Le poids électoral du Québec dans le Canada

Publié le 16 octobre 2015
Élections

TRIBUNE LIBRE. Robert Sarrasin, de La Tuque, partage avec vous cette lettre ouverte.

 

 Le Bloc et le ROC

 Les trois dernières élections fédérales ont clairement démontré que le vote du Québec n’a plus aucune influence décisive sur le choix du parti devant former le gouvernement.  

À l’élection fédérale de 2004, seulement 21 députés libéraux ont été élus au Québec (54 pour le Bloc québécois) mais le parti Libéral de Paul Martin a quand même formé le gouvernement.  

En 2006, ce sont les Conservateurs qui ont formé le gouvernement, avec seulement 10 députés au Québec (51 pour le Bloc) ; en 2011, ils n’en avaient plus que 5 (4 pour le Bloc) ; pourtant Harper a été réélu majoritaire. 

Conclusion : Bloc ou pas, c’est le Canada anglais qui choisit le gouvernement. Au moment de voter, les Québécois doivent s’en souvenir.  Harper a été porté au pouvoir par le Rest Of Canada et c’est encore le ROC qui va le battre ou le réélire. D’autant plus que le Canada anglais compte maintenant 27 comtés de plus (contre 3 de plus au Québec), ce qui augmente significativement son poids électoral.   

Au début de la présente campagne, plusieurs indépendantistes se voyaient supposément confrontés à la nécessité d’un vote stratégique pro NPD en vue de ce qui leur apparaissait comme l’objectif incontournable devant lequel tout le reste devait s’effacer, à savoir, battre Harper ; par après, on aviserait. En cours de campagne, la donne a changé.

En effet, les sondages ont prédit les uns après les autres un gouvernement minoritaire et à présent, peut-être même un gouvernement majoritaire libéral. Donc, même si Harper était réélu, son statut minoritaire le rendrait relativement impuissant devant une opposition bien résolue à lui tenir la bride et à le renverser dès que possible ; l’argument d’un vote stratégique pro-NPD parait alors moins convaincant. 

NPD et Libéraux : deux partis axés sur le ROC

La durée de la campagne a fait réapparaitre le NPD pour ce qu’il est : plus progressiste, certes, que les Conservateurs, mais un parti (et un chef) dont les priorités ne sont finalement pas celles du Québec, car pour être élus, les partis canadian doivent s’aligner prioritairement sur l’opinion publique du ROC.  Idem pour les Libéraux, comme en témoigne, si besoin était, la récente lettre envoyée à la compagnie TransCanada par Daniel Gagnier, (ex-)coprésident national de la campagne libérale.

Celui-ci recommande à TransCanada (dont il est en même temps un consultant) d’agir vite après l’élection pour influencer les normes de l’Office national de l’Énergie et faire en sorte d’accélérer l’acceptation du projet Énergie Est, rejeté par une majorité de Québécois. Devant cet enjeu majeur, on voit que le Québec ne pèse pas lourd dans l’esprit des Libéraux.

L’intérêt véritable des Québécois

Dans une dynamique électorale où le poids du Québec n’est plus déterminant, le seul moyen qui reste aux Québécois d’avoir encore une quelconque influence au fédéral sur les questions qui les touchent, c’est de donner au Bloc québécois assez d’appuis pour que celui-ci obtienne de nouveau un statut officiel aux Communes et, dans une configuration de partis minoritaires, peut-être même la balance du pouvoir, afin qu’il puisse jouer son rôle de gardien et de lanceur d’alerte. Ce serait pour les Québécois le meilleur scénario.

En attendant l’autre grand scénario qui leur donnera tout le pouvoir.

Les Amérindiens

On comprend que nos concitoyens amérindiens puissent être tentés par les promesses des partis fédéraux. Mais les programmes, subventions, budgets spéciaux et autres initiatives, si nécessaires soient-ils, maintiennent leur situation de dépendance.

Ils pourraient cependant réfléchir également au fait que le nouvement Idle No more réclamait d’Ottawa qu’il négocie avec les Premières Nations en prenant comme modèle l’entente de la Paix des Braves conclue entre le Québec et les Cris. Ce n’est sans doute pas un hasard que ce soit au Québec qu’une telle entente ait vu le jour. Malgré les frictions, l’espoir semble davantage de ce côté.

 

Robert Sarrasin

La Tuque