“Travailler ne protège plus nécessairement de l’insécurité alimentaire”
Chaque mois, 18 236 personnes ont recours à l’aide alimentaire auprès des organismes membres de Moisson Mauricie/Centre-du-Québec pour se nourrir, révèle le Bilan-Failm 2025. C’est 1484 personnes de plus que l’an dernier, soit une hausse de 9%.
De ces 18 236 personnes, près du tiers (31,7%) sont des enfants, alors qu’ils représentent 18% de la population dans la région.
“[Dans la région], on note une augmentation du nombre de personnes aidées, bien au-delà de la croissance démographique régionale. Malgré les efforts de notre réseau, la situation de l’insécurité alimentaire est loin de s’améliorer”, indique Gaël Chantrel, directeur général de Moisson Mauricie/Centre-du-Québec.
La croissance démographique a augmenté de 5,6% depuis 2019, alors que le nombre de personnes ayant recouru au service de distribution alimentaire a connu une hausse de 37% depuis 2019.
Dans la région, Moisson répond à 111 294 demandes d’aide alimentaire mensuellement, que ce soit en distribution alimentaire (27 430 visites), des repas servis (63 497) ou encore des collations servies (20 367).
Parmi les ménages aidés, 13,3 % ont la pension de vieillesse ou une rente de retraite comme principale source de revenus.
L’augmentation du nombre de ménages dont la principale source de revenu provient d’un emploi préoccupe aussi grandement l’organisme.
“L’insécurité alimentaire touche désormais des personnes qu’on voyait peu, voire pas du tout, dans nos services auparavant. Près de 13 % des ménages aidés disposent d’un revenu d’emploi. Travailler ne protège plus nécessairement de l’insécurité alimentaire. En dix ans, le nombre de personnes dont la principale source de revenu provient d’un emploi a triplé, une donnée particulièrement alarmante”, renchérit M. Chantrel.
Quant à eux, les adultes vivant seuls représentent 54,1% des bénéficiaires de la distribution alimentaires. C’est 18,2% de plus que la moyenne provinciale.
Les dons de nourriture chutent
Par ailleurs, Moisson Mauricie/Centre-du-Québec indique que le manque de denrées a représenté un défi encore cette année, malgré un appui des donateurs et du gouvernement provincial via l’association Banques alimentaires du Québec (BAQ). Les dons de nourriture ont chuté de 36 % depuis 2021-2022.
Le Bilan-Faim régional mentionne que 77,3% des organismes membres de Moisson MCDQ considère avoir manqué de denrées au cours de la dernière année, car ils auraient voulu offrir plus de variété ou une plus grande quantité de nourriture. La moitié d’entre eux ont fait des achats pour combler une partie du manque de nourriture.
Parmi les facteurs expliquant cette importante baisse, l’organisme identifie la gestion des inventaires plus serrée en raison de la hausse des coûts de production, des productions agricoles plus difficiles, de la difficulté d’approvisionnement en matières premières, des retards de production et la vente de produits à rabais.
Des solutions à mettre en place
“Le Bilan-Faim 2025 démontre la triste réalité que pour des milliers de familles, bien manger devient un luxe, souligne M. Chantrel. Une telle situation ne devrait pas exister dans une société aussi prospère que la nôtre. Quand la sécurité alimentaire devient peu à peu un privilège, il y a de quoi s’inquiéter. Il est urgent de mettre en place des mesures structurantes de lutte contre la pauvreté pour freiner cette progression.”
Pour enrayer la dépendance à l’aide alimentaire, Moisson Mauricie/Centre-du-Québec émet certaines solutions: soutenir le logement abordable, investir dans l’éducation et la formation professionnelle, instaurer un écart salarial maximal de dix fois entre le salaire médian et le plus haut salaire d’une entreprise et augmenter le salaire minimum.
“Moisson MCDQ est le pilier de l’aide alimentaire dans la région, mais c’est tous ensemble que nous pouvons agir, des citoyens aux décideurs. Nous avons besoin de tout le monde pour bâtir une société où personne ne devrait choisir entre se nourrir ou se loger”, conclut Jean Pellerin, président de Moisson Mauricie/Centre-du-Québec.
