Le Festival Tewehikan prend de l’ampleur à Wemotaci
Du rap aux chansons en atikamekw et en innu-aimun, en passant par l’artisanat, les repas traditionnels et le folk, Wemotaci veut ouvrir grand ses portes cette fin de semaine. Du 21 au 23 août, le Festival Tewehikan vivra sa première véritable édition sur trois jours avec une programmation qui réunira des artistes de plusieurs générations. Et un nom de taille vient de s’ajouter à l’affiche : Kashtin clôturera le festival dimanche à 19 h.
L’arrivée du mythique duo innu formé de Florent Vollant et Claude McKenzie donne une autre dimension à un événement qui en est encore à ses débuts. Après une première mouture d’une seule journée l’an dernier, le coordonnateur Ken Awashish parle cette fois de ” la première vraie édition ” du festival.
Le projet n’est toutefois pas apparu du jour au lendemain. L’idée d’un événement culturel et musical à Wemotaci circulait depuis longtemps dans la communauté, explique-t-il. Des discussions avec le Conseil des Atikamekw de Wemotaci et le producteur Patrick Boivin, de Manito Productions, ont finalement permis au projet de prendre forme. ” Ça a été demandé, oui, depuis longtemps “, raconte Ken Awashish.
Le nom même du festival porte cette volonté culturelle. Tewehikan désigne le tambour en atikamekw. Le terme est intimement associé au cœur, au son et à la vibration; des chercheurs le décrivent notamment comme ce qui permet de faire entendre ou de ” diffuser les sons du cœur “.
Du rap de Wemotaci à Rymz
Le festival débutera vendredi en soulignant les finissants de la communauté avant de laisser une large place au rap. Mashtan Newashish et Franco Awashish, deux artistes de Wemotaci, monteront sur scène avant le rappeur montréalais Rymz.
Pour Ken Awashish, cette première soirée montre aussi une facette contemporaine de la création dans la communauté. Il décrit la musique des deux artistes locaux comme un mélange de rap et de reggaeton nourri notamment de leur vécu.
Rymz, qui fermera la soirée à 22 h, est loin d’être un inconnu de la scène hip-hop québécoise. Présent dans le paysage du rap depuis plus d’une décennie, il cumule plus de 500 spectacles au Québec et en Europe et était notamment de la programmation des Francos de Montréal cet été.
Samedi, le rythme changera. Jeux gonflables, artisans traditionnels, œuvre collective, atelier musical et scène ouverte occuperont l’après-midi avant une soirée consacrée à trois artistes issus des scènes atikamekw et innue.
À 20 h, Kris Kinokewin retrouvera une scène chez lui, à Wemotaci. L’auteur-compositeur-interprète a lancé en 2025 Pe Kiwan, un album folk où la langue atikamekw occupe une place centrale. Sa démarche artistique est d’ailleurs étroitement liée à la transmission et à la vitalité de cette langue.
Il sera suivi de Bozo St-Onge, de Maliotenam, puis de Laura Niquay à 22 h. Cette dernière est aujourd’hui l’une des voix atikamekw les plus reconnues au Québec. Originaire de Wemotaci, elle chante principalement dans sa langue et mêle folk, rock et musique alternative. Son album Waska Matisiwin lui a valu en 2022 le Félix de l’album de l’année en langues autochtones, tandis qu’elle a aussi été sacrée artiste autochtone de l’année au Gala de l’ADISQ.
Une langue qui se transmet en chansons
La journée de dimanche ramènera plus directement la langue et la transmission culturelle au cœur de la programmation, avec un mokocan et une conférence consacrée à la langue et à la musique.
La clôture musicale commencera à 17 h avec Matthiew et Laurence Jourdain, un duo père-fille de Uashat mak Mani-Utenam. Leur projet possède justement une forte dimension de transmission : leur microalbum Innu-Aimun, paru en 2025, est né en partie du désir de Laurence de se réapproprier la langue de ses ancêtres par la chanson.
À 18 h suivra l’auteur-compositeur-interprète atikamekw Sakay Ottawa, de Manawan. Actif depuis plus de 20 ans, le musicien folk-rock écrit principalement en atikamekw et place la famille, le territoire, la spiritualité et la préservation de la langue au cœur de son œuvre. En parallèle de sa carrière musicale, il œuvre depuis longtemps en éducation dans sa communauté.
Puis, à 19 h, Kashtin viendra refermer les trois jours de festivités.
Pour un public moins familier avec la musique autochtone, difficile de mesurer l’importance de ce nom. Formé à Maliotenam dans les années 1980 par Florent Vollant et Claude McKenzie, Kashtin a réussi quelque chose qui paraissait alors improbable dans l’industrie musicale québécoise : connaître un immense succès populaire en chantant en innu-aimun. Lancé en 1989, le premier album du duo et la chanson E Uassiuian (Mon enfance) ont dépassé les frontières du Québec pour rejoindre un public international.
La présence du groupe à Wemotaci revêt d’autant plus de poids que les apparitions communes de Vollant et McKenzie sont devenues rares au fil des ans. Le duo s’est toutefois retrouvé sur scène à quelques reprises en 2026, notamment à Chicoutimi en juin et à Pessamit quelques jours avant le Festival Tewehikan.
« Partagez les moments avec nous »
Derrière les noms sur l’affiche, Ken Awashish revient constamment à une idée plus simple : celle de la rencontre. Il souhaite voir des visiteurs de l’extérieur se rendre à Wemotaci et considère la musique comme un moyen de créer des rapprochements.
Pas question pour autant de transformer le festival en une succession de discours. « On va laisser nos artistes faire leurs témoignages », résume-t-il.
Les organisateurs espèrent accueillir au moins 500 personnes au cours de cette première édition de trois jours. Le rendez-vous se veut familial et sans alcool, et l’invitation dépasse les limites de la communauté.
« Venez et partagez les moments avec nous. Tout le monde est invité », lance Ken Awashish aux gens de La Tuque et des environs.
