La force de la Triade : le lien entre chercheurs et forestiers

Par Francine Beaupre
La force de la Triade : le lien entre chercheurs et forestiers
Cette photo a été prise aux abords du lac Clair

À l’approche de l’entrée en vigueur de la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier prévu pour 2013, nous avons voulu connaître l’évolution de l’Initiative Triade. Sous la gouverne de Ville La Tuque depuis 2010, le projet se vit déjà sur le terrain depuis 2008.

Le nouveau régime forestier fondé sur l’aménagement écosystémique avait, dès 2004 avec la Commission Coulombe, forcé l’industrie forestière à revoir drastiquement ses méthodes d’exploitation. «Triade est notre recette pour notre territoire. On avait le choix d’attendre qu’on nous ponde une recette et de l’appliquer bêtement ou de créer notre propre recette», mentionne Pierre Boudreau, directeur de la foresterie pour AbitibiBowater Forêt Mauricie. Il faut dire qu’à l’époque, AbitibiBowater gère, pour le compte du ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec (MRNF), une unité d’aménagement forestier d’environ 8000 km carrés. L’entreprise est prête à mettre la Triade en application.

Cette stratégie d’aménagement forestier consiste à découper le territoire en parcelles définies par des caractéristiques concernant l’âge des arbres, la présence d’écosystèmes à préserver, les territoires de chasse, la présence de routes et de chalets. Sur ces parcelles, on instaure un zonage basé sur les trois zones de la Triade: 12% où aucune exploitation n’est permise afin de conserver la biodiversité, 60% à 80% où on pratique l’aménagement écosystémique qui permet d’exploiter la forêt tout en respectant les besoins des autres utilisateurs de la forêt et 10% à 20% où on permet à l’industrie de compenser les pertes économiques en y faisant de l’exploitation intensive. «Tout le monde devait y trouver son compte, autant les usagers que les industriels», explique Pierre Boudreau.

L’application de cette nouvelle façon de faire n’a rencontré aucune résistance de la part des travailleurs puisque les méthodes d’opération développées l’ont été en collaboration avec ces derniers. «On n’était pas dans des années de vaches grasses. Renouveler un parc de machineries était hors de question. Nous avons fait avec ce que nous avions et cela nous a réussit», estime Nadyre Beaulieu, coordonnatrice de Triade jusqu’en 2010.

«Notre premier essai a été fait dans le secteur du lac Clair. Comme il y a beaucoup de résidents, on devait donc tenir compte de l’encadrement visuel. Nous leur avons présenté le projet et ils ont trouvé cela intéressant. Toutefois, ils attendaient de voir cela sur le terrain», se souvient M. Boudreau. «Des gens se sont rendus sur le chantier pour savoir quand les travaux commenceraient. Les gars leur ont dit que la coupe était finie», raconte fièrement le forestier. «J’ai coupé autant de bois, j’ai fait autant de chemin et économiquement, ce fut aussi intéressant sinon plus, à cause de la taille des arbres».

«La Triade, nous la vivons au quotidien. C’est un projet du milieu, géré par le milieu, qui correspond à notre milieu. Pour le moment, avec les connaissances et le territoire que nous avons, c’est la meilleure stratégie», affirme Mme Beaulieu.

À partir 2013, c’est le MRNF qui établira les stratégies d’aménagement. «On devra s’assurer que le lien si important entre le terrain et la recherche soit maintenu. C’est la force de la Triade», conclut Pierre Boudreau.

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