L’accès à la plage du San se dirige vers l’expropriation
LAC-ÉDOUARD. Après deux rencontres infructueuses avec le propriétaire du Sanatorium du Lac-Édouard, la Municipalité entend reprendre les démarches juridiques pour acquérir une parcelle du site et transformer en chemin public l’accès au Parc municipal de la Batiscan, communément appelé la plage du San.
La facture de cette opération demeure inconnue : un montant de 200 000 $ a jusqu’ici été avancé comme « base de travail », alors que le propriétaire, Simon Parent, prévient qu’une expropriation pourrait selon lui coûter beaucoup plus cher.
Le dossier traîne depuis plusieurs années et a déjà engendré 55 000 $ en frais juridiques pour Lac-Édouard entre 2019 et 2024. À cette somme pourraient maintenant s’ajouter l’indemnité d’expropriation, les expertises, les frais juridiques et l’aménagement éventuel du nouveau chemin.
La Municipalité bénéficie pourtant déjà d’une servitude de passage sur le terrain de Ferme Boréale alias, le site du Sanatorium. Le 12 mai dernier, le conseil a néanmoins adopté à la majorité une résolution autorisant l’expropriation d’une parcelle afin d’y aménager un chemin public vers le parc et d’en assurer « l’usage public permanent ». Le directeur général a également été autorisé à retenir les services juridiques et d’évaluation nécessaires et à faire signifier un avis d’expropriation.
Ce même soir, Simon Parent questionnait les élus sur le coût de l’opération et sur les nuisances qu’il attribue aux VTT et motocross empruntant la servitude. Le procès-verbal indique que la problématique du bruit a été « constatée et reconnue » par la Municipalité. Le conseil estimait alors 200 000 $ comme « base de travail ». Interrogé également par un citoyen sur l’existence d’une limite de coûts, le directeur général Pierre Arseneault avait plutôt répondu que les évaluations laissaient entrevoir des coûts « raisonnables » pouvant être étalés sur plusieurs années, sans annoncer de plafond.
Les discussions achoppent
Le 11 août, la mairesse Annic Bouchard a annoncé en séance publique que les rencontres tenues avec le propriétaire des lieux n’avaient pas donné les résultats souhaités et que la Municipalité entreprendrait les démarches pour acquérir la parcelle. Le conseil précisait alors que « les négociations et les discussions sont arrêtées », tout en demeurant disposé à revoir M. Parent à propos de nouveaux éléments.
L’Écho a, entre autres, demandé à la mairesse de préciser où en est désormais la démarche, ce qui justifie l’acquisition du passage malgré la servitude existante, ce que comprend l’estimation de 200 000 $ et jusqu’où la Municipalité est prête à aller financièrement.
Mme Bouchard n’a pas souhaité répondre à ces questions. Elle a indiqué que le dossier n’était « pas assez avancé » pour que la Municipalité s’adresse aux médias et que les parties avaient convenu de ne pas négocier publiquement.
Simon Parent juge pour sa part l’estimation municipale nettement insuffisante. Il soutient que la valeur d’une éventuelle expropriation ne pourrait se limiter à la superficie de terrain acquise, puisqu’un chemin public traverserait un domaine où sont développées des activités agricoles, touristiques et patrimoniales.
Il évoque notamment les infrastructures souterraines, l’hébergement, l’agriculture et les impacts possibles sur la valeur du site. Il avance que les coûts pourraient dépasser le million de dollars. Cette estimation demeure toutefois celle du propriétaire et n’a pas pu être vérifiée indépendamment.
« Tu n’es pas en train d’exproprier un coin de terrain d’un chalet pour passer. Tu es en train de couper en deux un site avec une valeur historique », fait-il valoir.
Pas l’accès à la plage qui est contesté
Le conflit ne porte toutefois pas sur la propriété de la plage elle-même. Le Parc de la Batiscan appartient à Lac-Édouard. C’est la manière de le rejoindre qui oppose les parties.
Simon Parent insiste également sur le fait qu’il ne cherche pas à empêcher les citoyens de se rendre à la plage.
« Ce ne sont pas les citoyens […] qui vont se baigner qui me dérangent », affirme-t-il.
Il dénonce plutôt les passages de motos, VTT et côte-à-côte qui, selon lui, descendent jusqu’au parc avant de repartir quelques minutes plus tard, ainsi que certaines intrusions à l’extérieur du corridor prévu pour le passage. D’ailleurs, il affirme avoir documenté plusieurs de ces situations et en avoir informé la Municipalité.
« Une servitude, c’est supposé être d’aller du point A au point B », avance-t-il.
Il propose donc de conserver le passage actuel tout en contrôlant davantage son utilisation, notamment au moyen d’une barrière ou d’un système d’accès. La Municipalité privilégie plutôt l’acquisition du corridor afin d’en faire un chemin public permanent.
Une habitude profondément ancrée
Pour plusieurs résidents de Lac-Édouard, toutefois, la relation avec les lieux dépasse largement la simple question juridique.
Deux habituées rencontrées cet été à la plage racontent avec nostalgie une époque où le Sanatorium, alors laissé à l’abandon, faisait presque partie du terrain de jeu local. Les gens se rendaient à la plage, mais pouvaient aussi marcher autour des bâtiments, explorer le site et circuler beaucoup plus librement qu’aujourd’hui.
Cette habitude s’est installée pendant des années, alors que la distinction entre la plage municipale et le domaine privé voisin était beaucoup moins perceptible pour ceux qui fréquentaient les lieux.
Le rachat et la remise en valeur du Sanatorium à partir de 2014 ont changé cette dynamique. Avec les investissements, l’hébergement et la restauration des bâtiments, Simon Parent a progressivement cherché à mieux délimiter sa propriété et à réduire les intrusions.
Il reconnaît lui-même qu’avant son arrivée, le San était largement fréquenté. Mais cette liberté attirait aussi, selon lui, des amateurs d’exploration urbaine, des chasseurs de fantômes et des visiteurs qui entraient dans les bâtiments ou repartaient avec des objets.
La plage, elle, appartient à la Municipalité depuis 2011. L’accès a été maintenu après le rachat du domaine grâce à une servitude de passage. Le conflit est devenu public en 2020, lorsque Simon Parent a déplacé le tracé utilisé pour la servitude et installé des clôtures afin de séparer davantage le passage du reste du San.
Après des années de conflit autour de la servitude, Lac-Édouard se dirige donc vers l’acquisition du passage, sans que les étapes et le coût final de la démarche soit encore connu.
