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L'Écho de La Tuque
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Les médailles olympiques, une obsession...

Presse Canadienne Article mis en ligne le 13 août 2008 à 23:00
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MONTREAL - Après six jours de compétitions, jeudi, le Canada n'avait toujours pas récolté une seule médaille aux Jeux olympiques de Pékin, sujet qui ne cesse d'alimenter les discussions dans les milieux sportifs.
On avait observé le même phénomène dans la première semaine des Jeux d'été à Athènes, il y a quatre ans, quand le Canada avait, là aussi, été lent à accéder au podium avant de finir la quinzaine avec 12 médailles - trois d'or, six d'argent et trois de bronze.
Cette obsession des médailles est-elle saine ou malsaine?
"Je dirais plutôt que c'est 'classique', entre guillemets, et 'normal', même si je n'aime pas utiliser les termes 'normal' ou 'anormal'", déclare Suzanne Laberge, professeur au département de kinésiologie de l'Université de Montréal qui est spécialisée en sociologie du sport.
Selon elle, les JO ont une valeur hautement symbolique, notamment en ce qui concerne la fierté nationale d'un peuple.
"C'est une vitrine pour un pays, dit Mme Laberge. Les Jeux sont la plus grande manifestation sportive qui soit, ils regroupent plus de pays que l'ONU. De plus, c'est l'endroit idéal où les pays peuvent s'affronter, puisque ça se veut neutre et apolitique, ce n'est que de la performance sportive, qui se veut vertueuse.
"C'est l'endroit où les pays se précipitent pour se donner de la visibilité, pour montrer qu'ils sont parmi les meilleurs au monde, qu'ils sont bons. Tout le monde est là, aux Jeux, et tout le monde peut comprendre qui a fini premier, il n'y a pas de barrière de la langue.
"Au Canada, on se targue de faire partie du G8. Les gens se disent que si on est le meilleur pays au monde, ou du moins parmi eux, on devrait aussi avoir les meilleurs athlètes. Mais c'est un lien qui est faux, même si les gens associent les deux spontanément."
Mme Laberge ajoute qu'au Bélarus, par exemple, si le pays ne remporte qu'une médaille, on n'en fait pas un plat. Elle souligne que les attentes ne sont pas les mêmes dans ce pays parce qu'il ne se considère pas, contrairement au Canada, parmi les chefs de file de la communauté internationale.
Par ailleurs, la présence de plus en plus importante des médias aux JO, depuis les Jeux de Rome en 1960, a joué un rôle dans le phénomène que Mme Laberge appelle "le marketing du nationalisme" par différents pays. A l'époque de la guerre froide, par exemple, l'ancienne URSS s'était servie des Jeux olympiques pour montrer qu'elle était l'égale d'une autre superpuissance, les Etats-Unis.
"Pour la Chine, la quête d'un grand nombre de médailles est stratégique. Elle cherche à se montrer comme un acteur de haut niveau dans le monde."
Mme Laberge se demande toutefois si la population canadienne est réellement obsédée par les médailles, ou si ce n'est pas un débat qui est plutôt entretenu par les médias.
"Les gens regardent les Jeux, ils sont contents et fiers quand on gagne, et ils sont déçus quand on ne gagne pas. Maintenant, sont-ils assez tristes pour demander qu'on passe à l'action?"
Doit-on augmenter le financement du sport d'élite dans l'espoir que cela ait des retombées sur le sport de masse, et donc sur la santé publique? A ce sujet, Mme Laberge n'est pas certaine que la récolte de médailles aux Jeux ait un impact direct sur le sport de masse.
"Le débat du sport d'élite versus le sport de masse en est un qui se poursuit depuis des décennies. Tout le monde s'accorde pour dire qu'il faut faire de la prévention dans le domaine des soins de santé et que faire de l'activité physique contribue à la prévention. Mais l'effet d'entraînement qu'aurait le sport d'élite sur le sport de masse n'a pas encore été démontré hors de tout doute, selon moi.
"Il y a eu 'l'effet Nadia' sur la gymnastique", ajoute Mme Laberge en parlant de la performance de Nadia Comaneci aux JO de Montréal en 1976.
"Mais dans la plupart des sports, (le taux de participation) monte pendant un certain temps, puis ça retombe. Chose certaine, le lien entre les médailles et la santé publique est plus ténu que le lien entre les médailles et le prestige national."
©Tous droits réservés, nouvelles de la Presse Canadienne

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