L’entrepreneuriat latuquois à l’honneur

Photo de Michel Scarpino
Par Michel Scarpino
L’entrepreneuriat latuquois à l’honneur
Alexis Harvey et Mélissa Lauzon (Photo : Michel Scarpino)

Défi OSEntreprendre

On le sait, le concours OSEntreprendre permet chaque année aux entreprises et entrepreneurs de se démarquer.

Cette année particulièrement, le défi a mis en lumière cinq entreprises de La Tuque, qui ont figuré dans le palmarès régional OSEntreprendre.

L’Echo vous propose un petit tour d’horizon de ces entreprises.

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Vêtements Maya: une rapide ascension

Le concours OSEntreprendre aura donné à Maya vêtements (Maya clothing) une belle occasion de visibilité, surtout qu’elle oeuvre dans un domaine pas très conventionnel. L’entreprise s’est rendue au palier régional dans la catégorie «Faire affaire ensemble».

«Ça donne une exposition de notre métier à un plus grand nombre de gens qu’on n’aurait peut-être pas atteint autrement», identifie Mélissa Lauzon, copropriétaire, qui possède avec son conjoint cette entreprise de tannage.

«Chaque fois qu’on participe, on est les seuls dans notre domaine», rigole Alexis Harvey, son conjoint. L’entreprise de vente de produits de fourrure et de tannerie avait tenté sa chance au niveau régional en 2016.

Il y a quelques années, L’Écho disait de Maya que c’est «un surprenant croisement entre une fille de ville et un trappeur». C’est encore plus vrai aujourd’hui et c’est précisément cette complémentarité qui nourrit quotidiennement le succès de l’entreprise. Tout dernièrement, Mélissa Lauzon a quitté l’emploi qu’elle occupait à l’extérieur pour s’impliquer à temps plein dans l’entreprise, une décision qu’elle ne regrette pas, même si, de prime abord, ça peut donner le vertige. La tannerie a de nouveaux équipements, pour devenir plus performante. Ses clients sont majoritairement de l’extérieur de La Tuque.

Des projets, le couple n’en manque pas. Comme celui de la «veuve de chasse», évoqué par Mélissa Lauzon. Elle souhaite recueillir les propos de 25 épouses d’hommes de différentes régions qui partaient jadis à la chasse ainsi que les recettes cuisinées à partir de ce qu’ils ramenaient à la maison dans un livre qui s’annonce déjà savoureux. «On a toujours mis les chasseurs de l’avant, mais jamais la veuve de chasse, qui restait à la maison, à faire la popote. Elle était partie prenante de la chasse quand même, c’est elle qui cuisinait le gibier», indique Mme Lauzon, qui se réjouit qu’aujourd’hui, les femmes fassent davantage partie des expéditions de chasse.

Cette ancienne conseillère publicitaire à L’Écho n’a pas peur d’utiliser les médias pour propulser Maya et faire connaître son art auprès des non-initiés. La récente participation du couple à l’émission Frères, fusils et festins sur UNIS TV les a fait connaître et ils sont très présents sur les réseaux sociaux ainsi que dans leur boutique en ligne.

Cela a atténué les effets parfois dévastateurs de la COVID-19: «Au lieu d’avoir une année catastrophique, on a eu notre meilleure année. Les gens ont repris goût aux anciens modes de vie, ils sont retournés dans le bois à la chasse, à la trappe».

Un taxidermiste s’est greffé à l’entreprise depuis peu. La boutique, à la maison, a été fermée en raison de la pandémie, mais la tannerie roule plus que jamais. Après la pandémie, la boutique pourrait ouvrir au centre-ville. Le couple a senti cette année que les gens qui abattent un animal ne veulent rien gaspiller. Aussi, ils ramènent les peaux pour leur donner une seconde vie.

Quand elle a débuté, l’entreprise ne faisait que des tuques, pompons et mitaines avec la fourrure. Malgré toute son évolution, elle en fait toujours.

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Le Carnivore : la boucherie aux mille projets 

Le concours OSEntreprendre amène énormément de vent dans le dos pour les propriétaires de la boucherie le Carnivore, qui a ouvert ses portes il y a un peu plus de deux mois. «C’est une super de belle visibilité», perçoit d’entrée de jeu Annie Bélanger, une des propriétaires. L’entreprise a été lauréate locale, régionale, puis passe au palier provincial du concours.

Le service à la clientèle et la capacité de personnaliser les produits sont, aux dires d’Annie Bélanger, les principales clés qui ont ouvert au Carnivore les portes du concours régional. «Les grosses chaînes ne sont pas en mesure de pouvoir fournir à la demande précise. Vu qu’on achète au quartier, on est capable de débiter ce que la personne veut. On achète une bête et on la débite au complet. Il y a bien des affaires qui ne se faisaient plus. Toutes les pièces de viande avec les os, il n’y en a quasiment plus», donne la propriétaire à titre d’exemple.

Le caractère écoresponsable du Carnivore, qui recycle des pots Mason, joue également, estime Mme Bélanger, tout comme le fait de connaître la provenance des viandes achetées par l’entreprise. «On est allé visiter chaque ferme pour être sûr que c’est fait dans les règles de l’art et que les animaux sont bien traités». Les présentoirs proposent une foule de produits et il n’est pas rare de voir une file de gens à l’extérieur du commerce, surtout vers la fin de la semaine.

L’entreprise entend également acheter le plus localement possible et créer des alliances avec d’autres commerces, comme elle le fait avec la microbrasserie le Mouton Noir ou en distribuant de ses produits au magasin général de Lac-Édouard.

