(LETTRE OUVERTE) Journée sans achat: on se reparle en février…

Tribune libre

(LETTRE OUVERTE) Journée sans achat: on se reparle en février…
(Photo : archives)

Tenir une journée sans achat le même jour que le Vendredi fou, tient de la gageure. Bien que notre objectif consiste à inciter les gens à une consommation plus responsable, plus raisonnable, nous sommes conscients d’être en porte-à-faux avec l’air du temps, et ce, malgré tous les appels à sauver la planète. De plus, nous savons très bien qu’il n’y a pas d’équilibre personnel dans la consommation à outrance. 

Malheureusement, notre discours demeure inaudible tant la machinerie publicitaire, ce jour-là, est puissante. Tout est fait pour nous pousser à consommer, quoiqu’il en coûte. 

Pourtant, tous les feux sont au rouge, ce qui devraient, logiquement, nous inciter à moins, beaucoup moins, consommer. Moins consommer pour faire de la place à l’essentiel. Moins consommer pour préserver l’environnement. Moins consommer pour éviter de s’endetter davantage. Il est vrai que la publicité et le crédit font bon ménage.

Nous sommes de plus en plus endettés à la consommation (591,4 milliards : chaque Canadien doit en moyenne 21 128 $, à part les hypothèques) ! On peut supposer que, sans le crédit, toute cette publicité tapageuse ne serait d’aucune utilité. Nous avons donc affaire à une machine bien rodée.

Nous faisons partie d’un système économique qui n’a d’autres fins que de produire, que d’engranger des profits de plus en plus considérables. Ceux-ci serviront à réinvestir pour produire de plus en plus de gadgets générant de plus en plus de pollution et de déchets. 

Avons-nous vraiment réussi à réduire les inégalités sociales et économiques en procédant de cette façon ? Sommes-nous individuellement plus heureux ? Bien sûr que non.

Cette roue infernale nous conduit directement dans le mur, et pourtant… Les problèmes engendrés par cette surproductivité sont tellement énormes, disproportionnés, que plus personne ne sait comment arrêter ce train d’enfer.  

Une forme d’indifférence marque notre fonctionnent sociétal et individuel. À moins de vivre sur une autre planète, tout le monde connait les enjeux auxquels nous sommes confrontés. Mais, individuellement, nous ne savons pas quoi faire, nous sommes dépassés. Alors, à quoi ça sert, pourquoi nous priver de ce qui existe et que nous pouvons nous payer ? Pourquoi ne pas vivre nos rêves, même les plus… fous ? 

Il y a une réponse toute simple : parce que beaucoup de ces envies et rêves n’en sont pas vraiment. Ils nous sont instillés et rabâchés par une machine publicitaire essentiellement consacrée à nous abrutir, à jouer dans nos cerveaux. On cherche à nous vendre, à écouler, tout ce qu’une machine productiviste emballée, axée exclusivement sur l’enrichissement de cette infime minorité des plus riches, peut imaginer. Peu importe que ça détruise l’environnement et que ça nous enferme dans des cages dorées obtenues à crédit.  

Si chaque personne s’arrêtait, l’espace d’un vendredi, sans consommer ! Ce vendredi 25 novembre précisément, celui de tous les excès, celui où l’on nous assaille avec toute la puissance du marketing. Celui où le rouage économique auquel nous sommes tous et toutes réduits est le plus évident.

Si on s’arrêtait pour réfléchir sérieusement à ce que nous apporte toutes ces envies, tous ces désirs de consommation, tous ces gadgets qui se retrouveront à la poubelle à plus ou moins brève échéance. Peut-être que nous trouverions un certain avantage à participer à cette Journée sans achat.

Arrêtons, pour une journée… ou plus, d’être des consommateurs aveuglés par de faux besoins et devenons des citoyens et citoyennes ayant prise sur la construction d’un monde différent, viable et stimulant. Notre santé et celle de la planète s’en porteront mieux. Et qui sait, peut-être même, échapperons-nous à nos cages dorées. Et, février ne sera plus synonyme de maux de tête, ni de montagne de comptes à payer ! On pourra alors s’en reparler, en février, le cœur libéré !

Bertrand Rainville

CIBES de la Mauricie

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