Quand naviguer prend tout son sens

Par Francine Beaupre

François Thiffault et sa conjointe Susan Cummings ont fait mentir tous ceux qui disaient qu’ils ne pourraient pas se rendre de Grand-Mère à La Tuque avec L’Arianne Juliette, un magnifique bateau de 35 pieds pesant 7 tonnes. Un voyage bien différent que celui que François avait entrepris il y a 20 ans.

Il y a 20 ans, il y avait encore de la «pitoune» sur la Saint-Maurice et les aventuriers dont François faisait partie avaient dû rebrousser chemin à la hauteur de Lac-à-Beauce. «Ce n’était pas un voyage bien agréable. En tout cas, pas comme celui que nous venons de faire», laisse-t-il tomber tout sourire.

«Je voulais dire aux gens que ça se fait, mais pas n’importe comment. Il y a des rapides, il y a des bancs de sable. C’est une belle rivière et on est chanceux de pouvoir naviguer sur cet immense plan d’eau. Le voyage a été fantastique. Il y a des paysages magnifiques. On a même vu un aigle royal», s’exclame-t-il.

L’Arianne Juliette possède deux moteurs Sea Max de 280 HP sans «trim», c’est donc dire qu’il y a un gouvernail. «Avec ça on ne peut pas tricher. Partout sur la rivière, où ils me disent que j’ai un mètre, je l’ai», tenait-il à préciser. Il connait bien le balisage de la rivière puisqu’il a prêté main-forte aux installateurs. «Quelques balises s’étaient déplacées dans le rapide Croche, mais les gars surveillent ça souvent et tout est replacé. C’est une première année, il y a des ajustements à faire, mais déjà, ça promet».

François est propriétaire riverain et il a la chance d’avoir son bateau à l’eau, devant la maison. Il connait plusieurs propriétaires de bateau et il sait que souvent, il y a jusqu’à quatre heures d’attente pour se mettre à l’eau à cause de l’achalandage aux rampes de mise à l’eau. Lors de l’annonce du balisage de la rivière, on lui disait qu’il ne pourrait jamais faire le voyage avec son gros bateau. «Je l’ai pris comme un défi. Ça fait 22 ans que je reste sur le bord de la rivière. Je la navigue depuis 30 ans et je crois que c’est la plus belle chose qu’on pouvait faire de la baliser, estime le Grandmérois.

Par contre, il croit qu’affronter la rivière Saint-Maurice est un défi de navigation. «Il faut prendre cette rivière au sérieux. C’est du sport. Il faut être très attentif, il faut bien suivre les balises. Disons que la petite bière, tu la prends une fois au quai», précise-t-il. «Ça prend des jumelles et c’est nécessaire d’être deux pour bien voir où tu vas. Ma femme a autant travaillé que moi en montant. Elle me disait que ça faisait longtemps qu’elle n’avait pas fait un aussi beau voyage», raconte-t-il, ajoutant que sous peu, monter en bateau la rivière Saint-Maurice deviendra un défi sportif que plusieurs capitaines voudront entreprendre.

Un apport économique non négligeable

Lors de mon passage à la marina pour rencontrer le capitaine Thiffault, j’ai eu le loisir de rencontrer d’autres équipages sur des bateaux plus petits que l’Arianne Juliette. Le groupe a loué sept chambres et a pris les repas dans nos restaurants. Pour Yves Marchand et sa conjointe Jacinthe Veilleux, le voyage valait le coup. «Ça nous a pris environ 4h30. Ça fait 20 ans que j’ai ce bateau, ça fait 20 ans que je rêve de venir à La Tuque par la rivière et je l’ai fait cette année. Et ce n’est pas la dernière fois crois moi», raconte-t-il, ajoutant être d’accord avec François quant au sérieux qu’il faut mettre pour la naviguer. Danielle Samson et Claude Grenier abondaient dans le même sens. «En plus ça nous fait de vraies vacances. On couche à l’hôtel», déclarait Danielle en riant. «Les paysages sont beaux, c’est génial».

Sauvegarder la réputation de la rivière

«Il faut très bien connaitre la navigation pour entreprendre le voyage. Il faut aussi avoir beaucoup d’expérience», explique François qui s’est déjà rendu à New York en bateau. «On est environ 700 bateaux sur cette rivière. Au moins la moitié voudra venir à La Tuque. Dans les années qui viennent, il y en aura encore plus. Présentement, les 5 à 6 marinas de la rivière sont à pleines capacités», mentionne François.

«J’ai vraiment à cœur cette rivière. Les gens qui auront des problèmes sur la rivière, c’est parce qu’ils vont prendre ça à la légère. S’ils sont insouciants, ils auront du trouble. Je ne voudrais pas qu’on fasse une mauvaise réputation à ma rivière à cause de cela», lance-t-il le plus sérieusement du monde. Quant aux bancs de sable qui se déplacent, selon François, ce sont des histoires de grand-mères.

Le voyage de L’Arianne Juliette a duré deux jours. Le couple s’est arrêté en chemin sur le bord d’une plage pour la nuit. Pendant deux nuits et trois jours, le bateau a été amarré à la marina. Le couple a pu apprécier les restaurants locaux. Ils repartaient vers le Bas-Saint-Maurice ce mercredi en après-midi. «Avec la Saint-Maurice, on a la chance de voir quelque chose de bien différent. Quelque chose qu’il n’y a pas ailleurs», conclut François Thiffault.

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