L’ouverture a généré un achalandage monstre. Et ça se poursuit d’autant plus que la belle saison amène son lot de campeurs et de visiteurs. «Ça appelle de Montréal, ça appelle de Joliette, de partout et nous demandent: êtes-vous ouvert?», se surprend Marc Gignac, également propriétaire. Les dirigeants de l’entreprise ressentent le tourbillon qu’apporte cette effervescence, mais le gèrent plutôt bien, avec de nombreux projets d’expansion en tête.

La Longueuilloise d’origine a d’ailleurs dans sa manche le projet de rejoindre les carnivores d’autres régions du Québec, dont sa région natale, en ouvrant graduellement des succursales, un projet qui pourrait avoir lieu dès 2023. On veut prendre le temps de bien implanter l’entreprise latuquoise auparavant. L’entreprise, qui emploie une dizaine de personnes, a plein de projets pour diversifier ses produits, dont des plats cuisinés et une future offre de bœuf Angus.

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«Faire affaire ensemble», catégorie faite pour le Mouton noir

Véronique Quessy-Allard et Samuel Tremblay

La collaboration avec les entreprises locales est au cœur même de la microbrasserie le Mouton noir, qui a pignon sur rue au centre-ville.

On voit vraiment que «Faire affaire ensemble», la catégorie qui a propulsé le Mouton noir jusqu’au palier régional, est au cœur même de la stratégie de l’entreprise. «La catégorie nous ressemblait vraiment. Tout est québécois, à partir des cuves, on a attendu un an pour avoir notre système de brassage, parce qu’il est québécois», affirme Véronique Quessy-Allard, copropriétaire.

Il y a plus. Toutes les autres boissons disponibles au bar sont québécoises. Les bières du Mouton noir sont essentiellement locales aussi. «Il y a entre 80 et 98% de matières québécoises dans nos produits», assure Mme Quessy-Allard. Celle qui en contient le plus ? La Dr Lionel, qui amalgame la saveur du grain et du houblon.

Les repas servis sur place sont aussi locaux et même, pour beaucoup, sont de source latuquoise: «Ce que je ne suis pas capable de trouver, je passe à côté et je fais autre chose».

«J’ai pris mes micropousses à La Croche, on fait beaucoup affaire avec la boucherie le Carnivore, plus de 75% de ce que j’ai sur ma carte vient de là. On a des camerises de La Croche», explique-t-elle également.

Une des saucisses du Carnivore est faite à partir de la Hubert, une Black IPA du Mouton noir. Aussi, un programme du Centre d’amitié autochtone permet à des gens de réintégrer le marché du travail ou retourner à l’école en allant y acquérir de l’expérience, chaque mercredi, lors de l’embouteillage. L’ouverture du pub a eu lieu à l’été 2019. Malgré la COVID-19, les ventes de l’entreprise augmentent et on vise même un agrandissement pour accueillir encore plus de monde.

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Rouge Marine au volet Réussite inc.

De retour à La Tuque depuis quelques années, Gloria Giguère a réalisé son rêve d’ouvrir une boutique dans sa région natale. Mme Giguère, on le sait, a vu sa boutique Rouge Marine figurer au palier régional du défi Osentreprendre, volet Réussite inc.

Ce n’est pas sa première présence à OSEntreprendre. En 2014, après un an d’existence, son entreprise remportait le premier prix régional dans la catégorie Commerce au Concours québécois en entrepreneuriat.

Dans un récent article publié dans L’Écho, elle relatait que pour elle, le défi n’est pas que de vendre des vêtements sur un mur. C’est avant tout le conseil aux gens, leur proposer des vêtements en tenant compte des styles et de la morphologie des clientes, leur parler pour connaître leurs besoins. Elle va même jusqu’à visualiser sa clientèle lorsqu’elle effectue ses achats de vêtements, ce qu’elle ne pourrait pas faire dans une grande ville.

Mme Giguère a sauté à pieds joints dans l’aventure du web, avec des ventes par Facebook, par courriel, ce qui l’a bien servie. On l’a vu lors de la première vague de la pandémie, ce qui la pousse également à vendre au-delà des frontières du Haut-Saint-Maurice.

Autre signe d’innovation, un département pour homme a ouvert ses portes récemment.

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MiskiZann: une place de choix pour l’art atikamekw 

L’entreprise de Wemotaci MiskiZann a eu droit au deuxième prix, dans la catégorie «Exploitation, transformation, production» du défi OSEntreprendre. L’entreprise de Wemotaci confectionne des mocassins artisanaux, des chaussures et des accessoires autochtones atikamekw.

«C’est un de mes objectifs de créer de l’emploi dans la communauté et de valoriser l’art atikamekw», signalait récemment la propriétaire Lisanne Pétiquay dans un texte publié dans L’Écho. Les créations sont entièrement faites à la main. Pour ce faire, elle a embauché deux artisans couturiers qui l’assistent dans ses confections avec un travail à la main. Elle espère pouvoir en embaucher d’autres éventuellement.

Elle souhaite personnaliser ses créations. Ses produits sont réalisés via l’utilisation des ressources du territoire. «Je récupère les peaux d’orignal qui sont souvent jetées par les chasseurs, pour les transformer en cuir», donnait-elle à titre d’exemple. Le tannage de peaux d’orignal requiert un art et des connaissances que Lisanne Pétiquay veut préserver, autant pour les générations actuelles que futures.

Elle avait remporté, en 2019, la première position du palmarès des trois entreprises gagnantes du concours Ma chance de devenir entrepreneur, organisé conjointement par la Chambre de commerce et d’industrie du Haut-Saint-Maurice et la Corporation de développement Nikanik de Wemotaci. La bourse de 5000$ l’avait aidée à réaliser son rêve de se lancer en affaires.

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