L’heure de la retraite pour un bâtisseur de l’éducation
ÉDUCATION. Après 15 ans à la tête du Centre de services scolaires de l’Énergie, Denis Lemaire tire sa révérence. Retour sur le parcours de cet homme de terrain originaire de La Tuque, dont la vision et les décisions ont marqué le paysage éducatif de Shawinigan et du Haut-Saint-Maurice.
Natif de La Tuque, Denis Lemaire se décrit d’abord comme « un petit gars de la rue -Roy, près de la montagne ». Parti en 1985 pour poursuivre ses études à Trois-Rivières faute de cégep dans sa ville natale à l’époque, il entame un parcours académique en sciences de la santé, puis en administration, sans se douter que sa carrière prendrait une tout autre direction.
C’est presque par hasard qu’il découvre sa vocation. « Ma mère, enseignante, m’a suggéré de faire de la suppléance. Je suis tombé en amour avec l’enseignement », raconte-t-il. Après un détour par l’enseignement collégial, il choisit de se spécialiser en enseignement des mathématiques au secondaire. Pendant 6 ans, il enseigne dans différentes régions, notamment à Nicolet et dans Portneuf, où il devient ensuite directeur d’école, puis directeur des ressources humaines, et directeur général adjoint.
En 2010, il accepte le poste de directeur général de la Commission scolaire de l’Énergie, un retour dans sa région natale qui s’impose comme une évidence. « Je revenais à mes racines, avec le sentiment de pouvoir contribuer directement à ma communauté », dit-il.
Son arrivée coïncide toutefois avec une période difficile, marquée par l’austérité budgétaire. « Ce n’était pas le moment le plus réjouissant. Il a fallu faire des choix difficiles », admet-il. Malgré ce contexte, il engage rapidement l’organisation dans une dynamique de redéploiement, notamment dans le Bas-Saint-Maurice.
À Shawinigan, dans le nord de Maskinongé et dans Mékinac, l’exode des élèves vers le privé et les écoles spécialisées de Trois-Rivières était préoccupant. « On perdait environ quatre groupes d’élèves par année. On a décidé d’agir. Avec les directions des écoles secondaires de Shawinigan et de Saint-Tite, nous avons mis en place 24 concentrations scolaires accessibles à tous les élèves du territoire. »
Deux ans plus tard, les inscriptions vers le privé et les écoles externes sont en forte baisse, et la fréquentation des écoles locales se stabilise. « On a réussi à retenir nos jeunes. Ça a contribué à garder l’organisation en santé », dit-il avec fierté.
À La Tuque, autre secteur du territoire qu’il connaît bien, Denis Lemaire appuie des projets novateurs comme l’introduction du modèle de co-direction à l’école secondaire Champagnat.
Avec ce changement et l’implication du personnel de l’école, Champagnat devient un établissement de référence en communautés d’apprentissage professionnelles (CAP). « Présentement, c’est une des écoles modèles au Québec dans ce domaine », affirme-t-il. Ce travail d’équipe porte ses fruits : l’école se classe aujourd’hui 146e sur 463 établissements secondaires, malgré un indice de défavorisation élevé.
Après plus de trois décennies au service de l’éducation publique, Denis Lemaire a quitté ses fonctions de directeur général du Centre de services scolaire de l’Énergie le 30 juin dernier. Ce départ marque la fin d’un parcours guidé par des valeurs de collaboration, d’engagement et de bienveillance.
Sous sa gouverne, plusieurs projets structurants ont vu le jour sur le territoire du centre de services scolaire. Il souligne, entre autres, l’ouverture de trois écoles à vocation particulière à Shawinigan : l’école Félix-Leclerc (musicale), l’école Jacques-Plante (sportive) et l’école alternative de l’Énergie, ainsi que les écoles alternatives de Mékinac et de la Chrysalide à La Tuque.
D’importants investissements ont également été réalisés dans les infrastructures, dont la reconstruction partielle de l’école Notre-Dame-de-Mont-Carmel (22 M$), celle de l’école Sainte-Marie (à venir 22,5 M$), la future école La Petite-Rivière (19 M$) et l’ouverture de l’école de la Chrysalide (5,6 M$).
Denis Lemaire se dit particulièrement fier des résultats scolaires de l’organisation. « On est 11e au -Québec, alors qu’on dessert un milieu très défavorisé. Nos gens travaillent fort, et ça paraît. »
Il souligne aussi la culture d’entraide développée. « Lors du décès soudain d’une direction d’école, 30 collègues sont venus prêter -main-forte dès le lendemain. Ce genre de solidarité, ce n’est pas commun. »
Denis Lemaire insiste toutefois. « Rien de tout cela n’est l’œuvre d’un seul homme. J’ai toujours travaillé en collaboration avec Mme Louise Dauphinais, notre excellente directrice générale adjointe maintenant à la retraite, les directions d’établissement, les cadres des services, les enseignants, le personnel de soutien, le personnel professionnel et les parents. »
Aujourd’hui, alors qu’il cède sa place à la tête de l’organisation qui gère un budget annuel d’environ 250 millions de dollars, il se dit fier du chemin parcouru, tant personnellement que collectivement. De plus, ses deux enfants poursuivent d’ailleurs la tradition familiale dans le milieu de l’éducation. « C’est une belle boucle qui se referme », conclut-il.
