La tension monte en forêt

BLOCUS FORESTIER La tension monte en forêt, alors que certains groupes et familles autochtones maintiennent les blocus qui entravent partiellement les opérations forestières depuis plusieurs mois. Tout en considérant que les images transmises sur le web sont bien souvent la démonstration des cas les plus extrêmes, il est de plus en plus fréquent de voir des confrontations vives entre les travailleurs forestiers et les militants autochtones.

“Non, tu ne passes pas”, lance Dave Petiquay, gardien de territoire et représentant du groupe MAMO.

“Je m’en vais à mes machines”, réplique l’entrepreneur forestier de Dolbeau-Mistassini.

“On ne bouge pas”, maintient Petiquay, au kilomètre 74 de la route 25, dans l’agglomération de Ville de La Tuque.

“Aweye, varge”, insiste le forestier à plusieurs reprises.

Cette scène, tournée en direct et republiée des centaines de fois, a été visionnée plus de 330 000 fois. Dans la vidéo d’une vingtaine de minutes, on voit les deux hommes, face à face, chacun revendiquant son droit d’accès à la forêt. Heureusement, aucun des deux n’a posé la main sur l’autre.

Tout en appelant à la désescalade, Dave Petiquay, un Atikamekw de la communauté de Wemotaci et l’un des visages publics des blocus forestiers en Haute-Mauricie, assure que les exercices de souveraineté ancestrale ne cesseront pas.

“On est prêts à manger des coups, mais nous, on ne va pas en donner”, affirme-t-il.

“On ne veut pas que nos enfants et nos petits-enfants respectifs continuent la chicane qu’on a eue hier, relate-t-il en lien avec la confrontation du 14 août. Il faut vraiment régler ça. Je suis vraiment navré, mais c’est des choses qu’il faut que je fasse, parce que j’ai été mandaté par les groupes que je représente”, souligne M. Petiquay, revendiquant toujours la reconnaissance des droits ancestraux et les titres de territoires non cédés.

De son côté, l’entrepreneur forestier impliqué dans la récente interaction affirme sur Facebook avoir atteint le bout de sa patience.

Dans une autre publication, il affirme se tenir droit pour les emplois des travailleurs forestiers et incite le gouvernement à agir rapidement.

“Agissez, ça presse”

Le maire de La Tuque, Luc Martel, décrit lui aussi une situation urgente dans sa déclaration publique du 14 août.

“Un gouvernement qui laisse quelques imposteurs bloquer toute une région trahit sa population et brûle l’avenir de sa forêt”, affirme-t-il.

Il dénonce un blocus forestier qu’il juge illégal et mené par une poignée d’individus sans mandat ni reconnaissance de leur communauté. Il accuse le gouvernement de rester inactif malgré les impacts économiques, sociaux et sécuritaires grandissants, affirmant que cette situation isole des familles, menace des emplois et accroît les tensions. Il exige des mesures immédiates et fermes pour lever le blocus, estimant que retarder l’intervention mènera à un conflit évitable et constituera un abandon des citoyens.

“Chaque heure d’inaction creuse le fossé et prépare le terrain pour un conflit évitable. Gouverner, ce n’est pas attendre que les flammes soient hors de contrôle. Gouverner, c’est prévenir l’incendie. Cher gouvernement, agissez… Ça presse”, déclare le haut magistrat.

La Sûreté du Québec surveille de près

Souvent sur le terrain, les agents de la SQ suivent la situation de près.

“Comme dans tout conflit comportant des possibilités de débordements, nous avons, en tant que policiers, le devoir d’être présents sur les lieux, d’assurer la paix et l’ordre et d’intervenir dans le cas où des infractions criminelles seraient commises. Nous avons donc des effectifs attitrés à cette situation”, précise la sergente Éloïse Cossette, porte-parole de la Sûreté du Québec pour le secteur Mauricie-Lanaudière.

De ce fait, la SQ interviendra en conformité avec son mandat : protéger la vie et la propriété et assurer à chacun le libre exercice de ses droits individuels ou collectifs.

“L’orientation de la Sûreté du Québec est également d’opter pour une approche basée sur le dialogue”, a déclaré Mme Cossette, en précisant qu’aucune arrestation n’a été effectuée en lien avec la situation qui prévaut actuellement en Haute-Mauricie.