Pékin: des Jeux propres, propres, propres...
Nous sommes à mi-chemin des Jeux olympiques de Pékin. Mes parents et amis au Québec me demandent souvent de leur parler de l'ambiance dans la capitale chinoise en ce moment.
D’ordinaire, Pékin est une ville plutôt propre, rangée et agréable. L’air de la capitale chinoise est très pollué, mais on s’y fait. Malgré leurs promesses, les autorités chinoises ne sont pas parvenues à améliorer la qualité de l’air pour les Jeux.
Sans doute frustré par cet échec, et obsédé par l’idée de faire bonne impression auprès du public et des journalistes étrangers, le gouvernement chinois a décidé de stériliser Pékin en lavant la capitale de toutes ses « impuretés ». Les milliers de maisons closes de la ville (déguisées en salons de massage) ont été fermées le temps des Jeux, et les prostituées qui y travaillaient ont été renvoyées dans leurs villes ou campagnes natales. Même chose pour les travailleurs migrants, ces paysans pauvres qui ont quitté la campagne pour chercher du travail dans les grandes villes, où ils ne jouissent d’aucune protection sociale et vivent dans une extrême précarité. À Pékin seulement, certains experts évaluent à 5 millions le nombre de ces travailleurs migrants, sur une population totale de 17 millions d’habitants. En ce moment, avec les Jeux olympiques, impossible de trouver la moindre trace de ces 5 millions d’ouvriers maigrichons, aux mains calleuses et aux vêtements troués, qui font pourtant partie du paysage en temps normal. On leur a demandé de rentrer chez eux le temps de Jeux. Ils ne correspondent pas à l’image qu’on veut donner de la ville.
Prostituées et travailleurs migrants, ces grands oubliés du miracle économique chinois, ont été remplacés par des hordes de policiers et de militaires. Les représentants de l’ordre sont partout. Impossible de faire 50 mètres sans croiser un homme en uniforme. Pas étonnant qu'on n'ait encore assisté à aucune manifestation de nature politique ou sociale. Le bras armé de l'État chinois et de ses «dirigeants éclairés» est partout.
D’autre part, un nombre important d’Occidentaux travaillant à Pékin ont été incapables d’obtenir un renouvellement de leurs visas de travail pour la période des Jeux. Simple excès de zèle administratif de la part des autorités, ou véritable volonté de contrôler -voire limiter- le nombre d'Occidentaux à Pékin pendant la grande kermesse sportive? Difficile à dire, mais en tout cas, à part une légère recrudescence du nombre de touristes sur les sites historiques et dans le quartier des bars, et sauf bien sûr pour les sites de compétitions olympiques où il y a toujours foule, il est étonnant de constater à quel point la capitale chinoise est calme, et les rues moins achalandées que d’habitude.
Pour célébrer son succès olympique, le régime chinois s’est offert la capitale totalitaire idéale : aseptisée, vertueuse et domptée.
Philippe Arseneault, Latuquois demeurant à Pékin