Kino Aski GNL : Awashish défend le choix d’« être à la table »

Alors que plusieurs aspects importants de Kino Aski GNL demeurent inconnus du public, le grand chef de la Nation Atikamekw, Constant Awashish, tente de rassurer les membres de la Nation : participer au développement du mégaprojet gazier ne signifie pas l’avoir approuvé.

M. Awashish ne s’exprime toutefois pas uniquement comme Grand Chef. Il est également administrateur de Kino Aski Inc., l’entreprise présentée comme actionnaire majoritaire du projet. Les bureaux de cette nouvelle société sont situés à La Tuque, dans le même immeuble que le Conseil de la Nation Atikamekw (CNA).

Depuis son annonce, le projet soulève des questions sur les réseaux sociaux, notamment quant au niveau d’information transmis aux membres avant l’implication de la Nation. On ignore toujours quelle part exacte du projet appartient à Kino Aski, combien les Premières Nations pourraient devoir y investir, quelles ententes ont été conclues avec Marinvest Energy et quelle décision formelle a permis d’aller de l’exploration du projet à la création d’une société et à un partenariat commercial.

C’est dans ce contexte que le Grand Chef de la Nation Atikamekw a publié une vidéo d’environ sept minutes en atikamekw sur Facebook, accompagnée d’un texte explicatif en français. Il dit vouloir répondre aux « rumeurs » et aux inquiétudes qui circulent depuis l’annonce.

« S’impliquer, ce n’est pas dire oui, c’est se donner le pouvoir de décider selon nos valeurs », écrit-il.

Un projet pouvant atteindre 30 milliards

Kino Aski GNL vise à acheminer du gaz naturel de l’Ouest canadien jusqu’à Baie-Comeau afin de le liquéfier et de l’exporter principalement vers l’Europe.

Kino Aski Inc., placée sous le leadership de la Nation Atikamekw, est présentée comme l’actionnaire majoritaire du projet. L’entreprise norvégienne Marinvest Energy Canada, qui travaillait déjà au développement du projet avant l’arrivée de Kino Aski, en est maintenant le partenaire minoritaire.

Selon Le Devoir, le projet est évalué de façon préliminaire à environ 30 milliards de dollars. Il nécessiterait notamment environ 1000 kilomètres de nouvelles infrastructures pipelinières au Québec afin de relier les réseaux gaziers existants au secteur de Baie-Comeau.

Le promoteur évoque une production pouvant atteindre 15 millions de tonnes de GNL par année. Son nouveau site Web fait aussi état d’environ 1700 mégawatts de capacité éolienne pour alimenter les installations de Baie-Comeau et d’infrastructures portuaires pouvant accueillir jusqu’à trois unités flottantes de liquéfaction fonctionnant à l’électricité.

Ces trois installations seraient directement situées sur l’eau. Le Devoir rapporte qu’elles pourraient être implantées dans le secteur de la baie des Anglais, à Baie-Comeau. Leur présence et l’augmentation du trafic maritime soulèveraient notamment des enjeux liés à l’habitat du béluga du Saint-Laurent et à d’autres espèces présentes dans l’estuaire.

« Le pouvoir de dire non »

Dans sa sortie publique, Constant Awashish présente toutefois la position majoritaire de Kino Aski comme une façon de renverser le rapport de force traditionnel entre les promoteurs industriels et les Premières Nations.

Selon lui, cette position doit permettre aux Autochtones de participer aux décisions, de choisir leurs partenaires, d’examiner les impacts environnementaux, de négocier les retombées et d’imposer leurs conditions.

Il affirme surtout que la Nation conserverait la possibilité de refuser le projet si les conditions ne sont pas jugées acceptables.

Le site de Kino Aski reprend cette idée en affirmant que les Premières Nations doivent participer aux décisions importantes ainsi qu’aux différentes phases de conception, de financement, de construction et d’exploitation. Il promet également des revenus à long terme, des emplois, de la formation et des occasions d’affaires pour les communautés participantes. Aucun montant précis concernant ces éventuelles retombées n’est toutefois rendu public pour le moment.

Le CNA avait expliqué le 18 août que le projet avait été discuté en avril lors d’une rencontre politique réunissant des élus des trois communautés atikamekw et du Conseil de la Nation Atikamekw. Il avait alors été suggéré de poursuivre les démarches afin d’en évaluer le potentiel.

Awashish assure maintenant qu’un processus de consultation plus large sera mis en place lorsque davantage d’informations seront disponibles.

Des milliards et plusieurs questions

L’implication financière de la Nation demeure toutefois à préciser.

Des documents obtenus en vertu de la Loi sur l’accès à l’information montrent que Marinvest s’intéressait déjà, en avril 2025, aux programmes gouvernementaux pouvant aider des communautés autochtones à acquérir une participation au capital du projet de gazoduc. Le gouvernement fédéral a depuis confirmé au Devoir que son programme de garantie de prêts pour les Autochtones, doté d’une enveloppe globale de 10 milliards de dollars, peut notamment soutenir des participations autochtones dans le secteur du GNL.

Cela ne signifie pas qu’une somme a déjà été accordée à Kino Aski. On ignore pour le moment quelle mise de fonds serait exigée de l’entreprise atikamekw, quelle proportion du projet elle détient exactement, comment serait financée cette participation et quels risques financiers seraient assumés si le projet n’aboutissait pas.

La composition précise de la coalition autochtone reste également à définir. Kino Aski affirme sur son site que des Premières Nations du Québec et de l’Ontario participent au projet et que d’autres partenaires pourraient s’y joindre. Selon Le Devoir, les Anichinabés, les Cris et les Innus n’auraient toutefois pas encore accepté d’y prendre part.

Des réponses toujours attendues

L’Écho a transmis au cours des derniers jours des demandes d’information à plusieurs acteurs du dossier, dont Kino Aski, Marinvest Energy, les Conseils de bande des trois communautés Atikamekw ainsi qu’à des organismes du gouvernement fédéral impliqués dans le développement ou le financement potentiel du projet. Aucune réponse n’avait encore été reçue au moment d’écrire ces lignes.

Plusieurs éléments restent ainsi à éclaircir, notamment la proportion exacte du projet détenue par Kino Aski, l’engagement financier potentiel de la Nation Atikamekw, les autres Premières Nations qui pourraient devenir partenaires et les corridors envisagés pour le futur gazoduc.

Constant Awashish soutient pour sa part que le choix effectué jusqu’ici ne constitue pas une décision de construire le projet.

« Rien n’est encore décidé », réitère-t-il, en invitant les membres de la Nation à lui adresser leurs questions.