Anesthésie générale : portait de la scène politique québécoise actuelle

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Par Michel Scarpino
Anesthésie générale : portait de la scène politique québécoise actuelle
David Leroux

POLITIQUE.  L’auteur latuquois David Leroux se passionne pour la politique. Formé en sciences politiques et en géographie à l’université Mc Gill, il vient de publier un essai, Anesthésie générale, aux éditions Château d’encre. En quelque sorte, il présente une photo du système politique québécois actuel. Il attribue le titre «anesthésie générale» à son essai, suite à sa constatation que le peuple québécois semble s’être endormi depuis l’échec du référendum de 1995. Impossible de passer à côté de la question de l’élection récente de 74 députés de la Coalition avenir Québec (CAQ). «À mes yeux, cette élection signifie que le Québec français a repris le pouvoir face au Québec des Anglophones et des néo-québécois montréalais. Ce sont aussi les régions qui ont repris le pouvoir face à Montréal. Sur la carte électorale, avec la démission de Philippe Couillard et le recomptage à Gaspé, à l’est de St-Lambert, il n’y a plus un seul député qui n’est pas de la CAQ ou du parti québécois. C’est bleu mur à mur dans pas mal toutes les régions du Québec», lance-t-il d’entrée de jeu. Seules deux circonscriptions ont échappé à ce mouvement, dans la région de Québec, et sont allées à Québec Solidaire. Les bleus et les rouges Traditionnellement, le paysage politique québécois est teinté depuis des décennies par le clivage entre les souverainistes et fédéralistes. «Ce sont encore les bleus contre les rouges (…) Si on remonte avant l’époque où les souverainistes se sont dotés d’un parti politique, il y avait Duplessis contre le parti libéral». Pour la première fois depuis longtemps, le débat souverainiste a été évacué de la campagne électorale. La conséquence : une dégringolade historique pour le PQ. Certes, la question nationale a cédé le pas à un affrontement entre la gauche à droite.  «La droite est quand même timide, si on compare à ce qu’elle peut être, mondialement. La CAQ est un parti de centre-droite, les libéraux sont du centre, le parti québécois est à centre-gauche et Québec Solidaire est de la gauche peut plus radicale», poursuit le Latuquois. L’enjeu premier aura été la question de l’immigration : «On a, d’un côté, les nationalistes et de l’autre, les tenants du mondialisme progressiste. C’est davantage ce clivage-là que celui de gauche droite qu’on a observé». Économie et identité La CAQ amènera les orientations des prochains mois se tourner vers l’économie. «Il n’y a pas que la CAQ qui est comme ça. La plupart des grands partis politiques ont délaissé, ces dernières années, les grands projets de société et les grands idéaux, pour le domaine de la gestion de l’état, ce qui est très différent», fait aussi remarquer David Leroux. On parle alors d’une gestion plus quotidienne des affaires de l’État. Il rappelle que François Legault, avant même d’être assermenté, a immédiatement abordé la question identitaire, de la laïcité et des signes religieux chez les employés de l’État est en position d’autorité : «Il adopte la ligne dure quant à cette question. On veut appliquer les recommandations de Bouchard-Taylor (…) mais on inclut là-dedans les professeurs». Il croit toutefois que M. Legault va finir par empêcher le port de signes religieux chez les enseignants. «Il va se heurter à la Charte canadienne des droits et des libertés», prévoit-il. L’environnement Depuis plusieurs semaines, on parle beaucoup d’environnement dans l’actualité, alors que différents scénarios catastrophiques sont mis de l’avant face aux changements climatiques. La CAQ, comme la plupart des partis politiques québécois, affiche une position déficience face à l’environnement : «La question environnementale est d’une brûlante importance. Il va falloir qu’un gouvernement, un jour, décide d’agir de façon très claire en faveur de l’environnement et ça va vouloir dire de trouver des moyens de limiter la surconsommation, l’achat de biens peu chers fabriqués dans les pays du tiers-monde où la main-d’œuvre et sous-payé pour favoriser, par exemple, l’achat de produits locaux, et un peu plus chers, certainement. Achetons moins de produits, soyons moins dépensiers, mais achetons des produits locaux faits par des gens qui gagnent un salaire décent». Ce ne sont pas les conducteurs automobiles du Québec et qui polluent le plus, mais ceux des pays sous-développés. Ils fabriquent des produits avec de faibles normes environnementales. «La manière dont l’économie mondiale s’est configurée avec la mondialisation a attiré les manufacturiers dans des pays avec les normes les plus basses, parce que ça coûte moins cher à produire. Il faut penser plus local quand on achète», fait remarquer David Leroux. La question nationale La question nationale est-elle usée, après les défaites des référendums de 1980 et 1995 ? David Leroux pense plutôt qu’on est fatigué de perdre. «La défaite a usé les gens. Surtout le fait que le parti québécois, qui est le porte-étendard de la question nationale, n’a pas pensé à d’autres façons d’arriver à l’indépendance que la méthode référendaire». La proposition Parizeau-Laplante à laquelle il réfère dans son livre « était osée, faisable et garantissait avec plus de vigueur la possibilité d’y arriver». Autour de 35 à 40%, les niveaux d’appui à la souveraineté, même sans sondage, sont comparables à ceux qu’ils étaient lors du déclenchement du référendum de 1995. Un Latuquois David Leroux a vécu à La Tuque jusqu’à la fin de ses études secondaires. Il a fait ses études secondaires à l’école Champagnat et était membre de l’harmonie de La Tuque. Celui qui est aussi tromboniste professionnel vit maintenant à Montréal. Il collabore occasionnellement au journal le Devoir, à la Presse et au magazine français Causeur.

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