Manawan propose un projet d’aire protégée de 442 km² dans l’agglomération de La Tuque

ENVIRONNEMENT. Dans le cadre du Plan nature 2030, la communauté atikamekw de Manawan s’engage dans le processus de concertation mené par Environnement Mauricie pour la création d’aires protégées, en proposant un territoire de 442 km² situé dans l’agglomération de La Tuque.

PAR FATOUMATA DAPA

Le Conseil régional de l’environnement Mauricie (Environnement Mauricie) a amorcé les concertations régionales entourant les propositions d’aires protégées déposées en territoire public continental. Ce processus vise à évaluer le potentiel de 18 projets soumis dans la région, dont celui de Manawan, dans le cadre du Plan nature 2030. Ce plan gouvernemental prévoit la conservation de 30% des milieux continentaux et marins du Québec d’ici 2030.

Le mandat confié aux conseils régionaux de l’environnement consiste à réunir les acteurs concernés autour de tables de concertation afin d’élaborer des recommandations consensuelles sur les territoires à protéger. Ces concertations, amorcées le 7 octobre, visent à guider le gouvernement du Québec dans ses décisions sur les aires protégées. “À travers ces concertations, notre objectif est de favoriser l’apparition d’une vision régionale afin de désigner des milieux naturels de grande valeur pour la population et la biodiversité dans toutes les régions du Québec. Ces concertations seront menées dans un esprit d’écoute et de respect de toutes les préoccupations exprimées”, déclare Lauréanne Daneau, directrice générale d’Environnement Mauricie.

L’ancien ministre de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, Benoit Charette, avait mentionné pour sa part l’importance de la participation des acteurs locaux. “Plusieurs projets d’aires protégées sont sur la table présentement. Nous avons besoin de l’expertise des acteurs locaux et régionaux, dont les municipalités et les MRC, et des communautés autochtones pour identifier les initiatives les plus porteuses pour la nature et les communautés locales.”

En Mauricie, les 18 propositions totalisent une superficie de 983 km². Parmi elles, celle de Manawan, dans l’agglomération de La Tuque, se distingue par sa dimension et son approche autochtone. Ce projet de 442 km² s’appuie sur le territoire communautaire et le bassin versant du lac Kemme, deux zones jugées essentielles par la communauté pour leur valeur écologique et culturelle.

“Ça fait au-delà de 20 ans qu’on cherchait une façon d’assurer notre participation et notre place dans la préservation, la conservation et la gestion du territoire et des ressources”, explique Thérèse Niquay, directrice des services du projet communautaire à Manawan. “Nous avons vu dans ce programme une opportunité de concrétiser un projet d’aires protégées d’inspiration autochtone, fondé sur notre territoire communautaire”, mentionne t-elle.

Le territoire proposé découle du territoire traditionnel de Manawan, documenté depuis longtemps dans les recherches sur l’occupation du territoire atikamekw. La démarche repose sur la volonté de préserver des milieux naturels d’importance tout en favorisant un développement durable respectueux des écosystèmes et des savoirs traditionnels.

“Il y a des enjeux de préservation, de conservation, mais aussi une optique de développement économique. Quand on parle de mise en valeur du territoire, on pense à l’éco-développement, à l’écotourisme, et à une approche d’aménagement écosystémique”, souligne Mme Niquay.

Le projet, selon elle, vise aussi à créer des retombées positives partagées entre la communauté de Manawan et les acteurs du territoire de La Tuque, notamment par la collaboration avec les pourvoiries et le développement d’initiatives comme une pisciculture opérée par Manawan pour approvisionner le secteur de la pêche sportive.

Cependant, la mise en œuvre de cette vision comporte des défis. “Si on a été longtemps tenus en marge des décisions liées à la gestion du territoire et des ressources, il faut aujourd’hui redéfinir nos structures en fonction de la réalité actuelle. C’est un beau défi, mais c’est incontournable. Il faut qu’on soit actifs, qu’on fasse à partir de nous, tout en travaillant avec ceux qui partagent le territoire”, conclut Mme Niquay.

Rappelons que le processus de concertation mené par Environnement Mauricie s’inscrit dans le cadre d’un mandat financé par le gouvernement du Québec. Le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ) remettra au ministre de l’Environnement une recommandation finale en décembre 2026, intégrant les perspectives régionales et autochtones recueillies dans l’ensemble du territoire québécois.