De La Tuque au monde, Benoit Cormier fait asseoir l’industrie
Avec son balado La Chaise Bleue, l’entrepreneur originaire de La Tuque Benoit Cormier parcourt les grands salons industriels de la planète. Derrière les micros et les technologies de pointe demeure toutefois une conviction bien enracinée: plutôt que d’attendre que les portes s’ouvrent, mieux vaut les pousser soi-même.
Une chaise bleue, quelques micros et l’aplomb nécessaire pour interpeller les grands noms de l’industrie. Avec cet attirail devenu sa signature, Benoit Cormier transporte aujourd’hui un peu de La Tuque dans les plus importants rendez-vous manufacturiers du monde.
Allemagne, Suisse, France, États-Unis, Mexique et bientôt, espère-t-il, l’Asie: le Latuquois et son équipe installent leur studio mobile au cœur des salons industriels pour y rencontrer des entrepreneurs, des ingénieurs, des dirigeants et des décideurs publics. L’objectif n’est pas de produire un contenu destiné au grand public, mais de faire circuler les idées dans un secteur économique souvent méconnu.
«Nos artistes, ce sont les acteurs du milieu industriel partout dans le monde qu’on fait asseoir dans la chaise bleue. On crée une relation de confiance, puis on se met à parler», résume-t-il.
L’aventure de La Chaise Bleue est née loin des chaînes de montage industriel, au milieu d’un festival de reggae à Saint-Pétersbourg, en Floride. Dans un espace aménagé entre des présentoirs de chandails, Benoit Cormier découvre une entrevue intimiste réunissant des artistes internationaux. À quelques pas d’une foule de plusieurs milliers de personnes, une poignée de spectateurs assiste à une conversation privilégiée.
La formule provoque un déclic.
À son retour, l’entrepreneur appelle son associé, Nicolas Quintin. Terminé, les kiosques traditionnels où les représentants attendent derrière une table avec leurs cartes professionnelles. Leur firme de conseil de productivité en entreprise, GLM, investira plutôt dans de l’équipement audiovisuel et partira sur la route pour donner la parole aux gens qui transforment concrètement l’industrie.
«On faisait ça parce que j’étais blaser de présenter mes services, raconte-t-il. En réalité, ce dont les gens ont besoin, ce sont des sources d’inspiration.»
D’un outil de marketing à une véritable tribune
Au départ, le projet représente une dépense considérable. L’équipe investit des dizaines de milliers de dollars dans le matériel, la production et l’inscription aux salons. Le pari intrigue, parfois même déroute les autres entreprises présentes.
Aujourd’hui, les organisateurs de salons retiennent les services de l’équipe pour animer des scènes et couvrir leurs événements. Pour GLM, le balado permet de dépasser la simple présentation de services pour bâtir une communauté autour de la productivité, de l’intelligence artificielle et de la transformation numérique.
Benoit Cormier demeure néanmoins fidèle à un ton direct, sans cravate ni discours trop préparé. Une approche qui rappelle les conversations franches d’une petite ville, où les réseaux se construisent souvent dans les arénas, les commerces et les activités communautaires avant de se poursuivre autour d’une table de travail.
Même devant des dirigeants de multinationales, il cherche d’abord à comprendre la personne assise devant lui.
«Je connais le besoin de mes gens. Je suis curieux, naturellement», explique celui qui se présente désormais comme une sorte d’ «Infoman du manufacturier»: assez technique pour saisir les enjeux, mais suffisamment accessible pour les rendre vivants.
Ne pas attendre après les autres
Le balado s’inscrit dans une ambition plus large. Avec le Centre de valorisation des données manufacturières, Benoit Cormier participe aussi au développement d’outils utilisant l’intelligence artificielle pour mieux répertorier les capacités des entreprises et rapprocher celles qui pourraient collaborer.
Son rêve est qu’un entrepreneur puisse décrire une pièce ou un projet et trouver rapidement les fabricants québécois capables de le réaliser. Une manière de briser l’isolement des entreprises et de révéler un -savoir-faire qui demeure parfois invisible, même à quelques kilomètres de distance.
Cette volonté d’agir plutôt que de dénoncer résume peut-être le mieux l’essence latuquoise de son parcours.
«Tu as beau chialer contre les médias ou contre le gouvernement, à un moment donné, il faut que tu te poses la question: qu’-est-ce que tu peux faire, toi, pour avoir un impact?»
À ses yeux, le secteur manufacturier demeure essentiel à la prospérité du Québec et au financement de ses services publics. Il veut donc le rendre plus dynamique, plus accessible et, surtout, plus humain.
Malgré les kilomètres parcourus, la boucle pourrait éventuellement se refermer à La -Tuque. Benoit Cormier assure que la chaise bleue serait au rendez-vous si un événement régional réunissait les employeurs et les entrepreneurs du Haut-Saint-Maurice. «Ça serait le fun», assure-t-il.
Après avoir fait asseoir le monde industriel dans sa chaise, le Latuquois pourrait ainsi la ramener là où s’est forgée sa manière de foncer: sans trop de cérémonie, mais jamais sans ambition.
