Elvis Gratton l’a bien dit…
Le grand militant de l’unilinguisme français au Québec, Gilles Rhéaume, promet de se battre jusqu’au bout en faveur des affiches commerciales bilingues dans le Canton de Russell.
Il se dit prêt à aller devant la Commission des droits de la personne, se battre contre Postes Canada, et même traîner ses adversaires en cour pour avoir gain de cause.
Rhéaume est le porte-parole d’un groupe très militant qui s’appelle la Ligue contre la francophobie canadienne.
Le mois dernier, le conseil du Canton de Russell, un village normalement très paisible, situé une trentaine de kilomètres à l’est d’Ottawa, a adopté un règlement déclarant que toutes nouvelles affiches commerciales seront dans les deux langues officielles du Canada.
La décision controversée a déclenché une guerre aux pancartes dans le petit canton où environ les deux tiers des habitants sont bilingues et ont toujours vécu en paix, côtes à côtes.
Maintenant, une bataille digne d’un scénario de Pierre Falardeau ravage le village, divise les voisins. Ils s’appellent «nazis» et «fascistes». Les allusions à Adolf Hitler abondent. Pauvre Joseph Staline. Personne ne parle de lui. Où sont nos méchants communistes d’autrefois?
Un petit groupe d’anglophones du village de Russell dont plusieurs parlent un français acceptable, tiennent mordicus à empêcher le bilinguisme obligatoire sur les nouvelles affiches.
Ceux qui s’opposent à l’affichage obligatoire sont bien conscients que le français n’a pas la place qu’il mérite au plan numérique sur les affiches commerciales du canton, mais ils s’en sacrent.
Ils ne lèveront pas un petit doigt pour que le canton se donne un caractère plus bilingue, pas au dépend de l’unilinguisme anglais.
Pour les francophones qui sont en majorité dans le canton, c’est une question de respect. Ils jugent que si le canton est bilingue, l’affichage devrait refléter cette réalité.
C’est là qu’arrive dans le portrait le redoutable défenseur des droits des anglophones québécois, Howard Galganov, qui est parti en croisade contre la nature obligatoire du règlement.
Galganov habite aujourd’hui le petit village de Williamstown, en Ontario, quoiqu’en dehors du canton, mais assez proche pour l’intéresser à livrer un combat sans merci contre son vieil adversaire Rhéaume.
Galganov a ouvert la campagne en payant Postes Canada pour distribuer 5200 dépliants écœurants intitulés Boycott French-owned Stores. Ça rappelle les boycotts de l’Ordre de Jacques Cartier contre les magasins juifs d’Ottawa dans les années trente. Il y a des lois maintenant contre cette sorte de racisme ou discrimination.
C’est là que rentre la police. Rhéaume est allé porter plainte contre Galganov au criminel pour littérature haineuse au détachement de la Police provinciale de l’Ontario (PPO) à Embrun, qui a entrepris une enquête.
Le Code criminel prévoit une peine maximale de deux ans pour quiconque est reconnu coupable d’incitation à la haine.
Rhéaume s’est également plaint auprès de la Commission des droits de la personne de l’Ontario. S’il est trouvé coupable, Galganov serait obligé de faire ses excuses et, possiblement, payer une amende.
Ironiquement, Rhéaume a également porté plainte contre la Commission des droits de la personne de l’Ontario pour avoir été servi uniquement en anglais lors du dépôt de sa plainte contre Galganov. Dans ce cas, c’est le Commissariat des services en français de l’Ontario qui tranche la cause.
Ce n’est pas la première fois que les deux hommes s’affrontent. Alors que Howard Galganov menait une bataille contre la Loi 101, dans les années 90, au Québec, Gilles Rhéaume lui avait fait face en dénonçant des publicités contre la loi diffusée sur une chaîne de télévision de la Nouvelle-Angleterre, aux États-Unis.
Le Canada entier parle de Galganov et de Russell.
Comme dirait Elvis Gratton : «Il nous a mis sur la mappe!»
Benjamin Le Bel
Commentaire mis en ligne le 21 juillet 2008Sincères félicitations à M. Gilles Rhéaume pour ce combat au nom de la dignité. Félix Leclerc a dit : devant la servilité la reconnaissance se change en mépris. Voilà!