“La balle est dans le camp du gouvernement”

Près du point de rupture, la situation forestière en Haute-Mauricie repose entre les mains du gouvernement provincial affirment le grand chef de la Nation Atikamekw et le maire de La Tuque.

Près du point de rupture, la situation forestière en Haute-Mauricie repose entre les mains du gouvernement provincial, affirment le grand chef de la Nation Atikamekw et le maire de La Tuque.

Au cours des dernières semaines, plusieurs épisodes de tension et d’altercations ont éclaté entre des travailleurs forestiers et des groupes de militants autochtones qui bloquent l’accès à l’exploitation de la forêt. Ces derniers, des Atikamekw, des Innus et des Abénakis réunis sous le groupe Première Nation Mamo s’opposent au nouveau régime forestier prévu dans le projet de loi 97 et contestent l’exploitation actuelle de la forêt en territoire non-cédé.

Une rencontre cruciale

À l’invitation du Conseil de la Nation Atikamekw (CNA), le ministre des Relations avec les Premières Nations et les Inuit, Ian Lafrenière, ainsi que la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Maïté Blanchette Vézina, ont rencontré, le 20 août à La Tuque, des élus atikamekws et des représentants de l’industrie forestière.

“Tout le monde était autour de la table, donc on s’est dit les vraies affaires”, affirme Constant Awashish, grand chef de la Nation Atikamekw, estimant que la communauté était sur le point d’avoir des confrontations qui auraient peut-être créé une situation de non-retour.

Des engagements de Québec

“Je leur ai dit qu’on veut trouver des façons créatives de les impliquer. On veut respecter les droits des Premières Nations comme la Constitution nous y oblige, mais aussi avec une volonté de regarder comment on peut améliorer les façons de faire au-delà d’une consultation stricte pour qu’on évite des situations de tension comme on a connu dans les trois dernières années”, a précisé la ministre Blanchette Vézina.

En mode solution, elle affirme être ouverte à un projet pilote pour structurer l’aménagement en Haute-Mauricie. Une initiative qui sera proposée conjointement par les acteurs de l’industrie forestière et la Nation Atikamekw prochainement.

“C’est une initiative que je souhaite supporter. On doit mieux régionaliser les décisions qui sont prises en lien avec la récolte forestière et rapprocher les décisions des gens sur le terrain. Ça, c’est la clé”, souligne la ministre des Ressources naturelles et des Forêts.

Awashish juge la rencontre constructive, notamment en raison des engagements pris par Québec. “La Table de haut niveau est réactivée”, a-t-il affirmé. Créée en 2023 par une entente-cadre entre le gouvernement du Québec et la Nation Atikamekw, cette instance politique réunit les conseils des communautés, le CNA et des ministres québécois afin de discuter directement, de Nation à Nation, des grands enjeux du Nitaskinan, qu’il s’agisse de foresterie, de mines, de villégiature ou encore de chemins d’accès.

Autre mesure concrète : les activités forestières sont suspendues sur le territoire ancestral de la famille Coocoo, situé à une trentaine de kilomètres de Wemotaci. Ce secteur a été l’épicentre de plusieurs barrages cet été, dont la confrontation largement médiatisée entre l’entrepreneur forestier Dany Grenier et le militant atikamekw Dave Petitquay. La vidéo, diffusée en direct le 14 août, a été visionnée plus d’un demi-million de fois et a profondément marqué l’opinion publique.

“Il a été convenu, le temps des discussions et de travailler sur un projet pilote, de suspendre ces travaux, explique Mme Blanchette Vézina. C’est un bel exemple des difficultés actuelles de notre régime forestier dans les relations avec les Premières Nations”, a-t-elle reconnu en rappelant l’importance d’un respect mutuel.

Un retour attendu

Les ministres Lafrenière et Blanchette Vézina ont promis de faire un suivi cette semaine. Dans l’attente de cette seconde rencontre, Constant Awashish est catégorique.

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“Notre message est clair auprès du gouvernement: la balle est maintenant dans son camp. On a réussi à apaiser les tensions, mais en réalité, on n’a fait que retarder ce qui allait se produire. Les travailleurs ne peuvent pas attendre indéfiniment. S’il devait y avoir une confrontation grave, la responsabilité incomberait entièrement au gouvernement. Il n’y a plus de place pour se renvoyer la balle”, affirme-t-il.

Pour sa part, Luc Martel, le maire de La Tuque, qui n’a cessé d’invectiver la CAQ à agir pour mettre un terme aux blocus forestiers, se dit prêt à accorder un répit au gouvernement.

“Le gouvernement a dit qu’il prenait le dossier en main. C’est ce que je demande depuis trois ans. Je vais laisser la chance au coureur et les laisser travailler. On commentera les résultats.”