5 ans de prison pour Desroches

Photo de Patrick Vaillancourt
Par Patrick Vaillancourt
5 ans de prison pour Desroches
Près de 25 000 comprimés saisis chez Stéphane Desroches.

Le juge Richard Poudrier a rendu son verdict concernant le dossier de Stéphane Desroches mardi au palais de justice de La Tuque, et il s’est rallié aux arguments évoqués par le procureur de la Couronne Matthieu Poliquin qui suggérait une peine d’emprisonnement de 5 ans, soit 60 mois. Avec la détention préventive de 19 mois et 13 jours considérés comme du temps simple par le tribunal, Desroches devra demeurer derrière les barreaux pour 40 mois et 17 jours en date du mardi 27 novembre.

En relatant tous les faits du dossier de Stéphane Desroches qui a été arrêté le 14 avril 2011 dans le cadre de l’opération Déluge avec 24 759 comprimés de méthamphétamine et plus de 3 kg de cannabis, le juge Poudrier a évoqué son pouvoir d’attribuer une peine d’emprisonnement maximale de la prison à vie pour les deux chefs : possession de méthamphétamine dans le but d’en faire le trafic et le même chef pour le cannabis (pour plus de 3 kg).

Le juge Richard Poudrier a réalisé la nomenclature des facteurs aggravants et atténuants retenus par le tribunal. « Desroches était le trafiquant le plus important des 43 qui ont été arrêtés. Sur les 25 314 comprimés de méthamphétamine saisis au total le 14 avril 2011, Desroches avait en sa possession 24 759 comprimés, soit 97,8% du total. Cela n’est pas négligeable, et ça confirme ce que les policiers soupçonnaient, qu’il était le plus important fournisseur. 5291 g de cannabis ont été perquisitionnés au total, et Desroches avait 3099,92 g, soit 58,57% de tout le cannabis saisi. Il avait 166 121$ sur un total de 183 975$, ce qui donne un chiffre impressionnant de 90,29% de tout l’argent saisi relié au trafic de drogue. Encore une fois, ce n’est pas négligeable. »

Les faits aussi de mener une double vie avec un emploi le jour et le trafic le soir; de cacher de la drogue à deux endroits, dont le logement du haut où il habitait; d’avoir habité avec Michel Gobeil où une perquisition a été faite auparavant; de s’être livré au trafic pendant 2 ans; et d’avoir une quantité avec un potentiel à la rue de près de 470 000$ ont été soulignés par le juge.

« L’accusé vendait à des revendeurs, mais il vendait lui-même au détail, il n’était pas seulement un grossiste, mais un grossiste détaillant », a commenté le juge Poudrier.

Un autre facteur aggravant est que Desroches n’était pas un consommateur et qu’il avait pour but seulement l’appât du gain. « Le tribunal ne retient pas l’argument de la défense que Desroches n’avait pas profité des gains comme il n’avait pas de bien, poursuit le juge. Selon la preuve et le rapport présentenciel, l’accusé avait adopté une telle retenue pour passer sous la surveillance des policiers, surtout dans une communauté comme La Tuque, où il aurait éveillé rapidement des soupçons. »

La nature de la drogue (méthamphétamine), que Desroches avait déjà été mis dans la mire de la DPJ concernant les enfants de sa conjointe Sylvie Birothé, et la réalité locale de La Tuque et sa population de moins de 12 000 personnes ont aussi été retenus comme facteurs aggravants par le juge.

Quant au lien avec le crime organisé, le tribunal a évoqué ce point comme étant un facteur neutre.

Trois facteurs atténuants ont été cités par M. Poudrier : Desroches n’a aucun antécédent criminel, il a plaidé coupable même si le juge a émis un bémol puisqu’il a reconnu sa culpabilité tardivement, et sa responsabilisation et sa prise de conscience. « Bien qu’il ne reconnaissait pas tous les touts lors de son arrestation, il comprend aujourd’hui. Il était sincère lors de sa déclaration, il pleurait, et je rends ma décision aujourd’hui (mardi) et il est encore très ému », ajoute le juge.

Lors du dévoilement de la peine, Richard Poudrier a souligné la particularité du dossier. « C’est d’une ampleur phénoménale la quantité pour du trafic dans une petite localité. Il s’agit d’un dossier qui ne peut être comparé. La société doit dénoncer et ne peut tolérer du trafic de drogue dure. Cela doit être dénoncé et les contrevenants doivent comprendre. La sentence a un grand élément de dissuasion pour passer le message à quiconque que ce n’est pas toléré. Le tribunal doit sévèrement punir. Me Poliquin avait déjà pris en compte les facteurs atténuants, c’est pourquoi je suis d’accord avec sa suggestion de 60 mois d’emprisonnement. »

Commentaires des avocats

Le procureur de la Couronne Matthieu Poliquin était bien sûr heureux que le juge ait retenu les éléments qu’il avait proposés. « On est satisfait de la sentence, surtout en raison de la particularité du dossier, le juge a évalué les quantités et le fait que ce soit à La Tuque. Surtout que Desroches n’avait pas d’antécédent, il s’agit d’une peine importante. »

De son côté, Me Denis Otis n’a pas caché une certaine déception. « J’ai posé deux questions à mon client après le verdict. S’il était surpris et s’il était déçu? Les réactions qu’il a eues sont à peu près les mêmes que j’ai eues. Je ne suis pas surpris de la décision du juge compte tenu de toutes les circonstances. Si je suis déçu? Oui, mais je ne pense pas que la décision soit déraisonnable. On aurait souhaité que le juge prenne plus en compte les facteurs atténuants, comme l’absence d’antécédent judiciaire et les regrets sincères qu’il a exprimés. »

Questionné sur l’éventualité de porter le dossier en cour d’appel, Me Otis a souligné qu’il en avait discuté avec son client, et que tous les deux prendraient le temps d’analyser. « Il semble que tous les éléments ont été pris en compte pour la durée de la sentence, mais il y aura une évaluation après de plus longues discussions avec mon client. »

Partager cet article
S'inscrire
Me notifier des
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires