Préposée aux bénéficiaires

Publié le 4 septembre 2012

Il y a un peu plus d’un an, je joignais les rangs du CSSSHSM en tant que préposée aux bénéficiaires, en quête d’expérience dans le milieu de la santé, moi qui croyais que le domaine infirmier m’allait comme un gant. Le métier a tendance à perdre de son lustre si on le compare aux autres de l’établissement et c’est avec appréhension, je l’avoue, que je me suis lancée sans trop savoir dans quoi, sans trop savoir ce qui m’attendait. J’ai donc passé une année au près de vos êtres chers, de vos parents, grands-parents. Je suis entrée au plus profond de leur intimité, souvent malgré eux. J’ai du établir le contact là ou l’hostilité entre le résident et le personnel était parfois palpable.

C’est aussi ça être préposée, c’est accepter qu’on nous insulte, voir qu’on nous frappe, pour ensuite recevoir des sourires et des je t’aime, dans l’espace de quelques minutes. C’est réconforter et tenter de maintenir la paix dans les conditions de vie que nous redoutons pour nos vieux jours. (Et sachez qu’ils sont entre de bonnes mains vos grands-parents) Mais être arraché à son milieu pour se retrouver dans une routine que l’on a pas choisi avec une poignée d’inconnus sans trop savoir ce que l’on a fait à la vie pour se retrouver dans cette situation, c’est rien de moins que le chaos.

Je me suis attachée a beaucoup d’entre eux et leur départ ma frappée de plein fouet à chaque fois, je l’avoue.

Et ce qui me frappe le plus, c’est à quel point vous leur manquez. Ils ne savent peut-être plus vos noms, ni qui vous êtes dans leur vie, mais sachez qu’ils vous réclament chaque jour, ceux qu’ils ont aimés et qui jadis représentaient leur stabilité. Certains d’entre eux n’ont AUCUNE visite, et dans un milieu comme La Tuque, ou tout se trouve dans un rayon de quelques kilomètres, j’ai peine à croire qu’on puisse abandonner une partie de sa famille sans se retourne, au moment ou ils sont le plus vulnérables. J’ai trop souvent séché des larmes parce qu’un vide sentimental se creuse de plus en plus en eux.

J’ai connu des gens passionnés par leur métier, des gens de confiance qui me rassurent sur l’avenir des CHSLD et de la population vieillissante. Des gens blasés et frustrés des conditions toujours plus dégradantes et du peu de moyens fournis qui donne le peu d’énergie et d’amour de la profession qu’il leur restent envers nos ainés. Quand j’entends quelqu’un me parler du fait que lui il travaille au noir, et qu’il ne se fait pas crosser par le système quand je suis à personnel réduit parce que le budget ne permet pas de remplacer un congé de maladie, j’ai tendance à noircir. C’est avec une toute autre vision que je quitte les rangs du CSSSHSM, en quête de nouveaux défis. J’ai eu envie de partager mon expérience avec vous non pas parce que je me crois experte des CHSLD, mais parce que je pense que le portrait social qui en ressort n’est jamais tout à fait juste. Les histoires d’horreurs concernant du personnel négligeant dépeintes dans les médias sont réels, il ne faut pas l’oublier. Mais reste encore plusieurs bons centres ou vos ainés sont traités avec respect et c’est sur ceux-là qu’il faut miser.

Chanel Garceau