Un honneur bien mérité

Publié le 29 mai 2012

L’idée de baptiser la Place du Souvenir au nom du sergent Robert Richards a germé à partir d’une petite photo de lui, affichée au mur du local de la Filiale 31 de la Légion royale canadienne de Ville La Tuque. En effet, lorsque le lieutenant-colonel (retraitée) Michelle Roy, maintenant membre de la Légion, a vu cette photo où l’on aperçoit le sergent Robert Richards recevoir des mains du Maréchal Bernard Law Montgomery la médaille de conduite distinguée, elle a vite demandé : qui est ce sergent sur cette photo ? Après avoir eu l’initiative d’entreprendre des recherches sur les faits d’armes de cet homme, Michelle Roy et Jean-Claude Houle, ancien président de la Filiale 31 décédé en 2011, ont eu l’idée bienveillante d’honorer et d’immortaliser la mémoire du sergent en inaugurant la Place du Souvenir en son nom, via le dévoilement d’une plaque commémorative et d’une cérémonie solennelle.

Vous vous demandez sûrement : qui est le sergent Robert Richards ? Voici donc un bref résumé de ses faits d’armes, qui font de lui un homme qui s’est amplement mérité les honneurs offerts, en ce jour du 19 mai 2012, à Ville La Tuque.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le sergent Robert Richards, était membre du Régiment de la Chaudière et a débarqué en Normandie le 6 juin 1944, sur la plage JUNO à Bernières sur Mer.

Après avoir débarqué sur les berges de la Normandie, une longue campagne attendait le Régiment de la Chaudière à travers la France, la Belgique, la Hollande et finalement l’Allemagne. Fait historique intéressant, le Régiment de la Chaudière est la seule unité dans toute cette opération, à avoir fait la campagne au complet, jusqu’à la fin de la guerre en 1945 mais aussi jusqu’à la fin de l’occupation de l’Allemagne en 1946.

Revenons au sergent Richards. Le 17 septembre 1944, le Régiment de la Chaudière a reçu l’ordre d’attaquer une position ennemie à l’Ouest de Denacre près de la ville de Boulogne. À cet endroit, les Allemands étaient très bien fortifiés dans des séries de tranchées et bunkers protégés par des mines et barbelés. Ils défendaient farouchement leurs positions. Le sergent Richards était alors le commandant d’une section d’éclaireurs à la tête de la compagnie D. En traversant la ligne de départ, il fut blessé à la hanche par l’explosion d’une mine. Malgré sa blessure et refusant de se faire panser, il conduisit ses hommes à l’attaque pour capturer l’objectif visé. Il refusa d’être évacué et continua les combats avec ses hommes pendant deux autres jours. Il fut évacué sur l’ordre formel d’un officier médical.

Ses qualités de leader, son courage exceptionnel et sa détermination lui ont valu la médaille de conduite distinguée, plus connue sous le nom de distinguished conduct medal (DCM). Celle-ci lui fut remise par le célèbre Maréchal Montgomery, alors commandant des forces terrestres alliées en Europe de l’ouest.

Quittons les vieux pays et revenons chez-nous. Le 19 mai 2012, a donc eu lieu la cérémonie d’inauguration de la Place du Souvenir sergent Robert Richards à Ville La Tuque devant les locaux de la Filiale 31 de la Légion royale canadienne. Afin d’honorer la mémoire du sergent Richards, c’est sans hésitation que les membres du Régiment de la Chaudière ont répondu à l’appel de monsieur Émile Desbiens, président de cette filiale.

« Soyez fier d’honorer les hauts faits d’armes d’un ancien membre de votre Régiment » a mentionné le lieutenant-colonel Claude Langlois, commandant du Régiment de la Chaudière, en s’adressant à ses troupes lors de son discours pendant la cérémonie. Il a aussi évoqué que les faits d’armes du sergent Richards démontrent comment cet homme a fait preuve d’un courage exemplaire et d’une abnégation sans borne pour le bien-être de ses hommes. Il s’est aussi adressé aux membres de la famille du sergent Richards qui étaient visiblement émus et touchés par les éloges offerts à leur défunt père. Il a suggéré qu’ils doivent également être fiers des actes de leur père et que la Place du Souvenir portant dorénavant son nom servira, d’une certaine manière, à faire en sorte que la population de La Tuque n’oublie pas cet homme courageux.

Un moment fort émouvant durant la cérémonie fut sans contredit les mots de remerciement d’un membre de la famille du sergent Richards, sa fille Kathleen. Elle était la porte-parole de la famille et remerciait avec beaucoup d’émotion la Légion (Filiale 31), le Régiment de la Chaudière ainsi que les autorités de Ville La Tuque, pour cette initiative d’honorer la mémoire de leur père. « Mon père serait très ému s’il serait ici aujourd’hui », a-t-elle mentionné.

Cette cérémonie a commencé par un défilé dans les rues de la ville. Les troupes étaient escortées par deux agents de la Sureté du Québec en véhicules tous-terrains boueux. Des urgences imprévues ont eu pour impact d’engendrer un manque de disponibilité des voitures de polices. Grâce à la Musique des Voltigeurs de Québec et d’un cornemuseur du 6e Régiment d’artillerie de campagne, les curieux étaient impressionnés par la qualité des mélodies mais aussi par ceux qui marchaient fièrement au sein de ce défilé. Dans l’ordre, après la Musique, il y avait les Légionnaires, une garde du Régiment de la Chaudière et des cadets de l’Escadron 646.

Un autre moment marquant de la cérémonie fut sans conteste les minutes où le cornemuseur et la Musique ont marié leurs talents pour jouer le fameux « Amazing Grace ». Ce fut alors un moment de recueillement riche en émotions. Les yeux de nombreuses personnes présentes s’emplirent de larmes, probablement comme moi, en pensant aux disparus que nous avons connus et aimés.

Je m’en voudrais de passer sous silence la présence à cette cérémonie, de l’un de nos anciens combattants encore vivant à avoir connu et combattu auprès du sergent Robert Richards, monsieur Adrien Boivin, accompagné de son épouse. Il était visiblement heureux et honoré d’être témoin d’un tel événement.

La journée s’est terminée par un dîner formel comportant une table d’honneur impressionnante dont le maire de Ville La Tuque, Normand Beaudoin, ainsi que du Commandant du Régiment de la Chaudière, le lieutenant-colonel Claude Langlois et de son sergent-major régimentaire, l’adjudant-chef Bruno Gilbert. Pour cette occasion, plusieurs cadeaux furent partagés dont une peinture du sergent Richards recevant sa médaille des mains du Maréchal Montgomery. Celle-ci fut remise à la famille par les membres de la Légion. Une plaque souvenir fut également remise au Régiment de la Chaudière par les membres de la Légion et finalement, deux livres sur l’histoire du Régiment de la Chaudière furent remis, au nom du Régiment par son commandant, au maire ainsi qu’au président de la Filiale 31. En plus des discours traditionnels, un autre moment fort a marqué ce dîner, soit le témoignage de monsieur Raymond Bouchard qui avait bien connu le sergent Richards. « Le sergent Richards était un homme extrêmement humble, il me répétait souvent qu’il n’avait fait que son travail » nous a témoigné avec conviction ce vétéran.

Nous nous souviendrons de vous, sergent Robert Richards, vous méritiez amplement cet hommage et même plus.

Capitaine Michel Arsenault