Frères de sang en Afghanistan

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Par Patrick Vaillancourt
Frères de sang en Afghanistan
Marc et Hugo Bolduc sont plus que des frères d'armes. Il ne se passe pas une journée sans que l'un ait de l'inquiétude pour l'autre. (Photo collaboration spéciale)

Douze Latuquois sont présentement en mission pour l’armée canadienne en Afghanistan. De ce nombre, nous retrouvons deux frères, Marc et Hugo Bolduc, qui défendent leur vie afin de combattre le terrorisme. D’un autre côté, cela fait près de 12 mois que la famille Bolduc vit dans l’insécurité. L’Écho a réalisé une entrevue avec les deux frères en Afghanistan, et avec leur père Claude à La Tuque.

Claude Bolduc a quatre fils, dont trois dans l’armée. C’est depuis le mois de décembre 2006 que cette famille vit dans l’incertitude puisqu’Alexandre Bolduc était en Afghanistan. Ce dernier est revenu au Canada à la fin de juillet dernier, tandis que ses deux frères, Marc et Hugo, sont partis pour l’Afghanistan le même jour. «Ça fait presque 12 mois en ligne que nous vivons dans l’inquiétude, ça commence à être long, avoue le père. Nous vivons toujours dans la crainte de ce qui peut arriver parce que les gars vont au front, ce n’est pas juste une mission pour garder la paix. J’ai parfois de la difficulté à dormir, dépendant des nouvelles à la télévision. Mais il existe une fierté en même temps. Nos garçons se réalisent dans ce qu’ils aiment et c’est important de supporter nos troupes. Qu’on soit pour ou contre la mission, ça ne fait pas de différence, mais on se doit d’appuyer nos troupes canadiennes.»

Hugo Bolduc

Le Caporal-chef Hugo Bolduc est dans l’armée canadienne depuis 7 ans, 8 ans en janvier prochain. Il est en Afghanistan depuis la fin du mois de juillet dernier. Il fait partie du 5e Régiment du génie de combat. Il a bien voulu parler de son travail, sans dévoiler tous les détails pour ne pas compromettre sa mission puisque les communications satellites sont sur écoute. «Je suis ingénieur de combat, mixé avec un peloton d’infanterie, explique-t-il. Mon travail est de repérer les dispositifs d’explosion et de les examiner. Je suis l’adjoint de ma section. Le but premier de notre présence est de gagner du terrain contre les talibans, et de le conserver.»

L’homme de 28 ans raconte comment c’est difficile jour après jour. «Personne ne peut comprendre ce que nous vivons ici. C’est hyper stressant et nous ne sommes pas en sécurité à nulle part. En plus, notre travail à Marc et moi est très exigeant. Nous sommes très sollicités comme ingénieurs. La chaleur : elle est insupportable et elle est partout. 24 heures sur 24, il faut se battre contre les talibans, mais aussi contre la chaleur. La différence est que pour nous battre contre les talibans, nous sommes armés tandis que contre les 60 degrés Celsius, nous ne pouvons rien faire. Ici, le repos n’existe pas.»

Les deux frères Bolduc étaient ensemble lors des trois premiers mois, d’août à octobre. Ils sont présentement à la même position, dans une base d’opérations montée dans un camp de fortune, mais dans deux troupes différentes. «Je me trouve privilégié d’avoir moi frère ici. C’est réconfortant d’avoir de la famille proche. On parle à des chums, mais tu n’es jamais aussi proche qu’un frère, souligne le Caporal-chef Hugo Bolduc. Mais d’un autre côté, inquiétude est en double parce qu’on pense aussi à lui. Je suis inquiet et pour moi, et pour lui.»

Comment les gars au combat s’occupent-ils pour ne pas penser au stress de la mission? «Les loisirs sont plutôt rares. Certains jouent aux cartes, alors que de mon côté, j’écoute de la musique avec mon portable. Je suis un grand amateur de musique. Ce qui est dommage, c’est de ne pas avoir ma guitare avec moi. J’écris aussi beaucoup à ma blonde et à la famille.»

