Les Grands aventuriers, pour l’unité des nations

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Par Michel Scarpino
Les Grands aventuriers, pour l’unité des nations
Les organisateurs : Josh Pétiquay, Dave Pétiquay, Lisanne Pétiquay et Claude Niquay. (Photo : Michel Scarpino)

Les embarcations de l’expédition des Grands aventuriers sont arrivées à La Tuque en début d’après-midi, sans tambour ni trompette.

Les canotiers sont partis de Wemotaci le samedi 24 juillet et leur voyage sur l’eau les conduira jusqu’à Québec, au terme d’un périple de 13 jours et 455 km.

À l’origine, l’expédition de cette année ne devait regrouper que trois canots. Le nombre va grimper jusqu’à une trentaine éventuellement. À leur arrivée à La Tuque, on comptait 23 embarcations. «On est bien représentés. On a des Mohawks, des Algonquins, des gens de Manawan, d’Opitciwan, de Wemotaci», résume Dave Pétiquay, un des organisateurs.

Des gens sont même partis d’Opitciwan et ont fait le trajet en canot jusqu’à Wemotaci, pour rejoindre le groupe.

L’événement a débuté bien sobrement, il y a 7 ans. Dave Pétiquay a été le premier à faire le trajet, qui l’avait mené d’Opitciwan jusqu’à Trois-Rivières. Puis, graduellement, des gens se sont joints à lui. «Chaque année, on le faisait en petits groupes, ceux qui étaient disponibles. C’était dans le but d’occuper nos territoires comme le faisaient nos ancêtres, à l’ancienne, de porter nos bagages, de vivre dans des campements, juste sur le bord de la rivière, de faire plusieurs portages, en plus de pagayer plusieurs kilomètres», évoquait sa sœur, Lisanne Pétiquay, qui organise aussi l’expédition. On le fait pour la cause, mais aussi pour reconnecter avec les traditions ancestrales, pour vivre à la manière des anciens.

L’expédition n’est pas réservée qu’aux autochtones. Puisqu’on prône le bien-vivre ensemble, les non autochtones sont aussi les bienvenus.

Selon Mme Pétiquay, l’expédition demande autant physiquement qu’émotionnellement. «Comme dans la vie de tous les jours, on est porté à devoir franchir des épreuves. C’est la même chose là, il y a beaucoup de portages, on travaille dur. Un portage de 2 km, ça travaille sur notre mental. On pense à nos aînés, à nos ancêtres, ceux qui l’ont fait avant nous. Sur ces terres, il y a des traces de nos ancêtres, là où on était, c’est vraiment valorisant et enrichissant».

«Ça fait plusieurs années qu’il y a des expéditions comme ça. Il y en a une qui part d’Opitciwan, qui va jusqu’à Wemotaci, qui monte jusqu’à Manawan. Elle fait la connexion des trois communautés. Il y a celle-ci également […] Cette année, elle a une connotation spéciale, avec un message contre le racisme, le racisme systémique et c’est également en soutien aux victimes des pensionnats», relate le Grand chef du conseil de la nation atikamekw, Constant Awashish.

Les participants de l’expédition des Grands aventuriers, cette année, veulent visiblement envoyer un message d’unité de toutes les nations. «Tout le monde dans le même canot», blague Dave Pétiquay.

Malgré son emploi du temps chargé, le Grand Chef tient à prendre les rames. Il le fera pour l’étape qui conduira les participants de Trois-Rivières jusqu’à Québec. Il sera parmi le groupe qui ira porter un message de sensibilisation auprès du gouvernement du Québec face au racisme et à la réalité des pensionnats, à l’arrivée.

«On est bien là-dedans, dans l’esprit communautaire, l’entraide. Le fait de réunir plusieurs peuples, plusieurs nations, c’est vraiment enrichissant», souligne-t-il.

Un des buts du voyage est de se souvenir de la famille de Joyce Echaquan, des enfants disparus ainsi que l’unité de toutes les nations.

Tout se passe bien, sur l’eau. C’est exigeant physiquement, personne ne le nie. «On s’arrange pour que tout le monde ne soit pas trop fatigué. Ce n’est pas une course, c’est une expédition sociale», dit l’organisateur.

Dans chacun des emplacements, les groupes montent leur tente et y passent la nuit, dans une atmosphère décontractée, après une journée très physique. «On rit beaucoup, on apprend à se connaître, aussi. On a tous les mêmes sentiments, les mêmes objectifs».

La dernière expédition, avant la COVID-19, avait regroupé trois canots. Dave Pétiquay avait de quoi être surpris cette année de la popularité fulgurante de son événement.

«C’est un message positif de paix, de revoir nos relations. C’est dans cette lignée-là que tout ça s’est organisé», de conclure le Grand Chef.

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