Un drapeau pour honorer les disparus et survivants des pensionnats 

AUTOCHTONES. Le Centre d’amitié autochtone de La Tuque a souligné la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, le 30 septembre, par une cérémonie du lever du drapeau des survivants des pensionnats, au parc Juliette-Rabbitskin, sur le site d’un ancien pensionnat autochtone.

Cette commémoration s’inscrit dans une série d’activités organisées dans le cadre de la Semaine de la vérité et de la réconciliation, amorcée vendredi dernier. Après l’hommage à Joyce Echaquan tenu dimanche à l’espace Sakihikan, les citoyens et partenaires étaient invités, mardi, à participer à ce geste symbolique de mémoire et de solidarité.

La directrice générale du Centre d’amitié autochtone Capetciwotakanik, Laurianne Petiquay, a rappelé l’importance d’organiser des événements de ce type.

“Les pensionnats autochtones ont été imposés par l’État. Ce n’est pas loin derrière nous: mes parents y sont allés et il y a encore 40 ans, des enfants devaient quitter leur famille pour y aller. C’est encore bien réel. Le fait de rappeler qu’il y a eu un pensionnat à La Tuque, comme ailleurs au Québec, est extrêmement important parce que plusieurs personnes l’ignorent.”

Pour le conseil d’administration du Centre, la cérémonie était aussi une occasion de souligner la résilience et la dignité des peuples autochtones.

“Ce terrain, autrefois occupé par un pensionnat autochtone, est aujourd’hui occupé par les pas des enfants du CPE Premier Pas. Ce changement est porteur d’espoir, mais il nous rappelle l’importance de ne jamais oublier. Aujourd’hui, nous honorons les enfants qui ne sont jamais revenus, les survivants, les familles et les générations qui portent encore les marques du système colonial”, a affirmé Rachelle Chachai.

Le grand chef de la Nation atikamekw, Constant Awashish, a lui aussi insisté sur l’importance de se souvenir et de transmettre.

“Beaucoup de membres de ma famille sont passés dans les pensionnats et sont revenus meurtris. Mais malgré tout, ils ont appris sur eux-mêmes et sur l’humain. La Journée du 30 septembre, ce n’est pas seulement pour parler des mauvais traitements, mais aussi pour célébrer la culture autochtone et rappeler que nous partageons beaucoup de valeurs communes. Il faut continuer à faire tomber les murs qui nous séparent.”

Pour Laurianne Petiquay, cette journée ne doit pas se limiter à une commémoration ponctuelle. “Le chemin vers la guérison collective vient tout juste de débuter. Les cicatrices font encore mal et cela prend une société entière, autochtone et non autochtone, pour avancer ensemble.”

Un témoignage lors de la levée du drapeau

La cérémonie a donné lieu à un témoignage empreint d’émotion. Denise Coocoo, Atikamekw de Wemotaci, pensionnaire 7 ans (de 5 à 12 ans) au Pensionnat de Pointe-Bleue, se souvient “d’un changement de vie radical, une coupure totale de sa culture”. Elle souligne que “les parents ont beaucoup souffert d’avoir été séparés de leurs enfants”. Pour elle, la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation “est l’assurance presque que ça ne reviendra pas”. Aujourd’hui, elle souhaite transmettre un message aux jeunes générations. “Nous sommes un peuple fort, résilient, courageux, avec une culture tellement belle. Il faut continuer de dire la vérité qu’on est un peuple, un peuple avec plein de couleurs. Notre culture, nos mondes, notre mode de vie, nos enseignements nous montrent qu’il faut travailler ensemble, qu’on a besoin les uns des autres. Comme on le voit aujourd’hui, réunis, allochtones et autochtones”, conclut-elle.