La crise du logement à La Tuque sous la loupe
LA TUQUE. Une étude réalisée par le Groupe Altus pour l’agglomération de La Tuque dresse un constat préoccupant: malgré une croissance démographique limitée, la région fait face à une pénurie de logements qui risque de s’aggraver au cours des prochaines années.
Le rapport prévoit qu’il faudra construire environ 276 nouvelles unités d’habitation d’ici 2045 pour répondre aux besoins de la population, particulièrement ceux des aînés, des travailleurs temporaires, des étudiants et des ménages vulnérables.
Une population vieillissante et des ménages plus petits
L’agglomération de La Tuque comptait un peu plus de 15 000 habitants en 2021, répartis dans 6 643 ménages. La croissance démographique y demeure faible : le nombre de ménages n’a augmenté que de 4,9 % en quinze ans.
Le portrait démographique révèle surtout un vieillissement marqué de la population. Plus de la moitié des ménages ont un principal soutien âgé de plus de 54 ans. Les personnes vivant seules sont également nombreuses, particulièrement dans la Ville de La Tuque où elles représentent plus de 40 % des ménages.
À l’inverse, les communautés atikamekw de Wemotaci et Opitciwan affichent une population beaucoup plus jeune et des ménages plus nombreux.
Un marché locatif sous forte pression
Le rapport souligne que le marché locatif traverse une crise importante. Le taux d’inoccupation à La Tuque est extrêmement bas, à seulement 0,5 %, alors que les loyers ont bondi de 27 % depuis 2020.
Cette pression s’explique notamment par l’arrivée de travailleurs temporaires, d’étudiants et d’immigrants. Depuis 2021, l’immigration permanente et temporaire aurait généré une demande de plus de 235 logements supplémentaires.
Or, aucun nouvel immeuble à appartements n’a été construit dans l’agglomération depuis 1999.
Le parc résidentiel actuel est aussi vieillissant : près de 41 % des logements ont été construits avant 1960.
Des besoins criants pour les aînés
Le vieillissement de la population représente l’un des principaux enjeux identifiés dans l’étude. D’ici 2045, La Tuque pourrait compter près de 400 ménages supplémentaires composés de personnes âgées de 75 ans et plus.
La demande pour des logements adaptés devrait donc exploser, notamment pour les appartements avec ascenseur, les logements abordables pour aînés et les résidences privées pour aînés (RPA).
Le rapport estime qu’il faudrait ajouter 129 unités en RPA au cours des vingt prochaines années. Toutefois, les auteurs doutent de la rentabilité de nouvelles résidences privées de grande taille dans le contexte actuel. L’agrandissement progressif des résidences existantes apparaît comme une solution plus réaliste.
Travailleurs temporaires et étudiants accentuent la pénurie
L’économie de La Tuque repose fortement sur l’industrie forestière, l’hydroélectricité et les activités saisonnières. Cela entraîne un important roulement de travailleurs temporaires.
L’étude estime qu’entre 400 et 500 travailleurs saisonniers ou cycliques séjournent régulièrement dans la région, en plus de centaines de sous-traitants liés à des projets industriels, notamment les travaux de réfection de la centrale La Trenche d’Hydro-Québec.
Ces travailleurs recherchent souvent des logements à moyen terme, mais l’offre actuelle est largement insuffisante.
La situation est semblable pour les étudiants de l’École forestière de La Tuque. Environ 90 % des 218 étudiants proviennent de l’extérieur de la région, mais aucune résidence étudiante n’existe actuellement.
Besoin de logements sociaux et abordables
Le rapport identifie aussi des besoins importants en matière de logements sociaux et abordables. Les auteurs estiment qu’il manque actuellement environ 175 logements destinés aux ménages à faible revenu ou en situation de vulnérabilité.
Les ménages autochtones vivant hors communauté sont particulièrement touchés. Plusieurs vivent dans des logements nécessitant des réparations majeures ou jugés inadéquats pour leurs besoins.
Le Groupe Altus recommande notamment de soutenir la deuxième phase du projet Mamik, destiné à des familles atikamekw en milieu urbain.
276 nouvelles unités recommandées d’ici 2045
Pour répondre aux besoins anticipés, l’étude recommande la construction de 51 maisons unifamiliales; 225 appartements locatifs; dont 129 unités en résidence privée pour aînés; environ 38 logements sociaux, communautaires ou abordables.
La majorité de ces nouveaux logements devraient être concentrés dans le périmètre urbain de La Tuque, à proximité des commerces et des services de santé.
Miser sur des solutions innovantes
Face aux coûts élevés de construction et à l’urgence de la situation, l’étude propose plusieurs pistes innovantes avec des logements modulaires et préfabriqués; des unités d’habitation accessoires (logements intergénérationnels ou annexes locatives); minimaisons et microhabitations; partenariats entre municipalités, entreprises et organismes publics.
Les auteurs soulignent également l’importance de rénover le parc locatif existant, dont plusieurs immeubles présentent des signes de vétusté importants.
Un défi majeur pour l’avenir de La Tuque
Le rapport conclut que la crise du logement constitue désormais un enjeu stratégique pour le développement économique et social de La Tuque. Sans nouvelles constructions et sans diversification de l’offre résidentielle, la pénurie pourrait freiner l’accueil de travailleurs, d’étudiants et de nouvelles familles, tout en accentuant les difficultés vécues par les ménages les plus vulnérables.
