Les promesses ratées de RER Hydro

Publié le 20 août 2014
Une hydrolienne présentée en novembre dernier par RER Hydro.
(Photo TC Media - Joanie Mailhot, Archives)

CHRONIQUE. (René Vézina – Les Affaires) C’était le premier avril 2014, il n’y a même pas cinq mois. Et avec ce qu’on nous a alors présenté, rien n’aurait pu laisser supposer que c’était une sorte d’involontaire poisson d’avril.

Ce jour-là, la division des Événements du journal Les Affaires présentait une grande conférence sur les enjeux énergétiques actuels qui confrontent le Québec. Des invités de marque, qui nous ont entre autres appris comment la Société des transports de Montréal (STM) se préparait à électrifier sa flotte d’autobus.

Juste avant, une présentation avait retenu l’attention. Imad Hamad, pdg de RER Hydro, était venu expliquer comment sa société allait mettre en service un réseau d’hydroliennes dans le fleuve, à partir d’une nouvelle usine prévue à Bécancour.

Le projet n’était pas banal. Comme partenaire, RER Hydro était allée chercher rien de moins que Boeing pour mettre au point ses turbines sous-marines. En résumé, une hydrolienne, c’est comme une éolienne, mais dont la turbine est actionnée par le courant d’un cours d’eau. Et les rapides du fleuve, en face de Montréal, sont l’endroit idéal.

Les ministères à vocation économique du PQ, alors au pouvoir, avaient senti là le potentiel d’un tel développement, d’autant plus qu’on voulait offrir à la grande région de Trois-Rivières une compensation pour la fermeture de la centrale nucléaire de Gentilly 2.

Pauline Marois est donc venue en novembre 2013, six mois avant l’élection d’avril 2014, annoncer le lancement du projet de RER Hydro, généreusement soutenu par les fonds publics : 85 millions $ sur une projection globale de 130 millions, avec la perspective de la création de 600 emplois, directement et indirectement. Et celle de voir le Québec devenir un chef de file dans le domaine

Mais encore fallait-il que RER Hydro réussisse à boucler le reste de son financement. Malgré le potentiel de la filière, apparemment, les financiers sont demeurés sceptiques. Oui, on peut produire de l’électricité à coût avantageux avec des hydroliennes, sans les désagréments des éoliennnes. On ne les voit pas et elles ne font pas de bruit. Mais encore faut-il un cours d’eau à grand débit rapide. Il n’y en a peut-être pas tant que ça…

Faute d’appuis, RER Hydro est donc tombée en défaut de paiement face à ses fournisseurs. Et la semaine dernière, dans le rouge de 25 millions de dollars, dont un demi-million dû à ses propres employés, la société a été forcée de demander la protection des tribunaux pour ne pas être acculée à la faillite par ses créanciers.

C’est tellement dommage.

L’idée était et demeure bonne. Un prototype est installé près du pont de la Concorde, en face de Montréal, et fonctionne bien. Les premières évaluations montrent qu’on serait en mesure de produire de l’électricité à coût moindre qu’avec les parcs d’éoliennes en préparation sans autre forme de nuisance. Quarante hydroliennes devaient venir s’ajouter à celle qui est déjà en service dans le fleuve pour une production combinée de neuf mégawatts. L’équivalent de ce qu’il faut pour alimenter un quartier de Montréal ou de Québec.

Mais tout est maintenant en suspens. On peut tout au moins en retirer quelques morales.

1) Méfiez-vous des promesses des politiciens à la veille des campagnes électorales. Ils sont alors prompts à sortir les phrases ronflantes, mais moins à se servir de leurs calculettes.

2) Ce n’est pas parce que c’est théoriquement bien que ça va marcher. Le cas du Bixi, à Montréal, nous le rappelle cruellement.

3) Et trois, la production d’électricité conventionnelle, à prix réduit à partir de technologies éprouvées, continue de dominer le monde malgré les discours environnementalistes. Il va falloir être patient avec que ça change.