“On joue à Tetris avec les logements”
LA TUQUE. Le maire de La Tuque Pierre Pacarar ne cache pas sa surprise devant les conclusions de l’étude sur les besoins en habitation réalisée par le Groupe Altus. Même si la Ville savait déjà que le logement représentait un enjeu majeur, le portrait global dévoilé récemment a frappé les élus de plein fouet.
“On avait le sentiment qu’on était comme un chat qui courait après sa queue. Puis qu’on jouait à Tetris au niveau du locatif”, résume le maire. “Mais quand ils ont tout mis ça ensemble, on s’est dit: “OK, c’est encore pire qu’on aurait pu penser.””
Le diagnostic est sévère. Avec un taux d’inoccupation oscillant autour de 0,3 %, le marché locatif latuquois est pratiquement paralysé.
“Pour que quelqu’un prenne un logement à La Tuque, il faut que quelqu’un quitte La Tuque. C’est ça, la situation en ce moment.”
Une tempête parfaite
Plusieurs facteurs se combinent pour créer une pression sans précédent sur le logement.
L’arrivée de travailleurs liés aux grands chantiers d’Hydro-Québec, les étudiants de l’École forestière, les travailleurs forestiers saisonniers et les employés temporaires des entreprises régionales exercent tous une pression supplémentaire sur un parc locatif déjà saturé.
“Les travailleurs d’Hydro-Québec, eux, cherchent du locatif plus long terme. Et il n’y en a pas. Ça met une pression énorme sur la population qui n’a pas les moyens de payer les loyers que ces travailleurs-là peuvent assumer avec leurs per diem.”
Résultat: les prix montent rapidement.
“On est dans un marché de bailleurs. Dès qu’un logement se libère, il y a une occasion d’augmenter le prix. Il n’y a pas d’offre. Les gens sautent sur les logements disponibles.”
Le phénomène touche particulièrement les ménages plus vulnérables qui n’ont pas accès à la propriété et doivent demeurer dans le marché locatif.
” Aucun immeuble à logements depuis 1999 “
Le constat est d’autant plus frappant qu’aucun immeuble à appartements n’a été construit à La Tuque depuis plus de 25 ans.
Aujourd’hui, plusieurs projets commencent toutefois à émerger, notamment dans le secteur Saint-Michel et à l’ancien jardin communautaire.
Des promoteurs privés travaillent également sur de nouveaux projets locatifs.
” Ce sont des logements plus haut de gamme, oui. Mais ils vont répondre à une clientèle précise: les travailleurs spécialisés, les nouveaux retraités, les gens qui veulent vendre leur maison sans aller en résidence pour aînés.”
Le maire estime que ces projets contribueront malgré tout à détendre le marché.
La Ville veut accélérer les projets
Pour attirer des promoteurs, La Tuque mise sur une approche plus flexible et proactive.
“Chez nous, les promoteurs n’attendent pas en ligne pendant des mois. On les rencontre directement et on travaille avec eux”, avance le premier magistrat.
La Ville dispose aussi de plusieurs terrains qu’elle souhaite rendre disponibles rapidement pour le développement résidentiel.
Parmi les secteurs identifiés figurent notamment les rues Nault, Réal, Amandier, Saint-Antoine ainsi qu’un vaste terrain du boulevard Ducharme, à proximité de la piste de motocross et du secteur Octane Parc.
Le maire insiste toutefois sur un point: rien n’est figé.
“On n’est pas doctrinaires. On a une vision, mais on laisse de la place aux promoteurs pour amener leurs idées. Souvent, ils arrivent avec des propositions encore meilleures que ce qu’on avait imaginé.”
Un futur quartier résidentiel dans la mire
À plus long terme, la Ville regarde également vers le développement d’un nouveau quartier résidentiel près du secteur de l’aéroport en bordure de la rivière Saint-Maurice. Ce futur quartier aura des impacts pour le site du Club de ski de fond La Tuque Rouge.
L’objectif: préparer dès maintenant l’expansion future de la ville afin d’éviter de se retrouver coincé lorsque la demande augmentera davantage.
“On travaille avec une vision sur 10, 15, 20 ans. Ce qu’on veut, c’est être prêts. “
Le maire rappelle que La Tuque possède un avantage important comparativement à d’autres municipalités : ses infrastructures ont encore une grande capacité.
” Notre réseau d’aqueduc et d’égouts a été conçu pour une ville de 25 000 habitants. On est à peine 12 000. On n’a pas des centaines de millions à investir avant de développer.”

Miser sur le logement durable
Malgré l’urgence de la situation, la Ville souhaite éviter les solutions temporaires improvisées.
“On pourrait faire du court terme qui tomberait en morceaux dans 20 ans. Nous, on veut construire quelque chose de durable qui va devenir un legs pour la population.”
Le maire affirme également vouloir poursuivre les discussions avec les organismes communautaires, les partenaires autochtones et les promoteurs privés afin d’augmenter l’offre de logements sociaux et abordables.
La transparence avec la population fera aussi partie de la stratégie municipale.
” Quand les citoyens comprennent où on s’en va et pourquoi on le fait, ils sont capables de jugement et de réflexion. On veut travailler avec eux, pas en cachette. “
Pour Pierre Pacarar, l’étude agit maintenant comme un véritable outil de développement.
“Ce rapport-là est factuel. C’est probablement le meilleur document pour comprendre la situation dans laquelle on est. Maintenant, on peut le montrer aux promoteurs et leur dire: “Voici la réalité. Qu’est-ce qu’on peut faire ensemble?””
