Gilles Latulippe au Festival de chasse : l’adieu au burlesque

Par philippe_arseneault

Gilles Latulippe et son complice Jacques Salvail sont debout sur la scène de la tente du Chasseur. « La dernière fois qu’on s’est vus », dit Salvail à Gilles Latulippe, « tu m’as dit que t’allais travailler dans une banque. Quelle banque c’était ? La Banque Nationale ? La Banque Royale ? » « Non », répond Latulippe, « la banque de sperme. »

La blague fait mouche : les centaines de Latuquois réunis sous le chapiteau rient de bon cœur. Sur la banque de sperme, Latulippe mitraille encore la foule de quelques bonnes saillies. Puis on passe à autre chose. Le burlesque, c’est une affaire de rythme.

Le dernier grand maître québécois du burlesque était en ville lundi soir pour présenter Le Diable à 4. Les « 4 », ce sont, outre Latulippe, le comédien-chanteur Jacques Salvail, l’humoriste Marielle Léveillée et le magicien Giacomo. Le Diable à 4, c’est une succession de duos comiques, de monologues, de sketchs et de numéros de magie. Jacques Salvail met le public dans sa petite poche avec un pot-pourri de chansons de Pierre Lalonde. Plus tard, le Latuquois Yvan Ross, qui travaille avec Monsieur Latulippe depuis plus de deux ans, fait une apparition remarquée dans un des sketchs.

La foule, étonnamment hétérogène, rit à chaque punch. Et un punch n’attend pas l’autre. « Mon mari, y était allé à une réunion d’éjaculateurs précoces. La réunion commençait à 7 heures. À 7 heures 10, c’était fini. » Sexe, mariage, adultère, homosexualité, obésité (« Cette femme-là, ils y font des traitements d’acupuncture avec des aiguilles à tricoter »): le burlesque, bien avant Mike Ward et Maxime Martin, n’hésitait pas à aller gratter là où c’est sensible.

La mort du burlesque

« La différence, explique Gilles Latulippe, c’est qu’il y a plus de subtilité dans le burlesque. On fait passer les choses subtilement plutôt que de les exposer. » Il donne en exemple ses années passées à la barre des Démons du midi avec Suzanne Lapointe, une émission présentée en plein milieu de la journée. « Je passais mon temps à parler de cul! Mais c’était fait d’une façon qui ne choquait pas. »

En entrevue, Gilles Latulippe ne cache pas son pessimisme face à l’avenir du burlesque. Les humoristes québécois boudent le genre. Pourtant, la table est mise pour quiconque voudrait exploiter le filon. Il y a un public. Il y a, surtout, un répertoire. « Le répertoire est si vaste. Le jour où les jeunes comédiens vont se mettre à fouiller dans ce répertoire-là », explique Gilles Latulippe, « ils vont y découvrir des choses formidables. » C’est que le burlesque québécois a ses classiques, des sketchs qui tournent depuis parfois un demi-siècle et qui font toujours autant rire les foules. En laissant inexploitée cette mine de textes comiques, les jeunes comédiens « se privent de beaucoup », estime Monsieur Latulippe.

Quand on lui demande de définir le burlesque, il répond de façon indirecte. « Vous avez vu ce qu’on avait ce soir comme accessoires ? Trois chaises. C’est tout. »

Trois chaises, mais aussi des blagues qui ont fait leurs preuves pendant des décennies sur les planches des plus célèbres cabarets du Québec. Tiens, une dernière pour terminer, entendue pendant le spectacle de lundi soir.

« Quand t’as cent ans, tes jours sont comptés. T’achètes même pas des bananes vertes. »

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