La route 155 rehaussée en urgence au kilomètre 97
Le Saint-Maurice menace de déborder sur la chaussée alors qu’un deuxième épisode de pluies abondantes frappe la Haute-Mauricie.
Des travaux d’urgence étaient en cours tard lundi soir au kilomètre 97 de la route 155 Sud afin de protéger la chaussée contre une possible sortie du lit de la rivière Saint-Maurice.
Vers 23 h, des travailleurs affectés à la sécurisation de la route s’affairaient à mettre en place des mesures visant à contenir les débordements. Des bâches avaient été fixées le long des garde-fous, tandis que du gravier et de la terre commençaient à être acheminés sur les lieux pour rehausser le niveau de la route.
« Le tsunami s’en vient », a lancé un employé affairé à la tâche. La formule, imagée, ne constitue pas une prévision hydrologique, mais elle illustrait l’urgence ressentie sur le chantier au moment où les équipes se préparaient à une nouvelle montée des eaux.
À 8 h 30 ce matin, la circulation s’effectue toujours en alternance sur la chaussée habituelle de la route 155 au km 97.
Des remorqueuses ont été dépêchées sur place afin d’effectuer des navettes pour les véhicules qui ne sont pas en mesure de franchir l’accumulation d’eau. La circulation des véhicules dont la hauteur le permet est temporairement autorisée, en s’assurant qu’elle peut se faire de façon sécuritaire.
Fermeture des routes 25 et 10
La situation survient alors qu’un deuxième épisode de pluies abondantes touche la Haute-Mauricie en moins d’une semaine. À 21 h lundi, la Ville de La Tuque rapportait déjà plusieurs problèmes majeurs sur son réseau forestier. La route 25 était fermée entre La Tuque et Wemotaci après avoir été inondée à plusieurs endroits et complètement coupée au kilomètre 41. La route forestière 10 était également impraticable au kilomètre 39.
La Ville prévenait que certains secteurs forestiers pourraient recevoir jusqu’à 80 millimètres de pluie supplémentaires pendant la nuit. Environnement Canada estimait pour sa part que les accumulations totales pourraient atteindre localement 100 millimètres, particulièrement sous les averses les plus intenses.
Un débit exceptionnel pour le mois d’août
Les cours d’eau de la région étaient déjà gonflés avant l’arrivée de ces nouvelles précipitations. Vendredi, Hydro-Québec évaluait à environ 1 400 mètres cubes par seconde le débit du Saint-Maurice à La Tuque. À cette période de l’année, celui-ci varie habituellement entre 340 et 550 mètres cubes par seconde.
Cette mesure, prise avant les pluies de lundi, ne permet pas de connaître le débit exact de la rivière au moment de l’intervention au kilomètre 97. Elle montre néanmoins que le Saint-Maurice transportait déjà beaucoup plus d’eau qu’à l’habitude.
La Ville de La Tuque anticipait d’ailleurs une nouvelle hausse des niveaux et des débits au cours des prochaines heures. Ceux-ci devraient demeurer supérieurs à la normale au moins jusqu’à jeudi. Des sections de sentiers situées en bordure du Saint-Maurice avaient déjà été inondées, et la population était appelée à éviter la navigation en raison des forts courants et des débris transportés par l’eau.
Un secteur déjà vulnérable
Le kilomètre 97 de la route 155 avait aussi nécessité des travaux de rehaussement lors de la crue printanière exceptionnelle de 2022. Une fois les eaux retirées, la Ville avait annoncé que le Saint-Maurice n’empiétait plus sur la chaussée et que les travaux visant à surélever la route avaient cessé.
Cette crue avait atteint un débit quotidien maximal de 3 030 mètres cubes par seconde à La Tuque. À titre comparatif, les grandes crues printanières de 2017 et de 1974 avaient respectivement atteint 2 680 et 3 615 mètres cubes par seconde.
La comparaison doit toutefois être faite avec prudence. Les événements de 1974, 2017 et 2022 étaient principalement liés à la fonte printanière combinée à d’importantes précipitations, alors que la situation actuelle découle d’une succession de pluies estivales. Le débit de 1 400 mètres cubes par seconde mesuré vendredi restait également bien inférieur aux sommets historiques, même s’il était exceptionnellement élevé pour la saison.
La réaction du Saint-Maurice peut être rapide. Son bassin versant couvre plus de 42 000 kilomètres carrés et reçoit l’eau d’une centaine de tributaires. Hydro-Québec estime qu’environ 40 % des apports peuvent être régularisés par les grands réservoirs du bassin. Le reste rejoint directement la rivière et ne peut être retenu par les centrales au fil de l’eau.
Au kilomètre 97, les équipes routières se préparaient donc à une nuit déterminante. La quantité de pluie qui tombera en amont, la vitesse de montée du Saint-Maurice et l’efficacité du rehaussement de la chaussée détermineront si la route 155 pourra continuer d’être empruntée sans interruption.
