Le Pionnier: une relève dans les traces d’une aventure bien ancrée
LA TUQUE. Quand Alain Garceau se promenait dans les rues de La Tuque, au printemps 1995, il se demandait lui-même s’il n’était pas un peu fou. L’économie locale traversait une période difficile avec de nombreux emplois perdus à l’usine, deux commerces occupaient déjà le créneau des sports de plein air et, quelques semaines auparavant, sa conjointe Manon venait de donner naissance à leur premier enfant.
Malgré tout, le couple choisit de miser sur sa passion plutôt que sur la prudence.
“On s’est dit qu’on n’avait rien à perdre. On voulait réaliser notre rêve d’avoir une entreprise qui profiterait à la région”, résume Alain Garceau.
Trente et un ans plus tard, la Boutique plein air Le Pionnier amorce un nouveau chapitre. L’entreprise familiale fondée par Alain et Manon Garceau passe progressivement entre les mains de deux employées devenues copropriétaires: Pascale Plamondon et Dania Boucher.
Le transfert d’entreprise, amorcé en 2022, s’échelonne sur cinq ans afin d’assurer une transition harmonieuse.
À ses débuts, la Boutique plein air Le Pionnier occupait un modeste local sur la rue Saint-Antoine. Pour se distinguer, Alain Garceau mise sur une idée alors pratiquement inexistante au Québec: un mur d’escalade intérieur. L’initiative devient rapidement la signature du commerce.
Le magasin déménage sur la rue Saint-Joseph en 1999, puis double sa superficie avec l’aménagement d’un deuxième étage en 2003. Entre-temps, l’entreprise contribue aussi au développement du plein air régional en organisant des activités d’escalade, en collaborant avec les écoles et en participant à la création du club de marche Kilomètre Zéro.
“On voulait développer une culture du plein air ici”, résume le fondateur.
Au fil des années, l’offre évolue au rythme des tendances. Les planches à pagaie remplacent progressivement les kayaks, l’équipement de ski alpin trouve sa place lorsque la montagne ferme ses portes, tandis que les vêtements techniques demeurent au cœur de la spécialité.
Mais, pour les propriétaires, la véritable force du commerce n’a jamais été le produit.
“En 2026, tout est disponible sur Internet. Si on n’a pas un bon service et qu’on n’aime pas ce qu’on fait, les gens le ressentent”, affirme Pascale Plamondon.
Employée pendant une douzaine d’années avant de quitter temporairement l’entreprise, elle est revenue en 2022 lorsque l’occasion de reprendre le flambeau s’est présentée.
De son côté, Dania Boucher possédait déjà une solide expérience comme gestionnaire chez Sport Expert à Trois-Rivières. Les deux femmes ne se connaissaient pratiquement pas avant leur association.
C’est Alain Garceau qui a insisté pour qu’elles deviennent partenaires.
“Ce n’était pas Pascale ou Dania. C’était Pascale et Dania”, raconte-t-il. Un pari qui s’est avéré gagnant, selon les deux nouvelles copropriétaires, qui disent aujourd’hui partager la même vision du service à la clientèle et du travail bien fait.
Pour Alain Garceau, vendre à des employés plutôt qu’à une bannière nationale représentait aussi une façon de protéger l’identité du commerce.
“Ce n’est pas une vente, c’est un transfert. Je voulais choisir les personnes qui allaient poursuivre ce qu’on a bâti et éviter que l’entreprise soit dénaturée.”
Cette indépendance demeure d’ailleurs une valeur importante pour la relève, qui souhaite conserver la liberté de sélectionner ses fournisseurs et des marques en accord avec ses valeurs.
Les nouvelles propriétaires n’ont d’ailleurs pas l’intention de réinventer une recette qui fonctionne depuis plus de trois décennies.
“Notre objectif, c’est surtout de préserver ce qui fait la réputation du Pionnier, tout en restant à l’écoute des besoins de la clientèle “, conclut Pascale Plamondon.
Après plus de 30 ans d’histoire, Le Pionnier change donc de mains sans changer de cap. Une transition qui témoigne autant de la confiance des fondateurs envers leur relève que de l’attachement d’une entreprise à sa communauté.
