L’heure de la retraite pour Serge Buisson

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Par Michel Scarpino
L’heure de la retraite pour Serge Buisson
(Photo : Michel Scarpino)

Le directeur du service des incendies de Ville de La Tuque, Serge Buisson, a goûté à la retraite, jeudi dernier, alors qu’il a salué ses collègues une dernière fois.

Il accepte de raconter plus d’un quart de siècle de vie de pompier et de gestionnaire aux lecteurs de L’Écho.

C’est en 1995 que Serge Buisson met les pieds dans la caserne pour la première fois, en tant que pompier à temps partiel.

À la suite du démantèlement de la police municipale de La Tuque et de l’arrivée de la Sûreté du Québec, en 2002, la municipalité crée un service des incendies. Serge Buisson y fait son entrée comme capitaine, dans un poste qu’il occupe jusqu’à 2008, au moment où devient chef de division aux opérations. C’est en 2009 qu’il est nommé directeur du service des incendies de Ville de La Tuque. Il ne se doute probablement pas de l’ampleur du mandat qui l’attend, avec son équipe.

De nombreuses réalisations

Quand il regarde dans le rétroviseur, M. Buisson voit de nombreuses réalisations effectuées ces dernières années, qu’il attribue d’abord grâce à l’apport et à la compétence de son équipe.

Il y a eu la première convention collective des pompiers municipaux, en 2010. Depuis, trois conventions collectives ont été signées et les relations sont excellentes depuis la syndicalisation. «La recette de base est le respect», identifie le directeur Buisson.

«Pour être pompier, il faut être passionné. C’est une vocation»

– Serge Buisson

Également, on a vu l’aménagement d’un centre d’entraînement à l’arrière de la caserne pour permettre aux pompiers de pouvoir se perfectionner.  «Pour les accréditations de l’École nationale, on devait envoyer nos pompiers à Victoriaville. On fait maintenant des économies. Depuis deux ans, on a eu la chance de le rentabiliser en offrant de la formation de l’École nationale pour la communauté Attikamekw de Wemotaci. Ce sont nos instructeurs, ici, qui les forment. C’est un très beau partenariat», indique-t-il fièrement.

Également, les services d’urgence en milieu isolé (SUMI) ont permis d’acquérir de l’équipement pour effectuer de sauvetage en milieu forestier.

Tous ces équipements ont pu être acquis sans que la ville ait à débourser. «Il y a eu beaucoup de formation pour cette équipe spécialisée, ce qui était entièrement payé par un programme d’aide financière de tout près de 200 000$», note le directeur. Le schéma de couverture de risque et le plan de sécurité civile qui sera bientôt déposé figurent également parmi les réalisations du Service des incendies.

Des souvenirs marquants sur le terrain

Le métier de pompier est caractérisé dans une grande majorité d’imprévus.

Serge Buisson se rappelle notamment en 2007, lorsque les pompiers avaient dû intervenir se rendant au lac Lescarbeau au nord-ouest de Lac-Édouard à bord d’un bateau Zodiac avec des pompes portatives où malheureusement, un sinistre avait fait cinq morts.

En 2009, un important incendie est survenu dans le secteur Parent. Les pompiers avaient dû s’y rendre en Beaver afin d’arriver rapidement pour prêter main-forte à l’équipe en place. «C’était vraiment nécessaire. Avec notre participation, on avait réussi à sauver l’hôtel Central», se rappelle le directeur à la retraite.

En août 2009, un incendie majeur s’en était pris à trois bâtiments résidentiels sur la rue Scott tout près du centre-ville de La Tuque. L’événement est impossible à oublier pour le directeur. «Des jeunes se tordaient de douleur dans le parterre tellement ils étaient brûlés. C’était difficile pour nos pompiers, il faisait une chaleur accablante cette journée-là».

L’important feu de forêt de 2010 de Wemotaci avait aussi nécessité un important déploiement en termes de mesures d’urgence à La Tuque avec la collaboration de plusieurs organismes. Serge Buisson souligne qu’on avait hébergé une communauté au complet: «ç’avait nécessité des mesures particulières avec la Croix-Rouge et la sécurité civile. En l’espace de trois quarts d’heure, tu as 1200 personnes qui s’en viennent».

De nombreux résidents de Wemotaci avaient d’abord été hébergés à l’école Champagnat, avant d’élire temporairement domicile au Colisée municipal de La Tuque.

Mais de son propre aveu, un des événements qui l’avait touché le plus au cours de sa carrière aura été l’intervention de quatre pompiers de La Tuque dont il faisait partie, lors de la tragédie de Lac-Mégantic pendant une semaine. Plusieurs corps de pompiers du Québec étaient allés prêter main-forte à l’équipe en place, animés d’abord par un esprit de solidarité.

«On a participé à différentes opérations, comme des recherches de victimes», se souvient M. Buisson.
47 personnes sont mortes à la suite de cet accident ferroviaire. Pour les pompiers, comme tous les intervenants qui y ont travaillé, cette intervention est difficile à oublier.

Puis, d’autres interventions dépassent le cadre de l’incendie, comme sauver un oiseau de grande valeur, aller chercher une personne qui se retrouve prisonnière sur son balcon ou recueillir un chat dans un arbre, comme dans les films. Car en dernier recours, c’est les pompiers qu’on appelle.

Compétence d’agglomération

Depuis la naissance de l’agglomération de La Tuque, le service des incendies est présent à La Croche, Parent, Lac-Édouard, La Bostonnais, en plus du secteur urbain de La Tuque. Quatre casernes sont en place sur tout le territoire, avec 85 pompiers à temps partiel.
«Notre service est méconnu. Pour bien des gens, les pompiers vont éteindre des feux», soulève-t-il, en insistant sur les nombreux types d’interventions effectuées au fil des ans par les pompiers.

Le jeudi 15 avril à midi, il a amorcé sa retraite, dont il va profiter avec les siens. Il laisse son chapeau de directeur, mais pas son habit de pompier. Celui qui aura 60 ans en août demeurera dans l’équipe des pompiers à temps partiel, comme lieutenant, en plus de poursuivre son mandat d’instructeur. Il partage cette tâche avec David Matteau, à qui il a attribué le statut de lieutenant-instructeur pour assurer la relève. M. Buisson a encore le feu sacré du métier, assez pour continuer sur le terrain.

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