Y-a-t-il des privilèges? «Pendant deux jours sur deux mois environ, nous rentrons au camp principal à Kandahar. Là nous pouvons nous reposer. On se fait un bon barbecue, on appelle notre blonde et notre famille, on prend une vraie douche, et si on est chanceux, on reçoit deux bières. Un steak, une patate, deux bières et on est en business. C’est comme à Noël. Et fatigués comme nous sommes, les deux bières font la job», termine-t-il sur une note d’humour.

Marc Bolduc

De son côté, le caporal-chef Marc Bolduc âgé de 29 ans est aussi l’adjoint de sa section et ingénieur. Cela fera 9 ans qu’il s’est joint aux Forces armées canadiennes en janvier, un an jour pour jour avant son frère Hugo. «Mon travail se concentre toutefois à ouvrir des routes et à construire des postes de contrôle, entre autres. Un peu comme mon frère disait, c’est vraiment difficile ici. On fait des journées d’au moins 10 heures et le soir, on relaxe pour être prêt pour le lendemain.»

Comment Marc réussit-il à s’évader pendant quelques moments? «J’écoute des films. J’ai mon portable et comme le piratage de films est très fort en Afghanistan, il n’y a personne au Canada qui me bat pour être à jour dans les films. J’en ai même vu qui ne sont pas sorti en salle», explique-t-il en riant.

Et son frère, est-ce un privilège de l’avoir tout près? «C’est plaisant oui et non, avoue-t-il. Nous avons deux emplois différents, dans deux camps différents, alors on se demande toujours qu’est-ce que fait l’autre et où il est rendu. Il y a une certaine inquiétude. Mais c’est certain que c’est bon de parler de choses familiales ensemble et de nos sentiments. On a des chums ici, mais ce n’est pas pareil avec un frère.»

Et comment est l’ambiance des troupes en Afghanistan? «On est une gang de crinqué, lance-t-il. Avant de venir ici, on était comme des pompiers sans feu, alors que maintenant, nous vivons notre premier gros feu. On travaille pour ça dans le fond.»

Les deux Latuquois désirent saluer toutes leurs connaissances, leur famille, leur conjointe et ils espèrent que la population est derrière eux pour les appuyer.

Les Latuquois au front

Selon les sources du caporal Manuel Lachance-Beaumier, nous retrouvons présentement 12 Latuquois déployés en Afghanistan.

Il s’agit de Maj. Guy Foucault, Capt. Chantal Bérubé, Capt. Sylvain Falle, Cplc. Marc Bolduc, Cpl. Hugo Bolduc, Cpl. Manuel Lachance-Beaumier, Cpl. Philippe Arvisais, Bdr. Rémi Lambert, Sdt. Ken Ménard, Sdt. Philippe Gignac, et Sdt. Frédéric Hervieux-Paquin.

Il est possible de livrer des messages d’encouragements aux militaires en mission par le site Web des Forces armées canadiennes à l’adresse www.forces.gc.ca, dans la section «Écrivez aux militaires».

Jour du Souvenir

C’est le dimanche 11 novembre qu’auront lieu les célébrations du jour du Souvenir. La parade est prévue à 14 h 30, à partir du centre socio-culturel. Puis à 15 h, devant le nouvel Hôtel de Ville, là où est encore situé le cénotaphe en l’honneur des combattants tombés au combat lors de la 2e guerre mondiale, une commémoration sera faite pour les anciens combattants.

«Depuis le 75e anniversaire de la légion en 2006, une nouvelle tradition s’est encrée dans la communauté militaire latuquoise; soit celle de réunir vétéran, ex-militaire et militaire actif pour célébrer cette journée, soutient le caporal Manuel Lachance-Beaumier. Une brillante initiative qui a permis de découvrir qu’un nombre impressionnant de Latuquois font partie ou ont fait partie des Forces canadiennes. De ce nombre, plusieurs ont servi dans des missions de paix au travers le monde et plus récemment en Afghanistan.» «Le 11 novembre, ces militaires de partout au pays longeront la rivière St-Maurice pour venir célébrer cette journée dans leur ville natale avec vous. Une occasion particulière pour eux de revoir parents, amis et pour fraterniser avec leurs frères d’armes. Une véritable démonstration de cohésion et d’amitié entre membres d’une même communauté. Une proximité que seule une petite ville comme la nôtre peut comprendre», ajoute le caporal.

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