Décès au poste de la SQ de La Tuque : le coroner relève des lacunes dans l’intervention

Le décès d’un homme survenu en juin 2023 dans le stationnement du poste de la Sûreté du Québec (SQ) de La Tuque aurait pu être évité si l’intervention policière avait été planifiée adéquatement, conclut la coroner Marie-Ève Dagenais dans un rapport rendu public après son dépôt le 11 septembre 2026.

L’homme, dont l’identité est protégée dans le rapport, s’est enlevé la vie par arme à feu le 6 juin 2023, alors qu’il se trouvait dans son véhicule, dans le stationnement du poste de police.

Selon l’autopsie, il est décédé d’un traumatisme cranio-cérébral causé par une arme à feu. La trajectoire du projectile et les autres éléments analysés sont compatibles avec une manipulation de l’arme par la victime. Aucune preuve de l’intervention d’un tiers n’a été relevée.

Une arrestation improvisée

Le matin du 6 juin, deux policiers se rendent au domicile de l’homme afin de procéder à son arrestation en vertu de deux mandats.

Le plan initial était de communiquer avec lui par téléphone et de lui demander de se présenter au poste. N’ayant pas réussi à le joindre, les policiers se rendent directement à son domicile.

Les mandats lui sont lus et les policiers l’informent de ses droits, notamment son droit au silence et son droit à l’avocat. Ils lui remettent également les coordonnées de l’aide juridique.

L’homme accepte de se rendre au poste, mais demande une vingtaine de minutes pour se préparer. Les policiers l’attendent alors dans leur véhicule, dans la rue.

La coroner souligne que cette façon de procéder n’avait pas été planifiée.

L’homme étant paraplégique et se déplaçant en fauteuil roulant, il est convenu qu’il se rendra au poste dans son propre véhicule, une Mercedes Sprinter adaptée à sa condition. Les policiers le suivent.

Ils arrivent au poste à 9 h 02.

Une surveillance remise en question

Une fois dans le stationnement, l’homme ne sort pas de son véhicule. Les policiers affirment que les vitres teintées les empêchent de voir clairement à l’intérieur et que le bruit provenant des entreprises avoisinantes rend les communications difficiles.

Selon leur version, ils commencent à frapper sur les vitres et à tenter de communiquer avec lui vers 9 h 16.

Ce n’est que vers 9 h 27 qu’un policier, utilisant une lampe de poche pour regarder dans le véhicule, croit apercevoir du sang.

Une vitre est alors brisée. Les policiers découvrent l’homme inanimé, avec une blessure à la tête, et une arme à feu à proximité.

Des manœuvres de réanimation sont entreprises, puis prises en charge par les ambulanciers. Le décès est finalement constaté à 10 h 19.

Pour la coroner, le délai entre l’arrivée au poste et la découverte de l’homme soulève des questions, particulièrement puisque les policiers avaient l’obligation d’assurer sa surveillance et sa sécurité.

Il était considéré comme détenu

Un autre élément important du rapport concerne le statut de l’homme lors de l’intervention.

Les policiers ont indiqué qu’il n’était pas en état d’arrestation. La coroner arrive toutefois à une conclusion différente après avoir analysé l’ensemble des circonstances.

Elle estime que l’homme était détenu, notamment parce que les policiers étaient sur place pour procéder à son arrestation, que les mandats lui avaient été lus et qu’on lui avait demandé de se présenter au poste dans un court délai.

Cette conclusion impliquait des obligations supplémentaires pour les policiers, notamment en matière de surveillance, de fouille et de sécurité.

Des armes à feu auraient dû être vérifiées

La coroner reproche notamment aux policiers de ne pas avoir effectué certaines vérifications avant l’intervention.

Une planification préalable aurait permis d’apprendre que l’homme détenait un permis d’armes à feu valide ainsi que des armes à feu à autorisation restreinte enregistrées.

Une fouille avant le transport aurait également dû être effectuée afin d’assurer la sécurité de la personne détenue et des policiers.

Le rapport souligne aussi qu’un moyen de transport permettant une surveillance constante aurait pu être prévu, notamment un fourgon cellulaire, en tenant compte du handicap physique de l’homme.

Un événement déclencheur probable

Selon les informations recueillies par la coroner, l’homme n’était pas traité pour des problèmes dépressifs et n’avait pas de suivi à cet égard. Ses proches le décrivaient comme quelqu’un qui allait bien et qui avait plusieurs projets.

La coroner estime que l’annonce des accusations criminelles auxquelles il devait faire face a probablement constitué l’élément déclencheur du suicide.

 » Il est donc probable que l’information à l’effet que des accusations criminelles allaient être portées contre lui ait été l’élément déclencheur « , écrit-elle.

Deux recommandations à la SQ

Le Bureau des enquêtes indépendantes a enquêté sur l’intervention. Le DPCP a par la suite déterminé que la preuve ne révélait pas la commission d’un acte criminel par les policiers.

La coroner formule néanmoins deux recommandations à la SQ.

Elle demande d’abord de mieux planifier les arrestations, notamment en vérifiant la possession d’armes à feu, en prévoyant un transport adapté et en obtenant un mandat d’entrée lorsque nécessaire.

Elle recommande également que la surveillance et la sécurité des personnes détenues soient assurées en tout temps.

Pour la coroner, une intervention mieux planifiée aurait pu permettre d’éviter le décès.

 » Si l’intervention du 6 juin 2023 avait été planifiée, le décès de M. xxxxx aurait pu être évité « , conclut-elle.