite diversifier ses débouchés plutôt que de dépendre uniquement du marché traditionnel du bois d’œuvre.

Valoriser la matière première

La diversification se retrouve également dans la valorisation des sous-produits. Une partie importante de la matière transformée devient des copeaux et de la sciure, qui sont vendus à des entreprises pouvant les réutiliser dans leurs procédés.

Les écorces issues de l’écorçage des billes constituent pour leur part une biomasse qui peut servir à produire de la chaleur ou de l’énergie.

La scierie ne prévoit toutefois pas, pour l’instant, installer sa propre chaudière à biomasse. Le volume de production demeure insuffisant pour justifier une telle infrastructure.

« Pour être capable d’installer quelques chaudières en place pour utiliser de la biomasse, ça prend quand même de bonnes quantités », précise Alain Paradis.

Une trentaine d’emplois à terme

Le projet représente également un important levier de développement économique pour Wemotaci.

Une première cohorte d’opérateurs a déjà été formée et une deuxième formation doit débuter cet automne, en prévision de l’ajout d’une deuxième faction au printemps.

À terme, une vingtaine d’opérateurs pourraient travailler directement à l’usine, auxquels s’ajouteront des emplois en supervision, à la cour et à l’entretien de la machinerie. La direction estime que près d’une trentaine de postes pourraient ainsi être liés aux opérations.

La priorité demeure de favoriser l’emploi des membres de la communauté.

« Le projet de l’usine, c’était vraiment prioritairement pour créer des emplois de qualité sur la réserve à Wemotaci pour la communauté », souligne M. Paradis.

À la recherche d’un approvisionnement stable

La scierie achète actuellement des billes de fortes dimensions auprès d’usines de la région. Des discussions sont également en cours avec le gouvernement afin d’obtenir une garantie d’approvisionnement.

L’entreprise cherche surtout à avoir accès aux grosses pièces de bois nécessaires à son créneau de production.

« Ce qui nous intéresse, c’est d’aller chercher justement les grosses pièces à partir du volume que l’usine est capable de transformer », explique le directeur général.

Un contexte forestier incertain

L’entreprise amorce ses opérations dans un contexte difficile pour l’industrie forestière. Les marchés demeurent prudents, notamment en raison des tensions commerciales avec les États-Unis.

La clientèle ciblée par Tackipotcikan est toutefois principalement locale, ce qui permet de limiter son exposition directe aux fluctuations du marché américain. L’entreprise demeure néanmoins touchée indirectement puisque certains de ses clients desservent eux-mêmes des marchés américains.

Malgré cette période d’incertitude, Alain Paradis demeure confiant quant au potentiel du bois spécialisé.

« La demande est là. Donc, ça va se replacer dans l’optique où la rentabilité est au rendez-vous pour les producteurs », estime-t-il.

Avec un investissement de 7,5 M$, dont plus de 40 % provient de la contribution de la communauté de Wemotaci, la Scierie Tackipotcikan constitue un projet économique majeur pour la communauté.

Pour Alain Paradis, l’inauguration du 24 septembre représentait surtout l’aboutissement de plusieurs années de travail.

« On est très fiers de notre projet. L’équipe a travaillé très, très fort dans les dernières années pour mettre ça en place. »