Un prix Florence pour la Latuquoise Françoise Filion

Michel -Scarpino mscarpino@icimedias.ca

Un prix Florence pour la Latuquoise Françoise Filion
Françoise Filion. (Photo : Courtoisie)

DISTINCTION. La Latuquoise Françoise Filion a récemment remporté le prix Florence de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, dans la catégorie de la promotion de la santé, au cours d’un récent gala. Rencontre avec cette Latuquoise au grand coeur.

Le prix  reconnaît leur « contribution exceptionnelle à l’amélioration des soins et à l’avancement de la profession, sans oublier leur pratique exemplaire et leur leadership, compétences sans lesquelles rien n’aurait été possible ».

L’Écho a rencontré la Latuquoise, qui a fait plus qu’une carrière, mais une véritable vocation de son engagement de venir en aide aux plus vulnérables en tant qu’infirmière et enseignante.

Infirmière clinicienne de formation, Mme Filion possède également une maîtrise en santé communautaire.

Elle a travaillé en santé publique pendant 8 ans, dans les hôpitaux, mais le domaine de la santé communautaire l’intéressait nettement plus.

Cette mère de trois enfants veut changer les choses, venir en aide aux personnes vulnérables, aux sans voix, dans le système de santé. Sa feuille de route est impressionnante.

En 1996, elle fait une année au doctorat, au cours de laquelle elle s’intéresse à la question de la douleur chez les bébés prématurés. « C’était un élément très peu regardé dans ce temps-là », évoque-t-elle.

Depuis 2010, la Latuquoise enseigne la santé communautaire à l’École des sciences infirmières Ingram de l’Université McGill . « La population sous-représentée dans notre système de santé m’a toujours beaucoup attirée, parce que je me disais: ils ont tellement besoin (…) quand on devient infirmière, c’est ça qu’on veut faire, prendre soin de la population. Mais les populations qui ont un peu plus de difficultés sont plus privilégiées pour nous. Pour moi, ça l’était ».

Un élément qui explique parfaitement la mise sur pied d’une clinique d’infirmerie à l’accueil Bonneau sous l’égide de Françoise Filion.

Les sous-représentés ou exclus

Les élèves à qui elle enseigne doivent mettre sur pied des projets au bénéfice d’organismes communautaires qui desservent des populations sous-représentées ou exclues.

En 2012, des étudiants qui travaillaient en collaboration avec le Mile-End Community Mission avaient constaté que les gens avaient besoin d’une clinique sur place.

« Ces populations-là ne vont pas dans le système de santé, parce qu’ils se sentent exclus, parce qu’ils  n’ont pas les papiers qu’il faut, leur carte d’assurance maladie (…) ils sont dans leur milieu, en sécurité, ils sont plus ouverts à être vus ».

En janvier 2017, Françoise Filion demande à l’Accueil Bonneau d’en implanter une dans ses installations. Les gens qui y sont logés ont tous un passé d’itinérance.

« Des fois, des gens avaient des plaies et ils ne faisaient rien. Ils sont durs sur leur corps. Ils n’allaient nulle part pour se faire soigner », identifie l’infirmière. En septembre de cette même année, la clinique commençait ses opérations. Elle croit aussi que la population autochtone doit obtenir un système de santé lié à ses besoins : deux cliniques pour autochtones existent à Montréal. Une infirmière clinicienne autochtone y travaille aussi.

Voyant le bien que cette clinique faisait dans cette communauté, un grand donateur a donné de l’argent pour permettre d’en ouvrir cinq autres, calqués sur ce modèle, dans des organismes communautaires auprès de gens  marginalisés ou vulnérables. Au moins une centaine d’étudiants en santé communautaire y font des stages chaque année. « Ils apprennent à travailler avec une population qu’ils ne voient pas dans les hôpitaux », fait valoir l’enseignante.

Ainsi, ces étudiants comprennent mieux la réalité de ces gens et sont en mesure de les aider, les soutenir et les raccrocher au système de santé.

Avec une subvention de recherche, des étudiants travaillent dans un projet de prévention avec la communauté de Wemotaci et le Centre d’amitié autochtone de La Tuque.

Prix Florence

Françoise Filion n’est pas femme à rechercher les honneurs.  Aussi, non seulement elle reçoit son prix Florence avec humilité, mais elle exprime une pensée pour les autres grandes infirmières en nomination avec elle : « J’ai eu de la chance, j’ai eu un soutien administratif, de ma famille, de mes parents ».

Ce don de soi, elle le tient assurément de ses parents, Aline Côté et Noël Filion. Sa mère a travaillé dans le milieu scolaire alors que son père, un artisan de la radio, a été recruté par l’ancien gérant municipal Léo Archambault pour devenir greffier de Ville La Tuque, vu sa formation en administration. Celui qui était aussi diacre permanent a occupé ce poste de 1966 à 1988.

Son sens de l’implication lui a visiblement été insufflé par ses parents qui ont compté parmi les premiers bénévoles de l’Oeuvre de la soupe, avec les Filles d’Isabelle. « Ils coupaient des légumes tous les samedis, les dimanches, ç’a commencé au sous-sol de l’église St-Zéphirin » se remémore-t-elle.

Elle garde d’excellents souvenirs de La Tuque, où elle a passé son enfance et son adolescence. Mme Filion a même conservé le chalet familial de ses parents dans la région, où sa famille prend plaisir à passer du bon temps.

Partager cet article
S'inscrire
Me notifier des
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires