L'organisation américaine International Rescue Committee. ASSOCIATED PRESSs/Rahmat Gul
PUL-E-ALAM, Afghanistan - Les insurgés talibans en Afghanistan ont ouvert le feu sur deux véhicules transportant des travailleurs humanitaires, tuant trois femmes, deux Canadiennes, dont une Montréalaise avec la double nationalité britannique, et une Américano-Trinidadienne, ainsi que leur chauffeur afghan. Les trois femmes travaillaient pour l'International Rescue Committee (IRC), dont le siège se trouve à New York.
La victime montréalaise est Jacqueline Kirk, âgée de 40 ans. Enseignante de formation britannique, Mme Kirk était une experte mondialement reconnue dans le domaine de l'éducation, particulèrement des femmes et des filles, en zone de guerre.
La seconde victime canadienne est Shirley Case, âgée de 30 ans, de Williams Lake, en Colombie-Britannique. Elle gérait en Afghanistan des programmes d'éducation pour enfants handicapés.
Les cinq assaillants ont aussi tué Nicole Dial, âgée de 32 ans, une Américaine d'origine trinidadienne qui coordonnait les programmes destinés aux enfants, ainsi que le chauffeur Mohammad Aimal, âgé de 25 ans, qui travaillait pour l'IRC depuis cinq ans. Le chauffeur de l'autre véhicule, un Afghan de 30 ans, a été blessé et hospitalisé.
L'embuscade est survenue alors que le groupe se rendait de la province de Paktia vers Kaboul. L'assaut a délibérément visé les deux véhicules, pourtant clairement identifiés comme étant rattachés à l'organisation humanitaire.
Un porte-parole de l'International Rescue Committee, Michael Kocher, s'est dit scandalisé par cette attaque "lâche" et "brutale". C'était "un meurtre injustifié contre des travailleurs humanitaires venus aider le peuple afghan", a-t-il déclaré en entrevue téléphonique à La Presse Canadienne.
L'IRC a suspendu ses programmes d'aide en Afghanistan pour une durée indéterminée.
Selon Abdullah Khan, un responsable afghan de la lutte au terrorisme qui citait un employé afghan voyageant à bord du second véhicule, le véhicule utilitaire dans lequel se trouvaient les victimes a essuyé des dizaines de tirs. Les talibans ont revendiqué l'attaque, soutenant avoir ciblé deux véhicules des "forces d'invasion étrangères". Un porte-parole a qualifié les trois femmes d'espionnes.
Un médecin de l'hôpital de Pul-e-Alam, le docteur Mir Mahub Shah, a affirmé que les corps des quatre victimes montraient de multiples blessures par balles.
En visite à Terre-Neuve-et-Labrador, mercredi, le premier ministre Stephen Harper a transmis ses condoléances aux familles des victimes. Cette attaque démontre toute la brutalité dont peuvent faire preuve les talibans et les dangers auxquels tous font face là-bas, pas seulement les militaires mais tous ceux qui tentent d'aider à reconstruire ce pays, a-t-il déploré.
La gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, s'est dite atterrée par la nouvelle de la mort des deux travailleuses humanitaires canadiennes, qui oeuvraient dans le but de maintenir "l'espoir d'un avenir meilleur en Afghanistan".
Mme Kirk était arrivée récemment en Afghanistan pour y fournir une assistance technique. Selon son époux, Andrew Kirk, elle s'était déjà rendue à plusieurs reprises en Afghanistan. Elle connaissait les dangers de son travail, qui l'a déjà amenée en divers endroits chauds du globe, mais faisait toujours preuve de prudence et ne prenait pas de risques inutiles. Elle était extrêmement motivée, a-t-il dit en entrevue à La Presse Canadienne à Montréal
Il lui restait une autre semaine de travail à faire à Kaboul, puis elle devait se rendre en Jordanie et en Syrie pour s'occuper de réfugiés, avant de se diriger vers la Thaïlande, pour une mission similaire. Elle avait déjà oeuvré avec diverses autres organisations internationales comme l'UNESCO, l'UNICEF et CARE dans des pays incluant Haïti, le Liban, le Rwanda, l'Angola, et l'Ethiopie.
L'attaque de mercredi porte à au moins 23 le nombre de travailleurs humanitaires tués en Afghanistan depuis le début de 2008, comparativement à 15 pour toute l'année 2007. Ce genre d'attaque s'est multiplié cette année.
La montée de violence n'épargne pas les militaires canadiens. Alors que les dépouilles de deux soldats canadiens étaient rapatriées mercredi, cinq autres militaires étaient légèrement blessés dans l'explosion d'une bombe artisanale en bordure de route dans le secteur de Zhari.
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